Panorama : L’innovation et le développement technologique dans l’énergie en Chine

14 juin, 2007

Article issu de la Newsletter sur les tranferts de technologiedans l’énergie propre en Chine

 

NB : Les opinions émises dans cet article n’engagent que leur auteur.

Le développement scientifique et technique dans l’énergie

Les Sciences et la Technologie (S&T) sont des variables fondamentales du développement économique de la Chine. L’objectif pour le pays est d’atteindre une autonomie dans l’innovation afin d’accèder au rang de grande puissance scientifique et industrielle d’ici 2020. « Si nos entreprises européennes sont bien conscientes de la nécessité de financer leur recherche pour rester compétitives -la recherche est le meilleur investissement d’une grande entreprise-, le gouvernement chinois, quant à lui, est conscient que ce concept, encore peu implanté en Chine, est vital pour sa survie. »(1). Le budget de la recherche représente 1,6% du PIB et le but est d’atteindre 2,5% en 2020. Le taux de contribution des S&T au développement économique devrait alors être supérieur à 60% et la dépendance technologique à l’étranger inférieure à 30%.

Parmi les priorités stratégiques du gouvernement, figure l’énergie, et plus précisémment les technologies du développement de l’énergie, de l’économie d’énergie et de l’énergie propre, ainsi que les technologies de recyclage pour un développement urbain respectueux de l’environnement. L’environnement est en effet un secteur de recherche lié, dans lesquels les efforts sont également de grande ampleur.

Le XI Plan Quinquennal (2006-2010) évoque des projets scientifiques et techniques concrets dont certains concernant l’énergie à savoir l’exploration de grands champs de pétrole et du gaz, la centrale nucléaire de technologie avancée (mais aussi par exemple le contrôle de la pollution et les grandes infrastructures scientifiques comme le réacteur à fission des neutrons).

Plus précisémment, le Plan pour les sciences et technologie à 15 ans (2006-2020), définit 11 domaines clefs prioritaires pour la Recherche et le Développement (R&D), dont celui de l’énergie avec 5 projets :
- Les économies d’énergie dans l’industrie,
- le développement et l’utilisation du charbon propre et à haut rendement, la liquéfaction et la polygénération
- l’exploration, le développement et l’utilisation des ressources pétrolières et gazières dans des conditions géologiques complexes
- le développement et l’utilisation de masse et à faible coût des énergies renouvelables
- la transmission et distribution de l’électricité à grande échelle et la sécurité du réseau électrique.
A cela s’ajoute des domaines liés de près ou de loin à l’énergie, tels que l’environnement (ex : pollutions air et changement climatique), les ressources en eau et minières (exploration des ressources et développement et utilisation à très haut rendement), l’agriculture (biomasse), le secteur des transports (automobiles fonctionnant aux nouvelles énergies et/ou peu consommatrices), ou encore le développement urbain (bâtiments verts et économies d’énergies dans l’habitat).

Sont également annoncés dans le plan S&T, des projets pour « 8 technologies avancées » dont celles de l’énergie : énergie hydrogène et technologies des piles à combustible, technologies du réacteur à neutron rapide, fusion par confinement magnétique (ainsi que des technologies avancées par exemple dans le domaine connexe des nouveaux matériaux, ou encore les technologies marines telles que celles pour le développement du gaz naturel- sous tutelle de la COSTIND, devenue le lieu d’intégration de la R&D civile au profit du militaire.

L’Académie des Sciences de Chine (CAS), la plus réputée et importante de Chine, a également son propre plan quinquennal, qui fait, entre autres, priorité à la recherche de nouvelles énergies, à l’environnement (mais aussi par exemple les nanotechnologies utiles pour le solaire photovoltaïque).

Une stratégie pragmatique mais continue

Ces axes d’effort dans le domaine de l’énergie ne sont pas nouveaux, bien qu’ils aient été adaptés de manière conjoncturelle et pragmatique. Déjà en 1983, l’énergie faisait partie des sept secteurs clefs du "plan de développement des hautes technologies pour le 21ème siècle", première approche pour organiser le développement des S&T en Chine. En 1995, la « Décision sur l’accélération du développement scientifique et technique", ou « Décision du 6 mai » entendait "aboutir à des réalisations proches ou concurrentes des pays avancés" dans différents domaines où figuraient les nouvelles sources d’énergie. (2) Le récent plan S&T entre parfaitement dans la continuation de cette stratégie mise en oeuvre par différents programmes qui se réactualisent régulièrement.

