Interview de Jean Claude Prenez - les transferts de Technologie dans l’Energie Propre
15 June, 2007
Interview dans le cadre de la Newsletter sur les transferts de Technologie dans l’Energie Propre
M. Jean-Claude PRENEZ, est Président de l’association « Partenariat France-Chine Électricité » depuis 2004. Délégué projets internationaux à la division ingénierie nucléaire d’EDF, il a participé à la conception, à la construction, à la mise en service et à l’exploitation de plusieurs centrales nucléaires en France et en Chine.
M. Prenez, pouvez vous tout d’abord nous dire ce qu’est EDF en Chine ?
Le Groupe EDF opère depuis plus de vingt ans en Chine. Dans le nucléaire avec la participation à la construction et à l’exploitation de la centrale de Daya Bay et ensuite de Ling Ao phase 1. EDF est toujours présent en assistance sur l’exploitation de Daya Bay et Ling Ao 2, mais aussi pour la construction de Ling Ao phase 2 et pour la standardisation du programme Gen 2+. EDF a également saisi des opportunités dans les secteurs du thermique charbon et de l’hydraulique. L’urgence en Chine est aussi de moderniser le parc de centrales au charbon avec des unités plus performantes, donc moins polluantes. EDF intervient comme électricien investisseur dans la production conventionnelle au charbon à Laibin et dans le Shandong. Le groupe réalise aussi des missions de consultance dans l’hydraulique.
Quelles sont, s’il y en a, les opportunités dans le nucléaire -et activités connexes- en Chine pour les entreprises françaises ?
La Chine a décidé de développer un vaste programme nucléaire , le plus important au monde, avec des réacteurs de génération 2+ et ensuite de génération 3 [cf. Article "Quelques définitions…"]. A condition de jouer le jeu de la localisation, EDF et les entreprises françaises, AREVA, Alstom mais aussi les PME/PMI membres de PFCE (Partenariat France Chine Electricité), présents depuis plus de vingt ans dans le pays asiatique, peuvent participer activement à ce développement, apportant leur expérience, leur savoir-faire et leur qualification. Pour renforcer cette présence et le lien entre les interlocuteurs locaux en Chine et les entreprises en France, PFCE a franchi récemment un pas supplémentaire en nommant depuis octobre 2006 un représentant technique permanent à Pékin, situé dans les bureaux d’EDF et bénéficiant ainsi de l’appui logistique du groupe français.
Justement, vous êtes le directeur du Partenariat France Chine Electricité (PFCE), pouvez vous nous en dire quelques mots ?
Il s’agit d’une association loi de 1901 qui fête son dixième anniversaire cette année. Dynamique, elle ne cesse d’accueillir de nouveaux membres pour atteindre aujourd’hui une quarantaine. Il s’agit de fournisseurs qualifiés d’EDF, qui aspirent à se développer de façon durable en Chine à travers des partenariats ou l’implantation de leurs propres usines. En tant que membres du PFCE, les entreprises ont accès à travers EDF à des informations précises et récentes sur l’évolution de l’économie, de l’industrie et du marché de l’énergie en Chine, ainsi que sur les souhaits exprimés par les entreprises chinoises de partenariats avec des entreprises étrangères.
Le PFCE organise régulièrement des missions en Chine et participe à des expositions, et autres séminaires -comme récemment à Pékin et à Day Bay sur les « Codes, Standards et Qualifications ». Le but est de rencontrer les électriciens, les donneurs d’ordre, les exploitants, les instituts, les organismes officiels et aussi des entreprises chinoises intéressées par des partenariats. Ces missions sont aussi l’occasion de découvrir de nouvelles provinces et zones potentielles d’implantation pour suivre au plus près le développement industriel et économique de la Chine et en particulier l’évolution du programme nucléaire chinois.
Les membres du PFCE couvrent un large scope d’activités** : bureaux d’études, surveillance et contrôle des structures et installations, fabrication, installation montage, génie civil construction, maintenance. Ceci dans les domaines mécanique, électrique, électronique, informatique, instrumentation, manutention. Cela se traduit par la fourniture de matériel durant la construction, de services et de pièces de rechange durant l’exploitation, pour les centrales de Daya Bay, Ling Ao, Qinshan, Tianwan, sans oublier les réacteurs de recherche HTR 10 ou le CEFR.
Quel est le retour d’expérience ? Les PME ont-elles développées d’autres opportunités hors cadre nucléaire grâce au PFCE ?
Le bilan des partenariats engagés par les membres du PFCE progresse sans cesse. Aujourd’hui, c’est 60%des membres implantés au moins à travers des bureaux, 30% avec des moyens de production localisés dont 20% en JV. Bon nombre de membres sont présents également dans d’autres domaines, production d’électricité conventionnelle, environnement, eau, chimie, marine, alimentaire…
Quels sont les obstacles majeurs rencontrés ? Quel est le risque en matière de transfert de technologies et de savoir-faire ?
Le programme limité jusqu’à ce jour, l’absence d’une politique industrielle claire, les incertitudes sur les conditions de localisation, sont autant de freins à un engagement fort à travers des investissements, surtout pour des PME/PMI dont les ressources sont limitées. A cet égard des signes positifs apparaissent maintenant, et plusieurs membres ont des projets bien engagés.
Les membres du PFCE sont prêts à s’engager dans des accords de transfert de technologie, à créer des JV et à développer leurs activités en Chine à travers des implantations locales pour jouer un rôle moteur dans le développement et la mise en oeuvre du programme nucléaire chinois. Mais bien sûr, il convient aussi de rester vigilant avec la protection du « know how » (savoir-faire), souvent première richesse de ces PME/PMI hautement qualifiées, et donc de choisir le montage industriel le plus approprié.
Pensez vous que dans le secteur des énergies propres, « il faut être en Chine » ? Et en matière de R&D ?
Oui, il faut être présent car les besoins sont énormes et le programme est si important quelque soit la source d’énergie que la Chine aura un impact sur la conception, la fabrication et le développement des différents moyens de production. En matière de R&D également, il y a matière à coopérer, et ce dans toutes les énergies propres : nucléaire -énergie propre au sens où elle ne produit pas de gaz à effet de CO2, charbon propre, éolien, solaire, etc. La Chine a de tels besoins que là aussi les possibilités sont immenses, d’autant plus que le pays a décidé d’investir énormément dans la R&D.
Propos recueillis par Julie Fouquart.
**Pour information, les activités des membres du PFCE couvrent un large domaine comprenant notamment : · Pompes et stations de pompage, · Robinetterie nucléaire et servomoteurs · Forge, construction métallique et mécanique · Ventilation et climatisation · Tuyauterie, préfabrication, et ingénierie de process · Joints et systèmes d’étanchéité · Isolation thermique, frigorifique, phonique et calorifugeage · Ponts, ouvrages mobiles et manutentions lourdes · Câbles spéciaux ; · Distribution électrique, automatismes et contrôles · Instrumentations, mesures et analyses vibratoires et sismiques · Instrumentations, appareils de mesures et de détection incendie · Matériels de radioprotection · Télémanipulation · Génie civil, précontrainte et suivi des structures · Protections, cloisonnements et portes spéciales (biologiques, anti-souffle, coupe-feu, étanches) · Contôle du vieillissement des structures et équipements · Bureau d’étude et ingénieries · Maintenance spécifique et services
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