Sebastian Schich, économiste principal OCDE : le système financier chinois
15 October, 2007
En partenariat avec L’OCDE : Newsletter sur le système financier chinois
Sebastian Schich, économiste principal à la division des Affaires Financières auprès de l’OCDE, a travaillé au sein de la Deutsche Bundesbank avant de rejoindre l’organisation. Préalablement à ses fonctions actuelles, il avait déjà été en poste au département des Affaires Economiques de l’OCDE. Dans le cadre de sa mission actuelle, ses responsabilités s’exercent dans le cadre du comité des Marchés Financiers de l’OCDE ainsi que de celui de l’Assurance et des Retraites Privées. Il s’est récemment penché sur les problématiques de financement des fonds de pension, les problèmes de vieillissement de la population et les marchés financiers, l’insolvabilité des ménages ainsi que sur certains dossiers concernant les hedge funds et, bien sûr, la réforme des systèmes financiers chinois et indien. Sebastian Schich est docteur en Economie, diplômé de la London School of Economics.

Quelle est votre approche concernant le système financier chinois ?
Depuis quelques années, la Chine est devenue l’un des acteurs principaux de l’économie mondiale et ceci dans trois domaines : le commerce, le secteur de la production et, de plus en plus, celui de la finance. Il ne faut pas oublier qu’à une certaine époque, dans un contexte de déséquilibres commerciaux, la Chine a contribué à supporter la croissance d’autres pays d’Asie. De façon plus globale, elle supporte aussi la croissance mondiale.
N’oublions pas non plus que la Chine joue un rôle de plus en plus important dans les flux financiers globaux, du côté des IDE (Investissements Directs Etrangers ndlr), mais se révèle être également un investisseur majeur en Treasury bonds (Bons du Trésor américain ndlr) ainsi que pour d’autres actifs financiers.
En nous fondant sur ces observations, le comité des Marchés Financiers de l’OCDE a entamé ses premières discussions avec les autorités chinoises en 2004 et, suite à cela, les a rencontrées à nouveau en avril 2006. En effet, c’est l’une de nos missions que de permettre à d’autres pays d’engager des relations privilégiées avec les pays membres de l’Organisation.
Cela prendra un peu de temps, mais des travaux sont en cours avec des échanges d’idées, et des efforts de compréhension mutuelle. L’OCDE offre une coopération renforcée à certains partenaires sélectionnés, lesquels pourraient à terme en devenir membre.
Il y a, entre autres, de fréquents contacts entre l’OCDE et les autorités chinoises concernant la gestion du problème des retraites. Un accord a été signé, au terme duquel l’OCDE apportera son soutien pour que les autorités chinoises puissent réformer leur système des retraites.
Beaucoup de progrès ont été réalisés dans divers secteurs. Ceci a été rendu possible grâce au développement de l’économie réelle, avec une attractivité pour les investissements, incluant ceux de l’étranger, et une projection de la croissance dans le futur.
Concernant les marchés financiers, ils sont également en développement. Mais il est important de considérer d’où vient le pays, comment ce système a été constitué, et de quelle façon l’Etat exerce sa politique de crédit.
Initialement, lorsque le système s’est ouvert, le système bancaire partait avec des handicaps considérables. Dans ce domaine, des progrès significatifs ont été enregistrés. Le gouvernement a créé une société chargée de reprendre les emprunts non productifs, laquelle société a été progressivement revendue sur le marché.
Au même moment, les banques ont réduit le pourcentage des emprunts non productifs dans leurs bilans. Elles se rapprochent maintenant des critères des autres systèmes bancaires.
A contrario, les progrès n’ont pas été aussi rapides pour le marché des capitaux. Cependant, il faut noter l’évolution très rapide du marché des actions qui a bénéficié, du fait de l’augmentation des actions de type "A" qui peuvent être traités librement, d’une injection de capitaux.
Le contre-coup de cette hausse du marché des actions se retrouve sur le marché obligataire pour les sociétés privées. Sa taille est relativement limitée et son rôle n’est pas très bien perçu. Ceci signifie que la structure des risques financiers repose actuellement, et en grande partie, sur le secteur bancaire, et non pas sur le marché des capitaux (en comparaison de ce qui se passe dans la plupart des autres pays membres de l OCDE).
Cette croissance rapide a masqué les problèmes potentiels. En effet, la situation des banques s’est améliorée, grace à un environnement économique très favorable, donc à une bourse performante où elles sont fortement parties prenantes. De la sorte, s’est créée une sorte de cercle vertueux. Néanmoins, la question qu’il faut se poser est la suivante : que se passera-t-il lorsqu’il y aura baisse de la bourse et ralentissement des autres secteurs de l’économie ?
