Partie 1. Les énergies fossiles - charbon, pétrole, gaz

14 juin, 2007

Article issu de la Newsletter L’ÉNERGIE en Chine - Partenariats dans l’énergie propre

Pour lire la Partie 2

 

Le charbon

 

Avec des réserves prouvées de 114,5MM de tonnes (11 % des réserves mondiales), le charbon compte pour 2/3 dans la consommation primaire d’énergie chinoise (69% en 2005, pour moyenne mondiale de 26%). Il est abondant et bon marché, mais émet en contrepartie, 80% du CO2 et l’essentiel de la pollution atmosphérique. Or si la part du charbon dans la consommation totale d’énergie est susceptible de diminuer, en termes absolus, la demande devrait connaître la plus forte augmentation, et le charbon restera la première source d’énergie du pays pendant plusieurs décennies encore. D’un point de vue des ressources -qui ne sont pas inépuisables, et de l’environnement -dont la dégradation a ses conséquences sociales et humaines importantes, ce ne sera, à terme, plus viable.  

Si la Chine a été importatrice nette de houille au premier trimestre 2007, la quasi-totalité de charbon est produite en Chine (2,2MMT en 2005), notamment au Nord (Heilongjiang, Liaoning) et à l’Ouest (Shanxi, Shandong, Henan Mongolie Intérieure, Anhui, Hubei) et est utilisée dans les centrales électriques (50% du charbon fournit 75% de l’électricité) et à 40% dans le chauffage et l’industrie (17% dans la métallurgie). Les régions minières étant éloignées des principales zones de consommation, l’acheminement pose des difficultés : le transport du charbon, coûteux lui-même en énergie, accapare 30% des ressources ferroviaires chinoises. Plusieurs projets "coal by wire" existent pour le développement de centrales à charbon proches des grandes mines puis le transport de l’électricité jusqu’aux zones de consommation (plutôt que l’approche traditionnelle de contruire les centrales près de celles-ci et d’y transporter le charbon).

 

 
En outre s’ajoute le problème des petites mines non sécurisées, peu rentables et très polluantes. Plus de 8000 travailleurs ont été tués dans les mines en 2005. Près de 40% du parc est constitué de petites centrales, d’une capacité inférieure à 200 MW, à l’origine d’une pollution importante et les directives du gouvernement pour fermer ou moderniser la plupart d’entre elles, sont difficiles à mettre en œuvre localement, du fait du chômage que cela peut engendrer, ou du coût. Enfin, les grandes entreprises craignent de plus en plus une pénurie d’approvisionnement en charbon : le risque élevé dans les mines et des salaires très bas rendent toujours plus difficile le recrutement de main d’œuvre de manière durable. Pour y parer, certaines stockent de grandes quantités de charbon ; d’autres, au management occidental se souciant de la rentabilité, vont jusqu’à se fournir à l’étranger.

La modernisation et la sécurisation sont donc devenues une priorité, mais les efforts pour construire des centrales plus grandes et plus efficaces (1MMT/an) sont distancés par la croissance de la demande. Néanmoins, la Chine se doit de développer des modes de production d’énergie à partir du charbon, plus propres et à meilleur rendement. Elle incite donc au développement de la gazéification, du méthane de houille*** et de la cogénération***, en encourageant les investissements étrangers vers les nouvelles technologies bénéfiques à l’environnement. La China National Coal Import and Export Corporation est le premier partenaire chinois pour les investisseurs étrangers dans le domaine du charbon.

Le pétrole

Le pétrole est la deuxième ressource énergétique chinoise et représente 21% du bilan énergétique chinois en 2005 (50% utilisés par l’industrie, 40% pour les transports). Les réserves officielles fin 2005 s’élèvent à 2,49MM de tonnes (15 ans de consommation pour une production constante) pour des réserves estimées à 61,9MMTonnes. La Chine demeure le 5° producteur mondial avec 5% de la production mondiale. Cependant, la production nationale stagne à un taux annuel inférieur à 3%, notamment du fait du déclin de la principale région productrice, Daqing. A contrario, la consommation connaît une croissance continue depuis le début des années 1990s (2005-06 : +2,6%) et la production ne suit plus.  