Outre les méga projets (dont le laboratoire de radiation synchrone, la contribution au programme de fusion nucléaire ITER, ou l’accélérateur de particules lourdes de Lanzhou), les programmes du Ministère chinois des sciences et de la technologie (MOST) font, dans cette lignée, de l’énergie un axe de R&D prioritaire. Le Programme de R&D des "Technologies de Pointe" ou programme 863 (mars 1986), dont le but est de permettre de réaliser « des percées significatives dans de nombreux domaines prometteurs » et le Programme 973 (mars 1997) de recherche fondamentale, recouvrent tout deux les domaines scientifiques de l’énergie (et de l’environnement). (2) Les programmes 863 et 973 procurent une grande partie des co-financements dans les projets de coopération bilatéraux franco-chinois.

Le Environment Building for S&T industries, programme de développement cette fois, des PME, comprend quant à lui le Programme Torch décidé en 1988 pour accélérer le développement de l’intégration des technologies de pointe dans l’indutrie, et dont trois des sept projets majeurs concernent l’énergie - les énergies nouvelles, la maîtrise des hautes énergies, les économies d’énergie. Pour cela le programme Torch permet la création d’un système combinant des zones de développement industriel des hautes technologies (ZDIHT) (54 aujourd’hui) et des incubateurs, le but étant « de développer des pôles d’excellence fondés sur la recherche, sur l’aspiration des technologies de pointe étrangères pour les adapter aux besoins nationaux chinois, sur le transfert vers l’industrie » (2) – l’équivalent bien antérieur, de nos pôles de compétitivité.

 

L’acquisition, l’adaptation et la réappropriation des technologies étrangères

La volonté de la Chine d’avoir une « innovation indépendante » est clairement affichée dans le Plan à 15 ans. L’approche, qui transparaît déjà dans la décision du 6 mai est :

- de favoriser le rapprochement entre le civil et le militaire -or l’énergie est une technologie duale par excellence. (Le nucléaire l’est bien évidemment ; le pétrole est fondamental au fonctionnement de l’appareil militaire ; d’autres nouvelles technologies de l’énergie ont un intérêt particulier pour les armées, telles que l’hydrogène et les piles à combustible utilisées pour les sous-marins.)

- de combiner le développement de ses propres techologies avec l’absorption, l’adaptation puis la réappropriation des technologies étrangères dans l’industrie.

L’introduction des technologies étrangères est planifiée selon les priorités du gouvernement. Celles non assimilables sont d’ailleurs bannies. Les NERC -National Engineering Research Center, ou « design institute » sont des structures de transfert créées spécifiquement pour absorber les résultats de la recherche domestique et étrangère adaptables à l’industrie chinoise. Sectorialisés, certains sont spécialisés dans les énergies : The Beijing Solar Energy Research Institute (NERC for renewable energy), HuaMai Coal Water Mixture (CMW) Technology Center, The China Institute of Atomic Energy (NERC for isotopes). (1) Chaque Académie possède en outre un institut chargé de la recherche des technologies étrangères et de l’étude de leur adaptabilité aux systèmes chinois.

"La Chine est prête à entreprendre une coopération avec tout pays en fonction des besoins de la Chine dans les domaines des sciences et de la technologie et du développement économique, sur la base des principes d’égalité et de réciprocité des avantages, la jouissance commune des bénéfices, la protection des droits de la propriété intellectuelle et le respect des pratiques internationales normalement admises. La coopération peut être bilatérale, multilatérale, avec des partenaires étrangers privés ou étatiques à tous niveaux et par tout canal ». -Décision du 6 mai précédemment citée (2).

La recherche appliquée doit s’appuyer sur le marché .

La mise en place de centres de R&D à investissements étrangers est donc encouragée, et ce, véritablement depuis 2000, sous forme de joint-ventures (JV) ou de filiale d’une JV existante. Des mesures fiscales très incitatives et d’autres incitations viennent favoriser le dispositif. Les politiques fiscales auparavant favorables aux étrangers ont été unifiées en Janvier 2007 à un taux unique à 25% pour tous sauf dans quinze secteurs stratégiques dont celui de l’énergie où le taux est maintenu à 15% . En outre le soutien financier à la recherche et l’innovation des pouvoirs publics est très important dans un pays qui nourrit de grandes ambitions dans ce domaine. La plupart des grandes compagnies internationales ont aujourd’hui des investissements de R&D en Chine. Le défi est qu’elles aient des retombées positives qu’elles signent soit avec des entreprises chinoises high tech , ou encore avec les universités (par ex., dans l’énergie, le BP-Qinghua Clean Energy Center) et les instituts des académies scientifiques qui apportent matière grise à relativement faible coût, localisation dans les zones de développement technologique, et liens intéressants avec les gouvernements locaux. Ces centres de R&D permettent en contrepartie aux compagnies chinoises d’acquérir un savoir-faire qu’elles n’auraient pas pu développer elles-mêmes.

