Le marché automobile chinois progresse ; les constructeurs chinois se positionnent

15 May, 2007

Alors que les marchés automobiles occidentaux ont tendance à s’essouffler, le marché et l’industrie automobiles chinois sont en pleine ébullition. Nombreux sont les constructeurs automobiles qui ont vu leurs ventes en Chine augmenter au cours du premier trimestre 2007, le marché ayant augmenté de 16% pour le seul mois de mars. Au cours du premier trimestre, Volkswagen a vendu 202 623 véhicules, contre 164 708 en 2006, augmentant ainsi ses ventes de 23% sur un an. De même pour General Motors, pourtant en recul sur le marché américain, qui a enregistré une hausse de 25% de ses ventes (291 588 véhicules). Le constructeur japonais Toyota a vu ses ventes croître de 66% (103000 véhicules vendus). Le marché chinois est donc une véritable aubaine pour les constructeurs étrangers. Mais cette progression du marché sourit également aux constructeurs locaux.

La coqueluche des constructeurs automobiles chinois est bien sûr CHERY qui vient d’atteindre un record national en produisant son 800 000ème véhicule, un seuil de production jamais atteint dans le pays, grâce sa petite QQ6, le « Scarabée chinois » lancé en septembre. La production annuelle de Cherry est en augmentation constante depuis 2002. Aujourd’hui, la société affirme pouvoir produire 350 000 voitures, 400 000 moteurs et 300 000 boîtes de vitesse. La fierté de Cherry est d’autant plus grande qu’en mars 2007, il est devenu le premier constructeur chinois depuis 20 ans, à afficher des ventes plus élevées que celles de la concurrence sino-étrangère (44 568 véhicules vendus en février 2007, dépassant pour la première fois Shanghai GM (40 071), Shanghai VW (38 627) et FAW-VW (37 016)). Mais l’ambition du groupe privé est de développer ses exportations : en 2006, il a exporté 50 000 véhicules et près de 30 000 au cours du premier trimestre 2007, alors que l’objectif initial fixé pour 2007 était 70 000 ventes. Depuis le groupe souhaite doubler ses exportations afin d’atteindre le cap des 100 000 véhicules. Il compte s’appuyer sur Chrysler qui a accepté de distribuer ses petits modèles en Amérique du Nord et en Europe.

Cherry n’est pas le seul à se tourner vers les marchés occidentaux. Au premier trimestre 2007 devait débuter l’importation des premières voitures de la marque chinoise Brilliance Jinbei Automobile en Europe, via l’importateur HSO Motors Europe (Allemagne). Le blog caradisiac affirme que fin février 2007, cinq cents grandes berlines Brilliance BS4 et BS6 (de 19 000 à 23 000 euros) auraient quitté le port de Dalian pour atterrir à Bremerhaven, en Allemagne. Brilliance souhaite, d’ici 2010, vendre 75 000 voitures chaque année en Europe, dont 15 000 BS6 en Allemagne, en Pologne, aux Pays-Bas et en Belgique en 2007. La France devrait être l’étape suivante via un partenariat avec Asie Auto -qui s’occupe déjà de la distribution du tout-terrain Landwind. Par ailleurs, selon le même blog et d’après des informations publiées par le quotidien portugais Publico, le constructeur chinois s’intéresserait à une usine General Motors au nord de Lisbonne (Portugal) qui a fermé ses portes récemment. « Assembler voire construire des voitures sur le territoire européen permettrait à Brilliance de contourner la taxe de 10% imposée aux voitures importées de pays non-européens et ainsi de proposer ses véhicules à des tarifs encore plus attractifs et compétitifs. »

La performance des constructeurs chinois est à l’image de l’ambition de la Chine. A l’instar de ce qu’ont pu faire les japonais et les sud-coréens, Pékin veut imposer rapidement sur la scène mondiale quelques champions nationaux. L’objectif est de placer parmi les 500 plus grosses entreprises mondiales, le plus vite possible, une cinquantaine de sociétés chinoises parmi certaines, privées ou publiques, sélectionnées. Comme Baosteel (acier), TCL (télévision), Huawei (télécommunications), Haier (éléctroménager) ou encore Tsingtao (bière), les entreprises du secteur automobile doivent s’internationaliser et être capables de concurrencer rapidement les plus grands -européens, américains ou japonais. L’Etat chinois a décidé, depuis la fin des années 90s, de doter le pays d’une industrie automobile, source de croissance et d’emplois (directs et indirects), et ce, avec une planification méthodique, des avantages certains -main d’œuvre bon marché, financement presque illimité- et surtout une compréhension affinée des enjeux internationaux. Le gouvernement chinois a un rôle primordial dans la mise en place d’une stratégie commune entre les constructeurs chinois. Le Ministère chinois du Commerce et la Commission d’Etat pour le Développement et la Réforme (NDRC) ont ainsi identifié 160 « constructeurs orientés vers l’exportation d’automobiles » (ou pièces détachées), dont dix marques seraient susceptibles de conquérir les marchés internationaux, l’Europe faisant partie des cibles privilégiées. Parmi elles figurent Cherry, Landwind, Brilliance, FAW et Geely. Ils ont également sélectionné huit plateformes pour optimiser l’exportation d’automobiles des constructeurs nationaux, assurer la protection des droits de propriété intellectuelle et faciliter l’innovation industrielles (Changchun, Shanghai, Tianjin, Wuhan, Chongqing, Xiamen, Wuhu, Taizhou).

Alors que les voitures chinoises ont d’abord été vues avec un regard arrogant du fait de leur qualité et sécurité inférieures, les constructeurs occidentaux commencent à s’inquiéter de ce qui rappelle l’arrivée des voitures japonaises. Après le mépris, les marques chinoises arriveraient sur le marché au compte-goutte, avant de s’installer durablement pour finalement dominer ? Les chinois n’ont en effet pas leur pareil pour apprendre et comprendre les attentes les clients, et temporiser, en restant en retrait, pour émerger ensuite en vainqueur. Quoiqu’il en soit, la progression du marché chinois de l’automobile, avec les préoccupations qui vont de pair –pollution, dépendance pétrolière, nouveaux standards, etc- devrait à terme forcer les constructeurs occidentaux à repenser leur métier. « C’est là bas que va se décider, dans les années à venir le leadership de notre industrie au niveau mondial », suggérait ainsi, avec lucidité, Richard Wagoner, le patron de General Motors.

Sources :
Voitures chinoises
Caradisiac

J.F.

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