La politique énergétique chinoise : panorama des différents secteurs
15 June, 2007
Article issu de la Newsletter L’ÉNERGIE en Chine - Partenariats dans l’énergie propre
NB : Les mots marqués du symbole *** sont définis dans l’article Quelques définitions…
NB : Les chiffres mentionnés dans l’article qui suit sont à manier avec extrême précaution et devraient avant tout être considérés comme donnant un ordre de grandeur. En effet, non seulement ceux concernant la Chine ne sont pas toujours fiables, mais les données sont différentes selon les sources. Enfin, les concepts mêmes de l’énergie (bilan énergétique primaire, production totale d’énergie, capacité électrique installée, production électrique générée, etc..) sont parfois confondus – ou utilisent des critères différents - ce qui ne fait que brouiller un peu plus les chiffres de l’énergie et l’électricité en Chine.
M : millions / MM : milliards
Développement économique et consommation énergétique
La Chine a connu une expansion économique considérable ces dernières années. L’objectif sur les quinze prochaines années est que le pays, toujours en cours d’industrialisation, accède dans son ensemble, à un niveau de vie « xiao kang » -de « prospérité moyenne ». Le 16° Congrès du Parti Communiste Chinois (2005) a établi pour cela un objectif de quadrupler le PIB entre 2000 et 2020, soit une croissance moyenne de 7% par an sur une période de 20 ans, supportée par une main d’oeuvre à faible coût encore abondante et des investissements étrangers conséquents.
Si la croissance économique perdure, cela gonflera inévitablement la consommation dans des secteurs comme ceux du confort habitat, des commodités ou de la mobilité. Le potentiel est fort. Le taux d’urbanisation pourrait passer de 40% aujourd’hui à 60% d’ici une vingtaine d’années. Les salaires aujourd’hui très disparates devraient augmenter. Le parc automobile est en plein boom tout comme le secteur immobilier. Avec la hausse du niveau de vie d’une population toujours plus urbaine, les chinois découvrent le confort : ils ont une voiture ; deux ou trois néons deviennent nécessaire là où, auparavant, il en fallait un avant ; ils mangent plus de viande ; ils voyagent en avion ; la climatisation se répand, etc. Tous ces éléments contribuent à la hausse de la demande en énergie et en électricité, dans un cercle quasivertueux.
Or la structure énergétique de la Chine dépend presque entièrement des énergies fossiles -et notamment le charbon-, très polluantes et émettrices de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique global. Les conséquences environnementales, et de là sociales et humaines, d’un développement jusque là mal contrôlé, sont donc désastreuses au niveau local comme global. [A ce propos, voir l’article de Stephane Rouhier sur « Les conséquences environnementales du développement énergétique de la Chine ».] Et les ressources ne sont pas inépuisables.
Si on ne peut empêcher la Chine de se moderniser et les Chinois d’accéder au confort, le pays asiatique doit désormais, plus que jamais, assurer son développement futur d’une manière qui soit viable sur le long terme. Le défi qu’il doit relever en matière d’environnement est beaucoup plus important et urgent que dans les pays développés, et que l’Europe en particulier. Si la Chine adoptait le modèle d’urbanisation et de consommation énergétique à l’américaine (multiplication du nombre de grosses voitures et villes immenses, consommation à outrance, etc.), pourtant très attirant, ses émissions de CO2 seraient 10 fois supérieures à ce qu’elles sont aujourd’hui (elles pourraient être les premières devant les Etats-Unis en 2007), mais deux fois seulement si elle adoptait le modèle européen.
L’enjeu est donc de taille pour les autorités chinoises qui ont lancé une politique en matière énergétique avec trois objectifs majeurs :
- améliorer la sécurité de l’offre énergétique***
- gérer les problèmes environnementaux (locaux et globaux).
- sécuriser la croissance économique du pays (assurer notamment l’offre d’électricité pour satisfaire la demande).