Depuis 2003, la Chine est le deuxième consommateur de pétrole au monde (néanmoins loin derrière les Etats-Unis). Pour subvenir à ses besoins, elle est devenue importatrice nette de produits pétroliers en 1993 et de pétrole brut en 1995. Aujourd’hui, elle se trouve dans une situation de dépendance pétrolière qu’elle juge préoccupante. Elle a importé en 2006, plus de 50% de ses besoins en pétrole en provenance principalement du Moyen Orient (52%) de l’Asie Pacifique (36%) et de l’Afrique. Pour assurer la sécurité de son approvisionnement, la Chine a deux principaux objectifs : (1) sécuriser physiquement et (2) diversifier ses ressources géographiquement. Et ce, via différents moyens à savoir :  

1. une stratégie indépendante de sécurisation des routes maritimes pour assurer son autonomie stratégique. La Chine a d’abord mis en place une chaîne cohérente d’escales stratégiquement échelonnées, du golfe persique au détroit de Malacca, via le Pakistan (plate-forme logistique portuaire à Gawadar), le Bangladesh (port de Chittagong) et le Myanmar (port de Sittwe), ce qui a vite été décrié par les Etats-Unis ou encore l’Inde comme une stratégie "en collier de perles" qui pourrait être utilisée à des fins militaires. Elle développe également parallèlement ses capacités navales et une véritable marine de guerre (en s’appuyant notamment sur la fourniture d’armements russes de plus en plus modernes et technologiquement sophistiqués), ce qui alimente régulièrement les craintes et les fantasmes d’un « péril jaune ».  

2. le développement des activités d’exploration et production des compagnies publiques chinoises que sont la CNPC -China National Petroleum Corporation (Nd, Ouest), Sinopec - China Petrochemical Corporation, et la CNOOC -China National Offshore Oil Corporation.   

a. à l’intérieur du pays

Les priorités du gouvernement ont pour but de stabiliser la production et les réserves de pétrole dans les régions de l’Est du pays, d’accélérer le développement et rentabilisation de la production nationale en offshore (golfe du Bohai et delta de la Rivière des perles) et dans l’ouest (plus difficile et couteuse), et de développer l’infrastructure nécessaire à la livraison du pétrole et gaz de l’Ouest vers la zone côtière où la demande est la plus forte (12000km de pipelines ont été construits en 2005 ; 9000 km supplémentaires sont prévus sur la période 2006-2010 et 11000km entre 2010 et 2015).

  

  Le marché chinois s’est ouvert aux investisseurs étrangers, outre dans les domaines du raffinage et de la pétrochimie, dans celui de l’exploration – exploitation pétrolière où les compagnies chinoises connaissent de nombreuses insuffisances dans les techniques suivantes : exploitation des gisements qui arrivent en fin de rendement, des gisements situés dans des configurations géologiques complexes, exploitation des gisements offshore. Mais la Chine a également le souci d’acquérir le plus rapidement possible la maturité technologique dans tous les domaines de l’exploitation pétrolière. Et elle apprend vite. La CNOOC (1982) assure seule aujourd’hui 50% de sa production. Le risque sous-jacent est que les compagnies nationales ne renouvellent pas les contrats de coopération une fois qu’elles maîtrisent et deviennent capables de développer une technologie nouvelle par elles-mêmes.

