L’augmentation du budget militaire chinois : une menace ?

13 mars, 2007

 

La Chine annonçait fin février que ses forces armées auraient en 2007 un budget de près de 351 milliards de yuans (environ 45 milliards de dollars), soit une hausse de 17% par rapport à 2006 (7,5% du budget national contre 7,4% en 2006). Depuis 1997, le budget militaire officiel augmente en moyenne de 14% par an, nettement plus vite que la croissance pourtant élevée du PIB. Et il serait largement sous-estimé, ne prenant pas en compte les dépenses de R&D ou encore les achats d’armements à l’étranger. Le total des dépenses de défense réelles de la Chine serait ainsi deux à trois fois supérieur aux déclarations officielles. Malgré tout, il reste encore loin derrière le buget militaire américain (6% sans les lignes bugétaires hors défense).

Faut-il alors s’inquiéter de l’augmentation du budget militaire chinois ?

Notons tout d’abord que l’importance conférée à l’armée en Chine est à remettre dans un contexte géographique et historique. Sur le plan géographique, la Chine est entourée par des voisins imposants -Inde ,Russie, Vietnam, Corée du Nord, Japon. La région connaît des foyers d’instabilité forts. La Chine a besoin en outre de sécuriser ses approvisionnements, notamment énergétiques, en provenance principalement d’une zone maritime à risques. Par ailleurs, historiquement, est inscrite profondémment dans la mémoire du pays l’humiliation provoquée par les puissances impérialistes occidentales à la fin du XIXme siècle, et la Chine veut aujourd’hui retrouver le rang qui était le sien auparavant. La révolution et la guerre de libération populaire qu’elle a connues ensuite, ont ancré une tradition et une doctrine maoïste s’appuyant sur la masse. Aujourd’hui, comme toute puisance émergente, il est légitime que la Chine veuille moderniser et renforcer son outil militaire, symbole de la grandeur du pays.

L’augmentation du budget militaire s’emploie alors avant tout à couvrir la professionnalisation et la modernisation de l’armée qui s’engagent dès les années 80. Si la réduction des effectifs a été conséquente (4,2 millions de soldats dans le milieu des années 1980 à 2,3 millions aujourd’hui), elle s’est en effet accompagnée d’une amélioration de la qualité du personnel et de son entraînement. Le gouvernement chinois précise d’ailleurs que le budget de la Défense a augmenté cette année pour améliorer les soldes et les conditions de service des personnels militaires qui forment la plus grande armée du monde. Mais le budget a également servi à faire face à l’accroissement du coût sur le marché mondial des produits pétroliers utilisés par les armées. N’oublions pas enfin les compensations accordées aux cadres de l’APL pour les inciter à se séparer de leurs activités commerciales nuisibles à la qualité de celles militaires.

Parallèlement, le gouvernement a mis l’accent sur la modernisation technologique de son armée. En cinq ans, l’APL aurait accompli plus de progrès dans ce domaine que lors des vingt-cing années précedentes. La modernisation se fait aujourd’hui surtout dans le domaine de la logistique. Les priorités sont données aux transmissions, à la ccordination interarmes, mais également à l’équipement de défense anti-aérienne. La guerre de l’information occupe une place importante de la stratégie chinoise, le but étant à terme la maîtrise du C4I (Command, Control, Communications, Computers and Intelligence). Les progrès sont remarquables dans le secteur des missiles. La marine également connaît des développements conséquents : la Chine était une grande Nation maritime et veut le redevenir, le poids étant mis sur la construction d’une force amphibie et sous-marine. Le pays pourrait également développer son premier porte-avions dans les trois ans, selon une source anonyme militaire qui se serait exprimée récemment.

Cette ambition de la Défense chinoise provoque de fortes inquiétudes au sein de la communauté internationale et en particulier des Etats-Unis. Le Département à la Défense au Congrès publiait ainsi en 2006 un rapport estimant que l’ampleur de la modernisation militaire de l’APL fait de la Chine le premier concurrent militaire à long-terme, menaçant ainsi les intérêts nationaux américains.

Taïwan reste une source de préoccupation majeure avec 800 missiles balistiques pointés en sa direction. D’autres événements récents n’apaiseront pas les tensions. Les Chinois ont détruit, il y a peu, un vieux satellite météo avec une charge lancée par un missile balistique. Mais c’est surtout la marine chinoise qui inquiète dernièrement. Selon un rapport de l’armée américaine, elle procèderait actuellement aux essais en mer du premier de cinq sous-marins à propulsion nucléaire de nouvelle génération, équipée des nouveaux missiles JL-2 d’une portée de 8.000 kilomètres (les JL-1 ont une portée de 1800km). La Chine terminerait également des essais d’une nouvelle génération de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire dotée de missiles de croisière et de torpilles plus performants (pouvant assurer une mission de protection de la flotte de surface mais aussi d’espionnage).

Ainsi, s’il est légitime pour la Chine de vouloir se moderniser, les Etats-Unis sont également en droit de s’inquiéter si cette modernisation ne s’accompagnera pas d’ambitions militaristes. Cependant l’évocation à outrance d’une « menace chinoise » n’est sans doute pas la manière la plus opportune pour apaiser le contexte stratégique. Les discours officiels chinois ne font d’ailleurs que réitérer le fait que la Chine est avant tout engagée "dans la voie d’un développement pacifique et de la coopération".

Julie Fouquart

 

Source :
Le quotidien du peuple
Questionchine.net
Radio86

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