’’Environnement, économie, avons nous tous les mêmes aspirations ?’’

15 December, 2007

"A l’heure où la France possède un ministère de « l’écologie, du développement et de l’aménagement durables » (MEDAD), met les Grenelles de l’Environnement en vitrine et prône les transports en Velib’, les rencontres franco-chinoises de la coopération décentralisée, qui se sont tenues à Bordeaux les 22 et 23 novembre, ne pouvaient trouver meilleur thème que « Vers une société harmonieuse, par le développement durable ». La Chine attire les industriels, fascine les politiques, mais aussi inquiète les défenseurs de l’environnement qui, face à cette croissance qui focalise l’attention, tente de faire passer un message environnemental qui semble raisonner vraiment bien moins fortement que les dollars.

La question était alors posée : la coopération franco-chinoise peut elle être autre qu’économique ? Nos collectivités locales ont-elles la possibilité et la capacité de coopérer en matière d’environnement avec le géant chinois ?

Premier constat à l’issue de la succession des représentants de la délégation chinoise à la tribune : il y a une véritable prise de conscience de la part des autorités chinoises quant aux conséquences de leur mode de production sur l’environnement.

Deuxième conclusion : la France, et en particulier les collectivités locales, a développé un véritable savoir faire en matière d’environnement. De l’éco-quartier de la ville du Havre à la mise en place de « l’Agence de la biodiversité » par la région Ile de France, nos collectivités sont actives et compétentes.

Troisième point sans lequel rien ne peut être possible : les provinces chinoises ont des demandes en matière de coopération environnementale - chaque intervention chinoise s’est conclue par une liste des domaines spécifiques dans lesquels ils désiraient mettre en place des projets de coopération.

En dépit des bonnes intentions formulées de chaque côté de la tribune, se pose la question de l’application pratique de ses déclarations d’intention. La Chine, que l’on veut souvent réduire à un tout géant et conquérant, est en réalité multiple et l’écart des niveaux de développement des provinces nécessite une réponse adaptée aux différents besoins. L’intérêt de ces rencontres s’est certainement trouvé là, au cœur des discours des représentants chinois, qui ont su montrer la complexité de leur pays, de leur croissance et de leurs territoires.

Si l’on observe la question de l’environnement d’un point de vue global, il ressort des différentes interventions des priorités communes, à savoir : la gestion de l’eau potable, première victime des industries vétustes et polluantes, la qualité de l’air et en particulier la pollution résultante de l’utilisation du charbon comme énergie première, la problématique des déchets et la question de la gestion des forêts. Néanmoins, des efforts ont été faits dans de nombreuses provinces avec des motivations et une efficacité à long terme qui attirent ou laissent perplexes.

(a) Les cas de Beijing et de Shanghai font partie des initiatives qui manquent à convaincre sur le long terme. Beijing accueillera les Jeux Olympiques cet été, et Shanghai l’exposition universelle en 2010. En conséquence, face aux critiques internationales en matière d’environnement auxquelles la Chine doit faire face, la prise en compte de la question écologique est un enjeu aussi bien au niveau du territoire local que du pays dans son ensemble. Dans cet objectif, les collectivités tentent de monter des projets visibles. Le projet de l’île de Chong Ming à Shanghai s’inscrit dans cette optique. Au-delà de l’intérêt réel de la coopération scientifique franco-chinoise ce projet est censé devenir pour l’exposition universelle de 2010 une vitrine du savoir faire chinois en matière de protection de l’environnement.

(b) Au-delà de ces villes « vitrines », certaines provinces, comme celle du Heilongjiang, ou villes, à l’image de Yichun, ont tenté de mettre en place des politiques de protection de l’environnement, politiques néanmoins a posteriori, une fois les effets de la pollution constatés. Le Heilongjiang, malgré une amélioration des bassins fluviaux, a en 2007 constaté de nouveau la mauvaise qualité de l’eau, ce, en raison de la pollution des entreprises désuètes de la région. L’approche de la ville de Yichun (située au Nord Est du pays), dans le discours, est très attrayante puisqu’elle propose de placer l’homme au cœur de la stratégie du développement durable en menant une politique de reboisement créatrice d’emplois et ce, suivant une directive nationale souhaitant faire des « montagnards les maîtres de leur montagne ». La plaquette est très attirante ; reste à savoir si sur le terrain, elle saura réparer les conséquences d’un déboisement de plus 50% de la surface forestière initiale.

(c) Enfin, reste les territoires dont les problèmes paraissent si importants qu’on voit difficilement ce que pourrait faire un projet de coopération décentralisée. L’ampleur de la tâche semble nécessiter des moyens et une volonté politique à l’échelle nationale, c’est le cas par exemple de la gestion des affluents et du réservoir du barrage des Trois Gorges.

Face à l’ensemble de ses défis une question demeure : à quoi peut servir la coopération entre les collectivités françaises et chinoises ? Sur quel modèle la mettre en place ?

Les demandes chinoises se tournent avant tout sur une aide technique et scientifique. La collaboration entre l’île de France et Beijing et entre la région Languedoc Roussillon et Shanghai sont ainsi concentrées sur ces thèmes.

Le projet de la région Languedoc Roussillon a été présenté comme un modèle à suivre, et il faut avouer, qu’au niveau de la méthode, il présente de nombreux intérêts. Tout d’abord, c’est projet sur 3 ans, durée permettant aux collectivités engagées d’avoir une certaine visibilité de leur projet tout en pouvant mener un travail de fond. Autre intérêt, il fait partie du programme ARCUS (Action en Région de Coopération Universitaire et Scientifique). Il bénéficie également du soutien du Ministère des affaires étrangères et est coordonné par Agropolis International : le projet bénéficie donc d’un appui institutionnel important et ne se présente pas comme une entreprise approximative difficilement tenable à l’échelle chinoise. D’autre part, le financement du programme est réparti en deux parts égales pour chacun des deux pays. Enfin, il se regroupe sur trois axes thématiques fondamentaux pour l’avenir environnemental de la Chine : la gestion de l’eau, énergie et déchets et écologie et éco-agriculture.

Faut-il alors croire en cette coopération environnementale ?

Il existe certes des perspectives intéressantes même si au final, nul ne pourrait connaître les concrétisations des déclarations d’intention qu’à moyen terme. Il existe certes une prise de conscience de la problématique environnementale mais on doute qu’elle puisse transcender la question du développement économique qui reste la priorité. La Chine demeure un pays en développement, avec une croissance très inégale à l’échelle du territoire, dont la principale préoccupation est logiquement d’accroître le niveau de vie de ses habitants. Entre enjeux environnementaux et croissance économique la balance ne semble pas encore prête à s’équilibrer. La coopération par le transfert de savoir faire peut apporter beaucoup mais elle doit, au delà des aspects scientifiques, trouver des applications concrètes et à long terme.

Comme l’a rappelé un représentant de la délégation chinoise « nous vivons tous sur la même terre et sous le même ciel », c’est un fait, mais avons-nous tous les mêmes aspirations ? La preuve reste à apporter. La route est encore très longue pour faire de la question environnementale une véritable priorité chinoise mais cela ne doit pas suffire à condamner les efforts menés dans ce sens."

 

Auteur : Lydie Reynaud
Etudiante en Master 2 à l’ Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) de Paris, Lydie réalise son mémoire sur "La coopération franco-chinoise en matière d’environnement". Vous pouvez l’aider dans son travail en la contactant à l’adresse : lydiereynaud@hotmail.com 06.66.81.22.98
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