Ces trois objectifs passent par un recours de plus de plus poussé aux énergies sobres et propres***.
Le secteur électrique
La production d’électricité est un facteur clef pour assurer le succès et la durabilité des évolutions économiques et industrielles actuellement en cours. Mais le développement industriel qui explose a dépassé l’offre d’électricité et certaines régions connaissent toujours des pénuries en 2006. Depuis 2003, la croissance de la production d’électricité a pris un véritable essor avec un moyenne de 15% par an (14% en 2006). La production d’électricité en 2005 était de 2475 TWh (+14,5%), faisant de la Chine le deuxième producteur d’électricité au monde. La Chine se dote en moyenne de 21 GW par an, soit l’équivalent du parc français tous les 6 ans. L’électricité effectivement produite est aux trois quarts d’origine thermique (charbon), au sizième hydraulique ( 16%, ce qui représente néanmoins moins de 25% du potentiel électrique de la capacité hydraulique installée estimée à 400GW), 5% renouvelables et le reste nucléaire (2%). Le recours massif au charbon, énergie la plus polluante, est donc plus que problématique du point de vue environnemental.
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Or la consommation électrique connaît une évolution similaire à la production avec une croissance de 13,5% en 2005. Et la consommation moyenne par habitant restant modeste (moins de 1400kWh/an soit 1/6 de la moyenne française), on peut imaginer qu’elle continuera à croitre à un ryhtme soutenu dans les prochaines années avec l’augmentation de la population urbaine et l’essor du niveau de vie.
La volonté nationale est d’atteindre en 2020, une capacité électrique installée totale de 1000 GW. Cela correspondrait officiellement à un quadruplement du PIB entre 2000 et 2020, mais le chiffre semble largement sous-estimé par rapport aux besoins. Accroitre l’offre nécessite alors de faire appel à toutes les sources énergétiques disponibles, et d’accélerer le recours aux énergies nouvelles et renouvelables, qui permettent en outre de répondre aux enjeux environnementaux du pays. La Chine fait donc appel aux investisseurs étrangers pour développer le secteur électrique et les nouvelles technologies bénéfiques à l’environnement. « Il faut toutefois noter que la Chine a parfois déjà des longueurs d’avance dans l’utilisation d’énergies propres. Par exemple, les vélos électriques sont commercialisés à des tarifs trois fois inférieurs (90 à 250 €) à ceux pratiqués en France ; les chauffe-eau solaires à tube sous vide, de technologie plus avancée que ceux disponibles en France, se vendent 6 fois moins cher qu’en France ». (F. Colas, responsable stratégie et développement durable, EDF, 2004)
Les défis du secteur électrique restent nombreux :
La consommation du charbon et les problèmes environnementaux liés .
Les pénuries d’électricité qui touchent encore quelques régions en 2006. ( 26 régions avaient été touchées par la pénurie en 2005, suite à une mauvaise estimation en 2004 du besoin de nouvelles capacités -manque 40GW). Le Guangdong, une des provinces les plus développées du pays, vient, d’annoncer que pour la 5ème année consécutive, elle subit des pénuries d’électricité notamment en période estivale. Certaines entreprises se voient alors contraintes de travailler la nuitn hors périodes de pic de consommation. Guangzhou (capitale du Guangdong) accuse des retards dans la construction de nouvelles capacités alors que ferment les petites centrales à charbon, et qu’elle connaît un manque de pluie pour alimenter les centrales hydroélectriques. Toutefois l’équilibre devrait être atteint en 2007 ( déficit inférieur à 9GW en 2006).
Le développement des renouvelables. Malgré la première place de la Chine en matière de petit et micro hydraulique, de petites turbines éoliennes, de mines de production de méthane, de chauffe eaux solaires, et de l’utilisation directe de ressources géothermiques de faible et moyenne température, des barrières existent au développement optimal des renouvelables : (1) la mise en œuvre effective des politiques (2) le coût (3) une industrie manufacturière et un service lié faibles.