Le transfert de technologie est accéléré par les conditions imposées aux entreprises étrangères pour l’accès au marché chinois, à savoir la nécessité de transférer un haut niveau de technologie, d’implanter un centre de R&D sur place et/ ou de produire localement les technologies étrangères, avec le risque de voir émerger des compagnies chinoises concurrentes, sur le marché chinois dans un premier temps, à plus ou moins long terme. Les exemples dans l’énergie sont nombreux. Celui de la technologie nécessaire à la fabrication de turbines pour produire l’électricité au barrage des Trois-Gorges est exemplaire : en 1997, « une poignée de fabricants comme General Electric, Siemens, et Mitsubishi avait les savoir-faire nécessaires pour concevoir, fabriquer et installer ces équipements complexes (…) A l’époque les barrières technologiques que les Chinois devaient franchir pour pénétrer ce marché des turbines de 700 Mégawatts semblaient insurmontables. Mais l’appel d’offres stipulait que le fournisseur sélectionné devrait transférer les technologies clefs. Une exigence aussi exorbitante aurait dû faire fuir les postulants. (…) Mais ce seul contrat représentait les deux tiers du parc mondial installé." Les fabricants étrangers ont donc accepté les conditions chinoises , et " en 2005, les Chinois ont été capables de produire ces turbines seuls et à moindre coût. Ils ont remporté les deux tiers de la deuxième tranche d’équipement du barrage" (Williamson Peter, Zeng Ming, « Dragons at Your Door – How chineses cost innovation is disrupting global competition », Harvard Business School Press, 2007) La nouvelle obligation de produire localement 70% des turbines éoliennes et de fournir les plans détaillés des projets pour participer à l’appel d’offre pour obtenir des concessions, vont dans ce sens également . [Cf. Article sur l’éolien] Le cas du nucléaire et la concurrence entre Areva et Westinghouse pour la fourniture des réacteurs de troisième génération a été assez médiatisée pour ne pas avoir à revenir dessus. Le but est bien d’acquérir et d’être capable de se réapproprier rapidement les technologies étrangères pour se développer ensuite de manière autonome.

Favoriser la coopération scientifique

La coopération scientifique vient compléter celle industrielle. La Chine bénéficie des avanges cumulés et complémentaires des résultats des programmes de recherche internationaux auxquels elle participe et des coopérations qu’elle mène en bilatéral.

Ainsi par exemple, dans le domaine de la séquestration du carbone ou des nouvelles technologies de l’énergie liées à l’hydrogène, dans lesquelles elle investit elle-même beaucoup, elle est présente à tous les niveaux. Elle fait partie de l’IPEH, le partenariat international pour l’économie de l’hydrogène, ainsi qu’au CSFL (Carbon Sequestration Leadership Forum), le partenariat pour la séquestration du carbone. Les projets avec les Etats-Unis sont très nombreux et sur tous les aspects de l’énergie. Citons entre autres, la participation au projet américain de centrale à charbon du futur, Futurgen (les chinois ayant leur propre projet Greengen), qui mise sur la R&D et démonstration de la production d’hydrogène à partir de la gazéification intégrée du charbon, de la production d’électricité à partir d’hydrogène, et du système de séquestration du CO2.

Au niveau européen, la Chine est associée à différents projets hydrogène et elle entend d’ailleurs y prendre part d’une manière plus importante. Un protocole d’accord Union Européenne-Chine sur le charbon propre a été signé en Septembre 2005. Dans ce cadre, le programme franco-chinois COACH, piloté par l’Institut français du Pétrole, lance la coopération sur la capture et le stockage du CO2 avec la Chine sur centrales à charbon (postcombustion, IGCC), et la polygénération (dont la production d’hydrogène). Un « European Clean Energy Center » (C2R) est prévu à Pékin (10M € par an sur 2007-13) pour être la vitrine du savoir-faire européen en matière d’énergies propres et promouvoir l’échange d’informations et de savoir-faire. Avec les britanniques,le programme Interact 4 qui associe sept grandes universités du Royaume-Uni (tous membres du réseau de recherche britannique sur l’énergie, Supergen -Sustainable Power generation and supply) et des instituts de recherche et académies de l’énergie de Chine, doit initier le développement des NTE dont l’hydrogène et les piles à combustible. Etc. Etc.

