Huawei s’installe en France, Alcatel délocalise en Chine

5 avril, 2007

Alors qu’Alcatel-Lucent délocalise une partie de sa R&D vers la Chine, l’équipementier chinois Huawei a annoncé qu’il allait ouvrir deux centres de R&D en France, dont un à Lannion, dans la ville même où Alcatel entend supprimer 217 postes. Sept à dix spécialistes viendront de Chine. Ce premier centre sera dédié à l’amélioration des technologies fixes haut débit. Huawei chercherait ainsi à être « plus proche de (ses) clients ». Et notamment de France Télécom qui dispose étonnament dans la région bretonne d’un centre de validation des produits de téléphonie pour le marché français. « La France n’est pas seulement un des marchés télécoms les plus concurrentiels du monde. Elle est aussi un des marchés les plus innovants et produit de nombreux experts. C’est pour ces raisons que Huawei France a connu une croissance importante en quatre ans. Avec l’ouverture de ces deux centres, Huawei réaffirme son engagement à long terme auprès des opérateurs avec lesquels il a construit un partenariat solide et durable » commente Patrick Wen, directeur général de Huawei France. Le second centre, en région parisienne, sera destiné aux recherches sur les technologies de haut débit mobile (3G), la convergence fixe-mobile, et le tout-IP.

Implanté en France depuis 2003, Huawei a déjà pour clients France Télécom, SFR, Free, Neuf Cegetel ou encore Completel, et emploie environ 150 personnes. Ce chiffre s’élèvera à 500 dans les années à venir. Au total, l’équipementier chinois emploie de par le monde 62 000 salariés, dont 1400 en Europe.

La concurrence est désormais totale entre les fabricants occidentaux et asiatiques.

Sur le plan géographique, les fabricants chinois accélèrent ainsi leur développement à l’international comme l’ont fait avant eux leurs concurrents occidentaux. Ceux-ci avaient pris position en Chine ; aujourd’hui, ils font face, sur le marché chinois même, à la concurrence des opérateurs locaux pour essayer d’obtenir des contrats plus qu’attractifs. Ainsi tous attendent par exemple, avec impatience, le lancement officiel de la procédure d’attribution des licences 3G qui ouvrira la perspective d’importantes commandes pour la fourniture de réseaux ultra modernes aux opérateurs chinois. Sur le marché chinois, Alcatel-Lucent est ajourd’hui le deuxième fabricant derrière Huawei, y réalisant le tiers de son chiffre d’affaires. En contrepartie, les équipementiers chinois sortent également de leur frontière pour s’imposer à l’étranger. Le marché international représente ainsi désormais 65% du chiffre d’affaires d’Huawei qui se chiffre à 11 milliards de dollars en 2006. Pour la plupart dans les pays émergents, mais aussi le Royaume-Uni, les Pays-Bas, ou encore la France.

Sur le plan technologique , les équipements chinois n’ont rien à envier à ceux occidentaux. Cela a d’ailleurs pu être vérifié à l’occasion du salon de l’ITU Telecom World 2006, le plus grand salon de l’univers des télécoms, qui, pour la première fois depuis sa création en 1971, s’est déroulé en Chine, à Hong Kong, signe d’un déplacement du centre de gravité vers l’Est. ZTE, Datang et Huawei étaient présents, avec les mêmes technologies que leurs concurrents Ericsson ou Alcatel-Lucent : architecture réseau de nouvelle génération, convergence des téléphonies fixe et mobile, Wimax et HSDPA pour le haut débit mobile. Plus encore, ils développent leurs propres standards avec une version purement chinoise de la 3eme génération de téléphonie mobile, le TD-SCDMA, concurrent direct de l’UMTS européen et du CDMA 2000 américain.

Une volonté nationale extrêmement forte a permis d’aboutir à ce nouveau standard chinois. L’alliance des industriels du TD-SCDMA, mise en place en octobre 2002, a regroupé huit des plus grands fabricants chinois (Datang, Huawei, ZTE, Lenovo…) pour accélérer les développements technologiques. Les retombées attendues sont importantes. La technologie sera exportée et permettra de réduire les droits de propriété intellectuelle pour les autres technologies 3G dus à leurs concurrents occidentaux. Les fabricants occidentaux ne pourront pas ignorer le standard 3G des chinois, qui comptent en outre développer un standard local pour la diffusion de télévision sur mobile, concurrent du DVB-H européen. Avec leurs propres normes et standards, les chinois disposent désormais d’un formidable outil de négociation et de persuasion au vu de la taille du marché à approcher.

Julie Fouquart

Sources :
Le quotidien du peuple
Le Monde
L’usine nouvelle

 

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