L’éolien en Chine : quels risques ? quelles opportunités ?

31 May, 2007

Article issu de la Newsletter L’ÉNERGIE en Chine - Partenariats dans l’énergie propre

 

L’énergie renouvelable qui connaît la plus forte croissance dans la production d’électricité est l’éolien. Fin 2006, la Chine avait construit pour 2588 MW de capacité installée cumulée (+104%), la plaçant au 6°rang mondial (2005 : 1255MW (+65%), 61 fermes éoliennes, 10° rang mondial). La Chine prévoit d’accroître cette capacité à 4-5GW en 2010 et 20 à 40GW selon les sources en 2020, ce qui ferait d’elle le numéro un mondial. L’objectif pourrait même être atteint avant : en 2007, l’investissement prévu est déjà de 1,5 MM d’euros pour 2GW supplémentaires soit une production potentielle de 4,3GW. Selon le rapport « Wind Force 12 » de Greenpeace, l’Association européenne pour l’énergie éolienne et l’Association chinoise pour les énergies renouvelables, l’éolien pourrait théoriquement, si son potentiel était développé de manière optimale pendant les quinze prochaines années, atteindre les 170 GW en Chine en 2020, soit plus de 15% des 900 GW de consommation électrique chinoise prévue à cette date.

Le potentiel de l’éolien serait en effet très grand. L’Académie chinoise pour les sciences météorologiques estimait que le pays possèdait un potentiel de 235GW en onshore et 750GW en offshore (sur des réserves prouvées de 3200 GW). Si les réserves ont été déclarées officiellement surévaluées Cf. Article du Vent de la Chine, elles restent importantes. Les ressources sont concentrées sur la côte Est (du Liaoning au Nord au Guangdong au Sud) et le long des (grasslands) du Nord et du désert de Gobi jusqu’à la Mongolie Intérieure et au Xinjiang. L’offshore particulièrement aurait un potentiel énorme avec un rendement 60% plus grand que celui en onshore, bien qu’il soit plus cher. La China National Offshore Oil Corp (CNOOC) devrait construire pour la fin 2007, la première ferme éolienne offshore du pays, d’une capacité de 100MW, dans le champ pétrolier de Bohai Bay sur la côte de la province du Hebei. Un projet similaire est prévu au large de Shanghai ; la ville aurait en offshore un potentiel de 3GW.

 

 

Une des provinces les plus prometteuses pour l’éolien serait le Guangdong, aux besoins énergétiques énormes et luttant contre une pollution de l’air qui noircit la région dont HongKong. En octobre 2005, un rapport d’experts de Greenpeace, soulignait que la province avait un potentiel de production de 20GW d’énergie éolienne soit 17% de sa demande actuelle. Le gouvernement provincial a d’ailleurs sa propre cible : de 86MW en 2005 à 30GW en 2020 (soit trois grosses centrales nucléaires) et est le seul à avoir introduit son propre tarif provincial fixe pour l’énergie éolienne à 0,53Rmb par Kwh.

Quel coût ?

L’éolien est la meilleure option pour la Chine pour diversifier son mix énergétique, dans la mesure où malgré tout elle est la source renouvelable la plus économique. Les coûts d’investissement par kWh sont de 5 à 6 fois moins que pour l’énergie solaire, et ont baissé à un taux annuel de 15% ces dernières années.
Néanmoins, avec 0,5-06,Rmb par kWh, l’énergie éolienne reste deux fois plus chère que celle produite par une centrale au charbon traditionnelle. En outre, l’éolien n’est pas aussi fiable que les centrales électriques traditionnelles. L’énergie éolienne n’est pas constamment disponible : les turbines de Dongshan (sud du Fujian en face de Taiwan) sont actives 35% de l’année, ce qui est considéré comme bien pour un site offshore.

Le futur de l’éolien en Chine dépendra donc avant tout de la volonté des autorités chinoises et des aides financières apportées (subventions directes, incitations fiscales). La loi sur les énergies renouvelables, en vigueur depuis le 1er janvier 2006, va dans ce sens : la TVA est réduite de 8,5% (standard 17%) ; l’impôt sur le revenu passe à 15% (normal 33%) ; la taxe moyenne est réduite à 23% au niveau du marché international ;les principaux composants des turbines éoliennes bénéficient de taxes douanières plus favorables. Néanmoins, les experts recommandent la fixation d’un tarif national en réseau pour l’éolien : les compagnies locales de distribution achéteraient alors des quantités fixes d’électricité éolienne à des taux négociés par le gouvernement. Un rapport du China Sustainable Energy Forum (San Francisco) fait remarquer qu’un tel tarif avait permis à l’Allemagne de devenir le leader mondial de la capacité éolienne installée. Il précise que les compagnies de transmission sont néanmoins réticentes à ce tarif dans la mesure où elle cherche à faire porter sur le consommateurle surcoût et suggèrent que celui-ci soit financé sur fonds publics , comme ça a pu être fait pour les Trois Gorges.

