Le système bancaire de détail chinois

15 octobre, 2007

Le système bancaire de détail chinois  

Les banques étatiques chinoises figurent parmi les valeurs les plus côtées au monde, avec des capiitalisations boursières dans les milliards de dollars. Mais paradoxalement, elles demeurent considérées comme l’aspect le plus fragile de l’économie chinoise florissante.

Bien que la Chine ait fait des progrès considérables dans le système bancaire ces cinq dernières années -en ce qui concerne la corruption, les prêts douteux, et pour l’accès au marché des banques étrangères-, le système bancaire de détail, pour les particuliers, (retail banking system) reste primaire. Pourtant, on aurait pu croire qu’il se serait développé au rythme de la croissance du nombre de chinois possédant désormais suffisamment d’argent pour nécessiter des services bancaires modernes.

C’est loin d’être le cas. Il n’est pas rare de voir les salaires distribués dans des enveloppes en liquide plutôt qu’en chèque ou en dépôt direct à la banque, tout comme il est commun de payer sa voiture voire même sa maison avec des valises de billets.

Les consommateurs eux-mêmes sont réticents aux instruments financiers qui nous paraîtraient des plus communs. Les cartes de crédit sont d’avantage populaires pour le côté « mode » de leurs couleurs vives, de leur graphique attrayant, leurs logos variés -en bref des cartes qu’on pourrait collectionner-, qu’en tant qu’instrument financier. Leur utilité est d’ailleurs en effet limitée dans la mesure où seuls certains magasins les acceptent tels que les grandes chaînes, et leurs limites de crédit sont basses. Ceux qui la possèdent les utilisent peu voire considèrent qu’elles ne valent pas les 25$ annuels qu’elles coûtent.

Le système bancaire sous-développé a frustré de nombreux chinois et étrangers essayant de faire des affaires dans le pays. Cependant les régulateurs bancaires chinois déclarent que cet état de fait est favorable à l’intérêt national. Le développement du système bancaire de détail, est notamment du crédit sont des domaines à risques et la Chine ne veut pas aller trop vite dans ce domaine pour ne pas provoquer des difficultés similaires à celles d’autres pays, comme aux Etats-Unis qui ont parfois perdu le contrôle avec le crédit trop facile, et où de nombreux consommateurs inavertis y ont laissé jusqu’à leur maison. Déjà Wang Huaqing, président adjoint de la Commission de contrôle bancaire chinoises, rappelle ces chinois qui se sont laissés aller à « jouer » (au sens propre du terme) en bourse ou spéculer sur le marché immobilier avec l’argent de leus cartes de crédits ou de prêts, ou encore ces gangs qui auraient volaient des identités pour ouvrir des comptes, etc.

Les restrictions telles que la limite de 50 000$ par an qu’un citoyen chinois peut convertir du yuan en devises étrangères et les faibles seuils de découvert autorisé sur les cartes – ont pour but d’empêcher les gens de se laisser prendre dans la spirale du crédit et que cela ne devienne vite hors de contrôle.

Les banques chinoises restent enracinées dans le rôle qu’elles avaient sous le système communiste. Jusqu’à il y a encore quelques années, elles étaient essentiellement des agents de la politique sociale du gouvernement, maintenant à flots les entreprises étatiques. Les citoyens chinois qui voulaient investir n’avaient aucun autre choix que de placer leur argent dans les banques chinoises, celles étrangères n’étant pas autorisées à opérer dans leur pays et les marchés boursiers n’existant pas encore. En outre, les banques avaient peu d’intérêt financier à introduire un système de crédit payant , dans la mesure où le gouvernement central contrôlait à la fois les prêts et les taux des dépôts.

Aujourd’hui, le système bancaire de détail reste secondaire pour les banques chinoises. Elles fournissent la plupart de leurs crédits aux entreprises. Elles jouent le rôle qu’avaient les banques japonaises dans les années 70s et sud-coréennes dans les années 80s-90s. Leur but est moins la maximistaion du profit au bénéfice des actionnaires mais plus le financement du développement industriel (A. Kroeber, CEQ) . Les prêts douteux de la Banque commerciale et industrielle de Chine, une des plus grosses banques d’Etat, représentaient 21% de son portefeuille en 2005. Si la banque a réellement des difficultés, le gouvernement apporte le liquide nécessaire pour couvrir ces créances douteuses. Dès lors, les scandales et accusations de corruption n’ont pas véritablement d’impact concret sur les opérations de banques, les investisseurs parissant sur le fait que le gouvernement communiste chinois ne laissera pas périr ses banques nationale : les banques chinoises restent alors côtées en bourse à des milliards de dollars.

Cependant la dépendance excessive des banques nationales vis-à-vis du gouvernement n’est pas viable à long terme. La recapitalisation des banques chinoises a déjà coûté 432 milliards de dollars. Une banque a besoin d’innover et de créer de nouveaux produits financiers, mais pour cela elle doit avoir des raisons et des incitations. Avec l’ouverture du secteur bancaire à la compétition étrangère, les citoyens chinois pourront désormais se tourner ailleurs. Un premier pas. Pour la première fois cette année, le gouvernement chinois a autorisé des banques étrangères à recevoir des dépôts en monnaie locale et à offrir des cartes de crédit yuans.

Julie Fouquart

 

Source :
- Traduction partielle de Ariana Eunjung Cha, Washington post, 29.06,2007.
- Arthur Kroeber, China Economic Quaterly , Q4 2006.
Imprimer cette page Imprimer cette page

Comments

Got something to say?





CAPTCHA image

Close
E-mail It