Entre deux tours : les Présidentielles vues de Chine

15 mai, 2007

Qu’ont voté les français de Chine ?

Selon le site du Sénat au service des français à l’étranger, les Français résidant en Chine ont voté au premier tour pour Nicolas Sarkozy (Cf. ci-dessous). Le candidat de l’UMP arrive largement en tête avec 52,7% des voix, atteignant jusqu’à 62,7% à Hong-Kong. La candidate socialiste remportait quant à elle 17,3% des voix (22, 75 % à Pékin, 12,5% à Hong-Kong et 16% à Shanghai). C’est le candidat centriste François Bayrou qui prenait la seconde place, partout en Chine, avec 28,6% des voix à Pékin, 24% à Shanghai ou encore 19,7% à Hong-Kong, selon l’AFP. De là, c’est Ulan Bator, en Mongolie extérieure, qui crée la surprise avec 45% des voix allant à Ségolène Royal contre 22,5% pour Sarkozy.

Le taux de participation, bien que plus faible qu’en métropole, n’est pas négligeable puisqu’il atteint 61,1% (63% à Pékin) pour 7 bureaux de vote (ambassade à Pékin, consulats de Shanghai, Guangzhou, Wuhan et Chengdu, et deux à Hong Kong) dans un pays aussi vaste que la Chine.

Selon une dépêche de l’AFP, les Français, en l’occurence de Pékin, auraint voté principalement par crainte de voir à nouveau le Front National atteindre le second tour.

INSCRITS : 10517
PARTICIPATION : 61,1%

M. BAYROU 1528 23,9%
M. BESANCENOT 42 0,7%
M. BOVÉ 29 0,5%
Mme BUFFET 21 0,3%
M. DE VILLIERS 33 0,5%
M. LE PEN 122 1,9%
M. NIHOUS 14 0,2%
Mme LAGUILLER 21 0,3%
Mme ROYAL 1104 17,3%
M. SARKOZY 3365 52,7%
M. SCHIVARDI 2 0,0%
Mme VOYNET 105 1,6%

Comment la presse chinoise en parle-t-elle ?

La presse chinoise reste prudente et a traité les élections françaises et le vote de manière purement factuelle, sans prendre position aucune. Mêmes les politologues chinois incités à s’exprimer dans China Daily, ne se sont pas prononcé sur ce qui relève avant tout du choix du peuple français : "Ce que l’on espère, note l’un d’eux, c’est que le nouveau régime va poursuivre et consolider la politique du prédécesseur visant à développer les relations amicales avec la Chine, étant donné que cette politique a eu des bénéfices significatifs pour les deux parties", rapporte une dépêche de l’AFP. Seule le Hong Kong Economic Journal se positionne en affirmant que si les sondages prédisant la victoire de Nicolas Sarkozy, s’avéraient exacts, "les perspectives économiques de la France s’en trouveront améliorées".

Pourtant, les medias chinois n’avaient pas manqué, après l’annonce de Jacques Chirac de ne pas briguer un troisième mandat, de vanter, avec regret, les mérites du "dinosaure politique européen " qui a contribué, pendant plus de dix ans, au rapprochement politique entreParis et Pékin. Et de rappeler sa passion et sa connaissance de l’Asie et de la Chine en particulier. Ainsi l’hebdomadaire chinois Globe (Xinhua), se plaisait à rappeler l’épisode où Jacques Chirac s’était permis, au cours d’un dîner officiel dans le village natal de Jiang Zemin en 2000, de corriger un convive sur le nombre d’empereurs de la dynastie des Sui (581-618), ce à quoi Jiang Zemin avait répondu : "Je vois que parmi ceux qui sont assis autour de la table ce soir, en ce qui concerne la connaissance de l’histoire chinoise, personne ne peut égaler le président Chirac". (APF, 16.04.2007)

Que pensent les dirigeants chinois des Présidentielles ?

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, a également remercié les efforts du Président Chirac dans la coopération bilatérale franco-chinoise, profitant de l’occasion pour rappeler que son pays apprécie "la juste position" de la France sur Taïwan et sur la levée de l’embargo de l’Union européenne sur la vente d’armes en Chine. Néanmoins, le Ministre des Affaires Etrangères, et de manière plus générale les officiels chinois, n’ont marqué aucune préférence pour tel ou tel candidat, au moins publiquement.

Leur interrogation, sinon leur inquiétude, sur cette nouvelle génération politique française, sans véritable expérience internationale, est de savoir si elle sera en mesure de perpétuer et de renforcer les bonnes relations entretenues, jusque là, par le Président Chirac avec Jiang Zemin puis Hu Jintao .
Ségolène Royal, seule candidate à s’être rendue à Pékin où elle a été reçue par le numéro cinq du régime, Zeng Qinghong, a affirmé que la Chine, devenue un partenaire économique et stratégique incontestable et incontesté, serait l’un des premiers pays où elle se rendrait si elle était élue. Mais dans le même temps elle se positionnait face à Nicolas Sarkozy sur le boycott envisageable des Jeux Olympiques de Pékin dans le but de faire pression sur le pays asiatique au sujet de sa politique au Darfour.

"Je pense que la Chine n’a pas de craintes, plutôt des attentes", estimait Wang Liqiang, expert des questions françaises à l’Académie chinoise de sciences sociales, interrogé par l’AFP (22.04.2007). La Chine espère en effet, avant tout, un renforcement des liens dans le domaine économique et technologique, où la France peut lui apporter beaucoup mais demeure en retard, par exemple par rapport à l’Allemagne .

Julie Fouquart

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