Notons que les chinois peuvent bénéficier des retombées de la collaboration des partenaires européens dans le cadre des projets du PCRD (Programme cadre de R&D) auxquels elle est associée, mais également de la concurrence que les chercheurs européens vont se faire en Chine (ne pouvant le faire dans le cadre du PCRD). L’évolution du Programme franco-chinois de Recherches avancées (PRA) l’illustre bien. Depuis deux ans, le MOST veut modifier le système du PRA. Les projets étant considérés comme trop petits, trop ponctuels, ne rentrant pas forcément dans un cadre précis, le MOST veut faire entrer les français en compétition avec les chercheurs européens dans un appel d’ofrre lancé et financé par lui-même, sur des projets plus importants -dont l’énergie.

La coopération scientifique franco-chinoise

En France, c’est le CNRS qui est le premier partenaire scientifique de la Chine. Il a notamment un accord cadre avec l’Académie des Sciences de Chine (CAS) et la Fondation Nationale des sciences naturelles (recherche fondamentale), et plusieurs programmes de recherche conjoints avec la Chine. Outre le PRA déjà évoqué (avec quelques projets dans l’énergie liés à l’hydrogène ou au charbon), les PICS – programmes internationaux de coopération scientifique- en cours concernant l’énergie sont au nombre de 7. Nés d’une coopération de longue date, existent en outre des laboratoires conjoints qui touchent à ce domaine :
- Le LFCC – laboratoire franco-chinois de catalyse de Dalian (2006-09) consistant en une collaboration indutrielle, avec Total en 2000 puis Arkema en 2006 (SINOPEC est fortement impliqué mais non signataire).
- Le LAS2M -laboratoire pour les applications des matériaux supraconducteurs et magnétiques (2004-07)
- Le LIAMA – laboratoire franco-chinois d’informatioque, d’automatique et de mathématiques appliquées (2004-07) (modélisation par exemple du vent).
- Le LFCPP, laboratoire franco-chinois de physique des particules (2007-10) avec l’Académie des Sciences de Chine, qui vient d’être créé.
Un projet de réseau lié à l’énergie propre (en partenarait avec le Centre franco-chinois de l’environnement et de l’énergie de Tsinghua CEFCEET, Pékin) est également en cours.

Tous les grandes universités ou écoles françaises (école d’ingénieurs, Mines, Polytech, Paristech, Polytechnique, ENS, etc.) et les grands centres de recherche français (INRIA, IFP, CEA, IFREMER, etc…) ont des coopérations avec la Chine. L’enjeu est de parvenir à les établir dans la durée et de manière réciproque. En effet, celles-ci consistaient jusque là principalement en de la formation d’étudiants ou chercheurs chinois venus en France dans cette optique. Or la Chine a désormais un niveau de développement S&T suffisant pour exiger que les coopérations soient rééquilibrées, et ce d’autant plus que le pays a sûrement à nous apprendre également. C’est ce qu’entreprend par exemple de faire le CEA, Centre de l’Energie Atomique, qui avoue que les compétences françaises et chinoises devraient probablement dans l’avenir être complémentaires sur certains aspects (par exemple la Chine sur les matériaux, les chercheurs français sur l’assemblage des composants) (P. Blanc Tranchant, CEA, DRI/Chine, 2007). Il faudra bien sûr que cette coopération soit très bien encadrée, délimitée et protégée du point de vue de la propriété intellectuelle.

En Février 2007, un protocole de coopération sur le stockage de l’énergie a été signé par l’ancien ministre de la recherche, Gilles de Robien et le MOST, dont le nouveau directeur, M. Wan Gang est l’ancien Président de l’université de Tongji à Shanghai où il était spécialiste des batteries et de l’énergie. L’avenir dira si les centres français s’engageront -de manière concertée- dans une coopération qui ne nuisent à aucun d’entre eux.

Le lien ambigu universités-entreprises.

Outre la question de la propriété intellectuelle, une difficulté dans la coopération avecles universités et les académies chinoises est le fait que celles-ci aient leurs propres entreprises, parfois chargées de développer et industrialiser des produits appartenant au domaine de compétence du laboratoire associé. Les directeurs de laboratoire sont alors chef de l’entreprise et le personnel, utilisé indifféremment dans les deux structures. (1) Les liens très serrés entre l’entreprise et son propriétaire permettent une grande efficacité dans le transfert de technologie et la valorisation des résultats de la recherche. Ainsi l’université Qinghua, la meilleure université de Chine, une des plus performantes en matière de recherche, avec laquelle sont nouées de nombreux partenariats, a crée un holding Quinghua Stock Holding Co. Ltd., regroupant toutes ses entreprises, dont Qinghua Tongfang Co, Ltd., spécialisée entre autres dans l’industrie de l’énergie et de l’environnement. (1)

