Les conséquences environnementales du développement énergétique chinois.

14 June, 2007

Article issu de la Newsletter L’ÉNERGIE en Chine - Partenariats dans l’énergie propre

 

L’auteur, Stéphane Rouhier est doctorant sur les "conséquences environnementales du développement énergétique chinois" au Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP) de l’Université Paris Dauphine. Pour toute information complémentaire ou tout commentaire, vous pouvez le contacter par mail : stephane.rouhier@gmail.com .

La Chine représente près de 20% de la population mondiale mais seulement 13% de la demande énergétique mondiale. Sa consommation d’énergie par tête est donc ainsi inférieure à la moyenne mondiale. Quand un chinois consomme 1,09 tonnes d’équivalent pétrole par an, un membre de l’OCDE en consomme 4,67 et un américain 7,84 (Helio International, 2005). Si les chinois consommaient autant d’énergie par tête qu’un habitant d’un des pays de l’OCDE, la consommation d’énergie mondiale serait multipliée par 1,5. S’ils consommaient autant que les Américains par tête, l’équivalent des ressources de la Terre serait nécessaire.

Au cours des dernières années, l’intensité énergétique a augmenté de manière significative, créant des tensions sur les marchés énergétiques mondiaux. Néanmoins, ce n’est pas le seul point d’inquiétude. En effet, l’environnement est extrêmement menacé par le développement énergétique chinois. Le graphique ci-après montre l’évolution de la part de la Chine au niveau mondial sur certains facteurs : PNB, demande d’énergie, d’électricité, de pétrole, de charbon ou émissions de CO2.

 

 

 

 

 

 

 

Source : KPMG, 2005, Energy and natural resources : energy outlook for China

Le bilan énergétique chinois

Avant de parler de l’état de l’environnement en Chine, il faut tout d’abord étudier les causes de sa dégradation. La Chine consomme à l’heure actuelle près de 1500 Mtoe (millions de tonnes de pétrole équivalent) et son secteur énergétique repose essentiellement sur le charbon (69% du mix énergétique). Viennent ensuite le pétrole (11%) et la biomasse (14%). (AIE, chiffres de 2004. Notons que les statistiques officielles ne prennent pas en compte la biomasse)

Il est à noter qu’au niveau mondial les proportions sont totalement différentes : le pétrole (35%), le charbon (25%) et le gaz naturel (20%) dominent tous trois le bilan énergétique mondial avec près de 80% de la demande énergétique mondiale, comme le montre le graphique ci-dessous. Cette proportion devrait même se retrouver à l’horizon 2030.

Comment expliquer cette différence ? Tout d’abord par le fait que la Chine dispose de très abondantes réserves de charbon. Ceci lui permet de disposer d’une source d’énergie à bas coût tout en jouissant d’une certaine indépendance vis-à-vis de l’extérieur ; ce qui n’est pas le cas pour le pétrole et le gaz naturel. Certes, la Chine dispose de réserves de pétrole mais celle-ci sont réduites et la Chine importe de plus en plus de pétrole tous les ans, augmentant ainsi sa dépendance extérieure. L’utilisation du gaz naturel commence à se développer en raison de son caractère peu polluant mais reste bien en deçà de la moyenne mondiale. Enfin, la biomasse en Chine est énormément utilisée dans les zones rurales, principalement pour le chauffage, la cuisine et à des fins agricoles. Son utilisation se fait dans des conditions environnementales très mauvaises ce qui fait de cette énergie une grande source de pollution.

Si l’on regarde l’évolution prévue de ce bilan énergétique chinois, on se rend compte qu’à l’horizon 2020, le charbon restera l’énergie dominante avec plus de 50% du mix énergétique. L’importance relative du pétrole diminuera tout comme celle de la biomasse à cause, notamment, de l’électrification des zones rurales et de l’urbanisation qui prend place en Chine. Enfin, les énergies plus propres -gaz, nucléaire, hydraulique, renouvelables- verront leur importance augmenter significativement.

Les conséquences environnementales

Il convient tout d’abord de noter que toutes les énergies ont leurs inconvénients. Par exemple, le nucléaire comporte des risques (pollution ou contamination liées au fonctionnement des installations nucléaires ou aux déchets) et les biofuels, de plus en plus populaires ces temps-ci, augmentent les prix agricoles. Néanmoins, les énergies les plus polluantes sont le charbon et la biomasse non conventionnelle, qui représentent la plus grande part du bilan énergétique chinois. Enfin, une fois brûlées, ces énergies émettent du dioxyde de soufre (SO2), du dioxyde de carbone (CO2), des oxydes de nitrogènes (NOX) et autres impuretés dans l’air. Ces rejets ont des conséquences sur l’environnement à trois niveaux : mondial, régional et local.