Aujourd’hui, en prévision de cycles baissiers, les banques devraient mettre en place des systèmes de « risk management ». Elles devraient surtout définir comment ceux-ci peuvent être mis en place. Or, elles ne sont habituées qu’à des cycles haussiers. C’est l’une des questions fondamentales.
On comprend que les banques achètent à 1 pour revendre à 2, puis recommencent ce cycle. Peut-on en conclure que la base des actifs est insuffisante pour couvrir le risque de l’investissement, et quelle sera l’attitude de l’Etat en cas de crise ?
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette notion d’actif insuffisant, étant donné qu’une des particularités des marchés financiers est de se projeter dans le futur et, dans le cas des marchés émergents, avec la Chine et maintenant l’Inde, la croissance est fortement anticipée : ce qui est rassurant.
Ces pays vont continuer d’attirer des capitaux venus de l’étranger, mais devant la rapidité de cette croissance, il y a toujours le risque que les acteurs / investisseurs se disent que les choses vont un peu trop vite.
Nous sortons d’une crise financière qui s’est produite cet été (les subprimes : ndlr), et on a constaté que les marchés financiers des pays émergents ont traversé cette période sans grand trouble. La liquidité mondiale était - et est - suffisante. Elle cherche toujours des opportunités d’investissements.
Cela veut dire qu’il y a eu déplacement des liquidités, des marchés traditionnels vers les marchés émergents, même en augmentant l’indice de volatilité de ces marchés ?
En fait la volatilité n’a pas considérablement augmenté, mais il est normal de se poser la question sur la valeur réelle de ces marchés, surtout en termes de PER.
Comment l’Etat chinois va-t-il piloter ces réformes financières sachant qu’il doit « protéger » les paysans, mais surtout un milliard d’individus qui vivent en décalage par rapport à 250 autres millions d’individus qui, eux, ont un accès direct à cette économie dynamique et en profitent ?
C’est très complexe. Le rôle de l’Etat est loin d’être simple dans l’enchaînement des réformes. Un des points principaux est la mise en place d’une politique de réformes qui se veut graduelle, l’autre point étant que ces réformes s’effectuent dans une « paix relative », tout en visant certaines cibles, comme le secteur bancaire, et beaucoup moins le marché des capitaux.
L’autre problème majeur pour les autorités concerne la manière dont ces réformes s’exerceront , et surtout qu’elles soient socialement acceptables.
De notre côté, il y a également une meilleure compréhension des besoins ou des attentes des Chinois. Il y a quelques années, nous nous inquiétions beaucoup du « hard landing » de l’économie chinoise, mais ce risque a largement diminué. Les autorités ont essayé d’équilibrer les leviers de la croissance, en développant une meilleure mixité entre investissement et consommation. Les résultats commencent à être visibles et ceci contribuera à la stabilité du système financier et à sa réforme.
A court terme, l’un des challenges que les autorités chinoises devront résoudre sera de pouvoir contrôler l’évolution de la croissance, tout en pilotant cette mixité économique et en limitant ses effets inflationnistes. Il sera fondamental de maintenir une inflation à bas niveau afin de permettre une redistribution plus équitable du revenu réel.
C’est très difficile à dire. Ce qui est important, c’est que la Chine tire parti de la situation actuelle et y voit une opportunité pour réformer son système économique, tout en mettant en place des amortisseurs en cas de choc économique. Par exemple, mettre en place un système équilibré et diversifié dans l’intermédiation financière renforcera la solidité du système.
Scénario du pire : imaginons le crash d’une banque, l’effondrement de la bourse de Shanghai, etc. Quels en seraient les effets ? Il y a deux questions qui se posent : 1/ comment la Chine serait-t-elle affectée et 2/ comment le seraient les pays membres de l’OCDE ?
Vous avez raison de faire remarquer que ces développements engendrent une recherche de stabilité, et il est vrai que beaucoup d’individus ne sont pas conscients des risques qu’ils prennent. Il existe un phénomène d’auto-entraînement dans cette hausse des marchés des actions et nous constatons que certaines augmentations du profit des entreprises ne sont dues qu’à des résultats d’opérations de profits boursiers.
Pour l’international, je vois deux aspects : a/ fondamental, b/ symbolique. Le modèle chinois est intégré dans les modèles mondiaux. Cependant, si on se réfère au mini crash de la bourse de Shanghai en février 2007, l’impact global a été assez limité. Même si, sur l’instant, l’impact sur la confiance a été visible , celui-ci n’a pas duré.
L’intégration du marché financier chinois dans la sphère mondiale des capitaux est encore relativement limitée. Les conséquences d’un dérèglement financier auraient plutôt comme cause la croissance chinoise et ses effets sur l’activité mondiale.
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