b. à l’étranger

Le gouvernement compte ramener la part des importations à 35% en 2020. Il encourage ainsi ses grandes compagnies pétrolières nationales à « going west » et à prendre des participations dans les projets d’exploration et de production à l’étranger (elles sont présentes dans 53 pays). On évoque même la recherche de pétrole au pôle Sud. Malgré tout, la production provenant de ces participations, ne compte finalement que pour peu dans la satisfaction de la consommation chinoise. Les grandes compagnies perdent beaucoup financièrement, n’ayant pas la technologie pour exploiter les gisements. Elles cassent le jeu international en achetant plus cher, mais sans être réellement capables d’exploiter leurs concessions et d’en extraire du pétrole de manière rentable. Elles doivent alors faire appel aux étrangers, comme en Iran où les experts de l’IFP, Institut Français du Pétrole sont venus apporter leurs compétences en analyse sismique. Souvent, les différences culturelles sont un obstacle supplémentaire créant une incompréhension avec leurs interlocuteurs du Moyen Orient ou d’Amérique Latine, et limitant considérablement leur champ d’action. Pourtant un changement est désormais notable : des étudiants sont envoyés dans les universités -iraniennes par exemple- pour en apprendre la culture, le mode de fonctionnement. Et là encore, ils apprennent vite.  

Pour les chinois, la sécurité énergétique est une question plus stratégique qu’économique et de fait, la Chine entretient une intensive « diplomatie pétrolière », parfois avec des pays producteurs controversés tels que le Soudan ou l’Iran. Pourtant, sur le marché international intégré du pétrole, le contrôle des ressources propres est utopique : la sécurité pétrolière est un bien public mondial. Le risque pétrolier n’est pas lié à la dépendance et à la provenance du pétrole importé, mais bien un risque macroéconomique qui se traduirait par une hausse du prix mondial du pétrole. Pour assurer ses approvisionnements en pétrole, la Chine, toujours sur la « courbe d’apprentissage » de la sécurité pétrolière, se doit de participer aujourd’hui à la sécurité énergétique mondiale aux côtés des Etats-Unis.  

3. La création d’un stock stratégique national
Un premier pas est la constitution de réserves stratégiques de pétrole qui a commencé à Zhenhai et Daishan (Zhejiang) et à Huangdao (Shandong), Xingang (Liaoning). Un "Bureau des Réserves d’Hydrocarbures" a été créé pour les gérer.  

Le gaz

 

La part du gaz reste pour le moment marginale dans la consommation énergétique primaire de la Chine (2,9% en 2005). La production en 2005 était de 50 MM de m3 pour des réserves de 1500MM m3. Cependant, le gaz a un avenir prometteur en Chine avec des objectifs fixés de 8% du bilan énergétique primaire en 2010 et 10% en 2020. C’est en effet une énergie beaucoup moins polluante que le charbon ; par ailleurs la Chine est entourée de grandes réserves de gaz (Russie, Asie Centrale). Dès lors la Chine a choisi d’accélérer l’exploitation et l’exploration des ressources gazières, ce qui nécessite un investissement considérable ainsi que des technologies de pointe et du savoir faire. D’où l’ouverture du marché aux investisseurs étrangers en 2005.

Cependant, le marché n’étant pas intégré, la demande dépendra en partie d’un réseau d’infrastructures adapté. Le développement des infrastructures de transport est nécessaire pour l’acheminement des ressources -pour plus de la moitié au Centre et à l’Ouest, vers les zones les plus demandeuses d’énergie, à l’Est. Les projets de gazoducs, comme le pipeline « West to East » (Xinjiang-Shanghai) entré en service en 2005, vont dans ce sens, même s’ils se révèlent coûteux à construire dans des régions souvent difficilement accessibles.

Une alternative est le transport maritime du GNL, gaz naturel liquéfié (avec les méthaniers), utilisé dans un premier temps par les régions côtières du sud-est, où deux terminaux de GNL ont été mis en service, dans le Guangdong et le Fujian. D’autres sont en cours de préparation et de construction dans le Zhejiang, à Shanghai, dans le Jiangsu, Shandong et Liaoning. 

Un obstacle principal aux projets de gaz naturel en Chine reste l’absence d’un système de régulation et de prix unifié.  

Julie Fouquart

 

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