- Conséquences mondiales :
Elles sont principalement causées par l’émission de CO2, gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique. Cette thématique a été énormément discutée ces derniers temps notamment avec la publication des rapports Stern et du GIEC. Il a été ainsi démontré qu’entre 1970 et 2004, les émissions de gaz à effet de serre avaient augmenté de 70% et ceci, principalement à cause du secteur énergétique. Les conséquences de ce réchauffement climatique seront vraisemblablement dramatiques : élévation du niveau de la mer entraînant des inondations, migrations de population et baisse des récoltes agricoles. Ces problèmes toucheront les populations les plus pauvres en premier ; donnant lieu à des famines, pandémies…En ce qui concerne la Chine, elle est aujourd’hui le deuxième émetteur de CO2 au monde et devrait dépasser les Etats-Unis avant 2010. Selon les estimations, elle devrait même représenter plus de 20% des émissions de CO2 à l’horizon 2030. De plus, ayant ratifié le Protocole de Kyoto en tant que pays en voie de développement, elle n’a aucune obligation de réduction de ses émissions…

- Conséquences régionales : Les pluies acides, produites par la rencontre de NOX et SO2, ont des conséquences régionales très importantes. En effet, leur problématique environnementale est bien connue depuis de nombreuses décades : elles sont responsables de l’acidification des sols et des eaux. Ce problème a ainsi déjà été constaté aux Etats-Unis, en Scandinavie ou au Canada. En Chine, les premiers effets apparurent au début des années 80. Cela touche les forêts, les eaux, la biodiversité ou encore la végétation. Trente pour cent du territoire chinois est affecté par ce problème. De plus, ces pluies acides s’étendent à l’Asie du sud-est dans la mesure où la Chine représente 81% des émissions de SO2 du nord-est asiatique. En termes de coûts, il a été démontré que les pluies acides réduisaient de 5 à 10% la production agricole chinoise.

- Conséquences locales : Il existe deux types de pollutions locales : celle de l’eau et celle de l’air. En ce qui concerne la qualité de l’eau, les rivières chinoises sont de plus en polluées, à un tel point que dans 80% d’entre elles, il n’y a plus de poisson…De plus, sur une échelle de 1 à 5 (5 étant le pire), la SEPA (agence de protection de l’environnement chinois) note la qualité des sept plus grandes rivières chinoises à 4 ou moins, dans 50% des cas. En ce qui concerne la qualité de l’air, la Chine est l’un des pays les plus pollués au monde : d’après un rapport de l’OMS, seulement 31% des villes chinoises sont aux normes sanitaires de l’OMS en termes de qualité de l’air. Ce rapport évalue à 600 millions le nombre de chinois exposés à des quantités dangereuses de SO2. Dans le tableau ci-dessous, sont listées les villes les plus polluées au monde en termes de concentration de SO2 (tableau de gauche) et de NOX (tableau de droite). La Chine représente 13 des 20 villes les plus polluées en termes de SO2 et 9 des 20 villes les plus polluées en termes de NOX.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Source : World Bank, 1998, utilisé dans une présentation de T. Masuda à l’université Paris Dauphine

Les coûts directs des dommages environnementaux causés par la pollution ont été estimés à 7% du PNB chinois dans les années 90. De plus, la pollution est responsable de nombreuses maladies telles maladies pulmonaires ou insuffisances respiratoires. Une étude de la banque mondiale a démontré que le coût de la pollution de l’air était de l’ordre de 5% en Chine en 1995.

Les autorités chinoises sont de plus en plus attentives à ce problème environnemental surtout lorsqu’il s’agit de la pollution locale ou régionale dans la mesure où les effets sont immédiats et d’ores et déjà visibles. Ainsi, de nombreux projets prennent place notamment pour limiter les émissions de SO2.

Les solutions : Que faire pour mettre en place un développement soutenable d’un point de vue environnemental en Chine ?

Cette question est de plus en plus traitée dans la littérature économique et les réponses apportées peuvent être résumées en quelques idées, potentiellement cumulables.

Tout d’abord, une première idée concerne les prix. En effet, aujourd’hui la Chine subventionne certaines de ces énergies comme le charbon. Ainsi, la quantité de charbon consommé est sur optimal, dans la mesure où ces subventions créent une distorsion sur le marché des commodités chinois. Ensuite, toujours concernant les prix, certains économistes désireraient voir apparaître un coût pour les biens créateurs d’effets externes négatifs. Ainsi, cela reviendrait à donner un prix au soufre ou au carbone soit à travers une taxe soit à travers des permis (comme le European Trading Scheme en Europe).

Une deuxième possibilité concerne la part des énergies dans le bilan énergétique et s’appelle la diversification. Cela signifie tout simplement augmenter la part des énergies les plus propres (renouvelables, nucléaire voire gaz) au détriment des énergies plus polluantes (pétrole, biomasse non conventionnelle et charbon).

Enfin, une troisième possibilité concerne la technologie. Aujourd’hui la technologie chinoise est très loin des standards environnementaux japonais, européens voire américains. Ainsi, des transferts technologiques sont envisageables et des mécanismes comme les Mécanismes de Développement Propre du Protocole de Kyoto peuvent avoir un rôle à jouer.

En tout état de cause, le secteur énergétique chinois doit se réformer, ce qui rend ce secteur et ce pays passionnant.

 

 

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