La mise en place d’une stratégie sectorielle de développement durable, avec une implication réelle dans l’après-Kyoto, et l’utilisation optimale d’opportunités comme les méchanismes de développement propres*** qui donnent la priorité aux projets d’amélioration de l’efficacité énergétique, de développement de nouvelles sources d’énergie et des renouvelables, et d’utilisation du méthane***.
L’établissement d’un réseau unifié malgré l’autonomie des régions dans leur développement (historiquement les régions se sont construites de manière autonome et continuent souvent à réguler la production d’électricité de manière indépendante).
L’efficacité énergétique***
Si une des causes de la pénurie d’énergie en Chine est institutionnelle, la principale raison est sans doute la surchauffe et la structure irrationnelle de l’économie nationale, auxquelles s’ajoute un important gaspillage. A logement et conditions climatiques équivalents, il faut actuellement deux à trois fois plus d’énergie pour être chauffé en Chine que dans les pays industrialisés. Et produire un million d’euros de richesse demande cinq fois plus d’énergie qu’en Europe et neuf fois plus qu’au Japon. Les experts du secteur de l’énergie estiment que la Chine peut économiser près de 200 milliards de kWh par an en comptant sur une meilleure gestion de l’utilisation de l’énergie. Le remplacement de l’ensemble des 6 500 lampes de la ville de Shanghai a permis de réduire la consommation d’électricité de 90 %.
Entre 1980 et 2000, l’intensité énergétique de la Chine a baissé en moyenne de 5,32 % par an. Toutefois, la Chine accuse encore un retard important. En 2004, elle a rendu public le Plan à moyen et long terme pour les économies d’énergie (2020), qui stipule en outre que d’ici 2010, l’intensité énergétique du PIB chinois devrait baisser de 14,5 % pour atteindre les niveaux de 2002, avec une baisse annuelle moyenne de 2,2 %. D’ici 2020, l’intensité devrait baisser de 41 % par rapport aux niveaux de 2002. Néanmoins, en 2006, l’objectif de réduction annuelle n’a pas été réalisé.
Un progrès considérable peut donc être atteint en matière d’efficacité énergétique, un secteur d’opportunités pour les investisseurs étrangers. Le retour sur investissement dans l’industrie lourde serait de 30%, et dans l’habitat et les services, de 10% selon, Beijing Yuanshen Energy Conservation Technology, une compagnie pilote EMC (Energy Management Company) financée par la Banque Mondiale. Le marché chauffage-ventilation-climatisation devrait par exemple progresser de 20 à 30% dans les prochaines années avec la demande d’éfficacité énergétique ; avec l’emploi de nouvelles technologies, de 20 à 50% supplémentaires du coût pourraient être gagnés.
Reste que la Chine a de grosses lacunes en matière de gestion de l’énergie, qu’il faudra réussir à sensibiliser la population et les entreprises. Une campagne pour éliminer les industries polluantes et à haute consommation d’énergie (notamment de l’acier, le fer, le cuivre, l’alumine, le ciment, l’énergie, le charbon) sera menée tout au long du mois de juin sur l’initiative entre autres, de la CNRD (Commission Nationale pour la Réforme et le développement), la SEPA (l’Agence Nationale pour la protection de l’Environnement) et du Ministère des Finances.
Panorama des différentes énergies
La structure de la consommation énergétique primaire *** de la Chine est celle-ci :
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Cependant, les statistiques officielles chinoises sur l’énergie ne prennent pas en compte l’utilisation traditionnelle de la biomasse, qui représente pourtant encore environ 20 % de l’énergie consommée en Chine*. Si celle-ci est prise en compte, la répartition est telle que :
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Source : Helio International
Les chiffres utilisés ci-après, se basent sur le premier mode statistique.
Partie 1. Les énergies fossiles- Charbon, Pétrole, Gaz
Partie 2. Les énergies non-fossiles "propres"
*merci à S. Rouhier pour la remarque.
Julie Fouquart
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