Développer l’industrie locale de l’éolien (1)

Le gouvernement a pour la première fois fait la promotion de l’industrie éolienne il y a 10 ans. Le programme « Ride the Wind », initiative pour établir un secteur domestique des turbines éoliennes en important de la technologie étrangère. Le programme « National Debt wind power », venait, quant à lui, encourager l’achat de composants pour l’éolien fabriqués localement en octroyant des facilités et aides en compensation du risque.

La dernière politique en date a été menée à l’initiative de la NDRC (National Development and Reform Commission) en 2004 : le «  Projet de concession d’énergie éolienne ». Le but du système de concession, opérationnelle pour 20 ans, est de réduire les tarifs de l’énergie éolienne en construisant des fermes éoliennes de grande capacité pour atteindre des économies d’ échelle. Tous les projets d’une capacité de 1000MW doivent être proposées et approuvés par la NDRC, contrairement aux petites fermes éoliennes qui peuvent être initiées par le promoteur et approuvées localement. Les promoteurs potentiels font une offre de prix fixe de la vente d’électricité éolienne aux consommateurs. La concession va à celui qui a le tarif le plus bas ; il signe un PPA -power purchase agreement- (marché cadre) de long terme avec le réseau électrique local.

Le Plan Quinquennal (2006-2010) prévoit la construction de 3570MW par concessions. Jusque là, 2200MW ont été approuvés depuis 2003, mais 52MW étaient construits seulement à la mi 2006).

 

Les avantages du système de concession pour les promoteurs sont qu’ils connaissent précisément le prix qu’ils obtiendront de leur électricité, ce qui minimise le risque du retour sur investissement. Et pour les services publics et les consommateurs, les prix sont maintenus bas. Sur le court terme, le système de concession est un succès dans la mesure où l’énergie éolienne se développe à la fois rapidement et en termes de coûts à la baisse. Mais les appels d’offre compétitifs ne sont pas favorables à un développement sain de l’énergie éolienne sur le long-terme. Ils peuvent en effet encourager les promoteurs à fixer un prix très bas, quelquefois à peine plus haut que le coût de production, ce qui ne pousse pas à l’investissement comme le remarque le Global Wind Energy Council (GWEC). Les taux internes de retour sur les projets éoliens seraient, selon JP Morgan, estimés à 6-9%, bien inférieurs aux 12% de profit généralement requis par les investisseurs étrangers. (1)

Le résultat est que les investisseurs expérimentés et étrangers ne répondent pas à l’appel d’offres sachant ne pouvoir être compétitifs. Finalement, le système de concession profite aux grandes entreprises chinoises qui peuvent se permettre de perdre de l’argent si cela leur garantit en contrepartie, une présence sur le marché dans cette nouvelle industrie. N’oublions pas en effet que les grandes entreprises publiques devront, selon les plans de la NDRC, acheter 5% de leur produit total des sources d’énergie renouvelable d’ici 2010, et 10% d’ici 2020. Les trois derniers appels d’offre (sur 4) ont d’ailleurs été remportés par des géants électriques étatiques chinois, avec un prix d’offre entre 0.4 and 0.6 yuan ($0.05–0.075) par kWh, un prix que les experts estiment bien trop bas pour assurer la rentabilité du projet. Lors du dernier appel d’offre, en août 2006 - qui concernait 3 projets dans le Nord de la Chine (2 fermes éoliennes en Mongolie Intérieure et une dans le Hebei pour une capacité installée combinée de 700MW), seules les compagnies étatiques chinoises ont d’ailleurs pris part à l’appel d’offres. (2)

Prix de l’éolien selon les concessions Prix moyen : 0,48yuan/kWh ( 6cents)

 

 
Source : CEQ Q4 2006.

En outre, la dernière série de concessions introduisait un nouveau critère : 70% des turbines doivent être désormais produits localement, le but étant bien sûr de nourrir l’industrie éolienne locale et d’accélérer le transfert de la technologie avancée des producteurs et concepteurs de turbine internationaux. Ce qui a d’autant plus favoriser les fabricants de turbines chinois qui ont augmenté leur part de marché de 18 à 28% en 2006, avec Goldwind, le principal producteur, gagnant 20% de parts de marché (grâce entre autres au critère des 70%). Etant donné le boom attendu de l’énergie éolienne, les investisseurs prêtent grande attention au secteur. Les parties intéressées comprennent les « Big Five » compagnies éléctriques (Huaneng, Datang, Huadian, Guodian and Zhongdiantou), d’autres firmes privées, et plusieurs investisseurs énergétiques provinciaux tels que Harbin Power et Shanghai Electric, voire même des compagnies comme la CNPC, China Guangdong Nuclear Power.

Cependant, la compétition risque de devenir destructrice en conduisant à une course des prix vers le bas et en favorisant la quantité de faible qualité. Stephen Terry, le directeur d’Azure International, une société d’investissement spécialisée dans les renouvelables et basée à Pékin, rappelle que le surinvestissement dans le secteur électrique traditionnel dans les années fin80s-90s avait forcé le gouvernement à déclarer illégal de nombreux contrats PPA, et que cela a surtout profité aux acteurs locaux. Il y aurait plus d’argent à perdre qu’à en gagner dans l’éolien en Chine. Stephen Terry recommande plutôt d’investir dans les sociétés exportatrices, citant le succès de Suntech dans le solaire.(1)

Le bénéfice des MDP ?