Le rôle de la diaspora scientifique

Un dernier point important à souligner est que pour encadrer cette recherche de niveau international, la Chine s’appuie fortement sur le réseau formé par sa diaspora scientifique et, de plus en plus par les experts étrangers qu’elle invite dans le pays. Des incitations au retour très alléchantes ont été mises en place avec des aides à la création de start-ups ou des postes clefs dans des laboratoires ou universités de renom. La composante « valorisation de la recherche » est d’ailleurs un axe non négligeable des programmes de fiancement de retour de la diaspora. Les expatriés peuvent choisir de faire profiter de leurs connaissances également « depuis l’étranger ». Le transfert de technologie qui accompagne parfois ces échanges, peut alors se faire à une vitesse très rapide.

 

Conclusion

Le panorama brossé pourra apparaître décousu. L’objectif n’était pas d’être exhaustif mais de susciter des interrogations.Les efforts de recherche industrielle, universitaire, scientifique entre la France et la Chine existent. Les coopérations au niveau décentralisé se multiplient. Mais le manque de coordination est évident. A notre détriment. Puisque le discours actuel est qu’ « il faut être en Chine », ayons une véritable politique française de la Chine coordonnée et structurée.

(1) Nous devons travailler sur notre image. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet qui a fait l’objet de notre précédente newsletter. Mais la France est trop souvent encore perçue comme le pays du luxe et du tourisme et pas assez comme un pays de haute technologie.

(2) Sans être paranoïaque, nous ne devons pas être naïfs et il ne tient qu’à nous de rééquilibrer nos relations avec un pays qui n’est plus seulement « en développement ».

Est ce normal qu’il est plus difficile pour un doctorant français de se faire financer un voyage d’études en Chine, que pour un « étudiant » chinois -jusque 37 ans- de venir, sur fonds du gouvernement français, se former aux sciences de l’ingérieur ou de la gestion ? Et ensuite, quel suivi y a-t-il derrière ? Quelles relations sont entretenues avec ces étudiants de la diaspora, qui retournent ou non au pays, qui pourraient faire valoir l’image de la France en Chine et être un point d’appui pour une coopération plus durable et réciproque ?

(3) Nous devons en effet être également plus présents et influents.

Le laboratoire américain, National Berkeley Renewable Energy Laboratory, est depuis longtemps un partenaire des chinois dans le domaine de l’énergie et un acteur influent pour la rédaction de textes législatifs, réglementataires ou normatifs dans ce domaine, comme la Loi pour les énergies renouvelables. Qu’en est-il de l’influence de la France en Chine ? Nous faisons la promotion, avec l’ADEME, des PME d’écotechnologies sur le Salon Pollutec à Shanghai ; c’est tout un Länder allemand qui vient soutenir et encadrer ses PME à valoriser leurs compétences.

(4)Nous avons enfin tout intérêt à coordonner nos activités en Chine. Que ce soient celles de R&D, publiques (à finalité industrielle plus ou moins directe) et privées. Que ce soient celles de valorisation et d’encadrement de nos entreprises et nos savoir-faire.

De quel suivi bénéficient les PME françaises qui réussiraient à pénétrer le marché chinois, pour apprendre à réagir et anticiper continuellement les stratégies concurrentielles chinoises ? Nous avons décidé d’envoyer 1000 PME, bien encadrées -par les chinois-, de tenter l’expérience de ce marché asiatique. Parmi elles, lesquelles sont restées plus de trois ans (temps minimum que les chinois considèrent souhaitable avant qu’une entreprise étrangère fasse de l’argent en Chine) ? Les régions, communautés urbaines, villes, bénéficiant parfois de jumelages de longue date avec des échelons décentralisés chinois, pourraient être le cadre de la valorisation des compétences de notre territoire. Les pôles de compétitivité pourraient d’ailleurs être des tremplins aux projets dans un cadre juridiquement bien défini. Mais la coordination doit être nationale selon une stratégie réfléchie au service de notre innovation, de nos entreprises, de nos emplois.

Sources :
(1) Marie-Pierre Van Hoecke, ancienne attaché bureau CNRS à Pékin (2002-2006).
(2) Gal (cr) Daniel Schaeffer, « La pratique de l’intelligence économique chinoise dans l’acquisition des hautes technologies », Actes du colloque « Intelligence économique et compétitivité internationale », IECI, 16 novembre 2006.

Julie Fouquart

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