Une recherche de Edmond LEE et Boris KAN de JP Morgan, évoquée dans China Economic Quaterly (1), suggère que quelques promoteurs parieraient sur le fait que le marché d’émission du carbone pourrait rendre l’énergie éolienne plus rentable. En supposant des crédits carbone à 7-21$ la tonne d’émissions de CO², le retour sur investissement dans l’éolien pourrait être boosté de 12 à 15%. Les fermes éoliennes en Chine pourraient donc être compétitives avec les centrales à charbon en obtenant des revenus supplémentaires via les Mécanismes de Développement Propre (MDP) *** qui permettent de dégager des crédits carbone *** revendables aux acheteurs potentiels. La ferme éolienne de Huitengxile en Mongolie Intérieure a d’ailleurs été le premier projet enregistré comme MDP en Chine en 2005 (25,8MW permettant un réduction de 500000 tonnes par an d’émissions de CO2). Quatorze firmes éoliennes chinoises étaient enregistrées en tant que projet MDP fin 2006.

Existe-t-il un risque "technologique" ?

La Chine est déjà l’un des leaders mondiaux dans la production et l’installation de micro et petites turbines de 100 à 3000 W, et maîtrise la fabrication de turbines de 200 à 700 kW, mais il est évident, au vu des programmes de développement de l’éolien présentés ci-dessus, qu’elle cherche maintenant à acquérir une technologie plus avancée et réussir à produire des turbines de 1 à 1,2 MW équivalentes à celles des concurrents étrangers.

Plus de 180,000 petites turbines éoliennes ont été installées en Chine, avant tout pour répondre aux besoins en électricité des zones rurales non raccordées au réseau électrique national, permettant ainsi à plus de 600 000 personnes, principalement en Mongolie intérieure, d’avoir accès à l’électricité. Mais les producteurs domestiques manqueraient du savoir-faire technique pour développer eux-mêmes de grandes turbines éoliennes et sont fortement dépendants des technologies étrangères importées : en 2005, 90% des générateurs à turbine éolienne de large capacité étaient toujours importés. Le fabricant chinois le plus important, GolwindTechnologies, construit uniquement des turbines de 600 et 750 KW, beaucoup plus petites que celle de 2MW des constructeurs étrangers. En outre, le système de concessions amène des distorsions telles que les fabricants étrangers de turbines, ne pouvant rivaliser avec leurs concurrents locaux , ne répondent pas aux appels d’offre, et les promoteurs chinois de fermes éoliennes, faisant de faibles profits, n’achètent pas la technologie étrangère, chère.

Cependant, si les compagnies étrangères sont réticentes à opérer des fermes éoliennes, elles sont au contraire de plus en plus à vouloir ouvrir des usines en Chine, 70% de la production devant désormais être locale. La firme danoise Vestas a décidé en 2006 de doubler la capacité prévue de son usine de Tianjin (près de Pékin) avant même qu’elle ne soit ouverte, pour produire jusqu’à 1200 turbines par an. Elle a également le projet de construire une usine de générateurs à turbines avec une capacité annuelle initiale de 350 unités d’1 MW. De même General Electric Energy (USA) a ouvert une usine dans le Nord Est de la Chine, à Shenyang (Liaoning) qui a produit en 2006 une centaine de turbines éoliennes de 1,5MW. GE a en outre signé fin mai un protocole d’accord avec la CNRD pour investir 50 millions dollars dans la recherche et le développement dans le secteur des énergies renouvelables, dont l’éolien ; il est engagé dans des commandes totalisant 700 megawatts d’énergie éolienne.

Or n’oublions pas que les chinois savent acquérir et intégrer la technologie pour satisfaire leur amibition d’un développement rapide. Selon Shanghai Securities News, la compagnie China Shipbuilding Industry Corporation (CSIC) aurait commencé récemment la construction d’un projet éolien de près de 650M$ à Chongqing, qui devrait offrir de l’électricité grâce à des générateurs de 850KW et 2MW pour lesquels la compagnie bénéficie des droits de propriété intellectuelle. Mais la qualité et la performance des turbines éoliennes chinoises sont loin d’être équivoques.

Comme dans tous les domaines, les chinois apprennent vite et le système semble en outre dans l’éolien, leur être favorable. Mais sont-ils en mesure de jouer demain dans la même cour que leurs concurrents Vestas (Dk), Gamesa (Esp.), Suzlon (Inde), Nordex (All.) et autres géants mondiaux de l’éolien ?

Sources principales :
(1) Tom Miller, « Renewable - », China Economic Quaterly, Q4, 2006, p.35-39.
(2) Worldwatch Institute
(3) China’s renewable and alternative energy news, China Institute, University of Alberta.

Julie Fouquart

 

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