Newsletter sur la Coopération décentralisée - Intérêt et perspectives…par Julie Fouquart

15 December, 2007

Newsletter traitant de la Coopération Décentralisée

Qu’entend-t-on tout d’abord par la coopération décentralisée ?

En France, c’est la loi du 6 février 1992, qui confère aux collectivités territoriales françaises (communes, départements, régions, groupements intercommunaux, syndicats mixtes) le statut d’acteurs spécifiques de la coopération internationale et leur octroient la possibilité de passer des conventions avec les collectivités territoriales étrangères, de participer ensemble au capital de sociétés d’économie mixte locales, ou à des groupements d’intérêt public. (Définition & cadre légal et juridique) La commission nationale de la coopération décentralisée (CNCD) établit et tient à jour un état de la coopération décentralisée et constitue le cadre institutionnel de concertation nationale.

La définition européenne de la coopération décentralisée est dans la théorie différente puisqu’elle considère l’ensemble des acteurs non gouvernementaux. "Longtemps opposées, ces deux acceptions aujourd’hui se rejoignent dans la pratique. En effet, coopération de collectivités territoriales à collectivités territoriales, la coopération décentralisée " à la française " est avant tout aujourd’hui une coopération de territoires à territoires, les collectivités territoriales veillant à impliquer dans leurs démarches le plus grand nombre d’acteurs sociaux locaux" - pouvoirs publics locaux mais aussi les organisations non gouvernementales, les coopératives, les syndicats, les organisations de femmes et de jeunes, les institutions d’enseignement et de recherche, les églises, les PME, etc. (cites-unies-france.org)

Pourquoi la coopération décentralisée franco-chinoise ?

Les collectivités françaises ont un rôle de plus en plus grand dans le développement et l’aménagement du territoire. La région notamment, qui, depuis la loi du 13 août 2004, peut se voir confier par l’Etat le soin d’élaborer un schéma régional de développement économique, en concertation avec les collectivités territoriales, leurs groupements et les chambres consulaires, ce qui lui permet notamment d’attribuer des aides aux entreprises. Avec la dynamique d’intelligence territoriale et celle des pôles de compétitivité depuis 2005, l’échelon régional peut être celui de la valorisation économique du territoire et de ses entreprises. A l’international également.

De même, les autorités locales chinoises, qui se sont historiquement largement développées de manière autonome, exercent des compétences dans de très nombreux domaines. La concurence entre les territoires chinois et leur variété ouvrent la porte à de nombreuses collaborations.
La coopération décentralisée est aujourd’hui devenue un enjeu majeur des relations bilatérales franco-chinoises. Cependant, il est évident que le contenu et les objectifs des coopérations ne sont pas toujours similaires.

L’objectif du gouvernement chinois, celui qui transparait sans cesse dans les discours, est bien la promotion d’une "société harmonieuse", le slogan phare du Président Hu jintao, avec un nouvel accent sur « l’homme au centre » et une préoccupation nouvelle pour les enjeux environnementaux. Rhétorique attrayante qui nous laisse pourtant perplexe, mais dont les rencontres de Bordeaux de la coopération décentralisée franco-chinoise se sont pourtant faits un plaisir de reprendre avec le thème "société harmonieuse pour un développement durable"… Les discours des intervenants chinois lors de cette manifestation allaient d’ailleurs tout à fait dans ce sens. Une impression de discours photocopié et distribué avec cette consigne : prêcher la bonne parole - et la bonne volonté- du gouvernement chinois. Mais de finir spontanément leur discours par une touche beaucoup plus pragmatique : "Nous nous incitons à venir investir dans notre beau pays où il y de nombreuses opportunités commerciales pour vous et vos entreprises" ! L’environnement, oui - si cela permet de faire de l’argent… Quelque soit la bonne volonté affichée du gouvernement et le contrôle sur les projets de coopération décentralisée, les collectivités, au final, en restent maître d’œuvre, et leurs intérêts sont ailleurs.

Quel défi pour la coopération décentralisée ?

Dès le début de l’ouverture, les collectivités locales chinoises ont pris en compte dans leur stratégie de développement la nécessité de partenariats avec l’étranger, et leur intérêt est aujourd’hui bien ciblé : formation des ressources humaines, transfert de technologies, opportunités d’affaires, création d’emplois… Elles savent en outre tirer le maximum de bénéfice de la concurrence entre les différentes collectivités locales européennes -allemandes, italiennes, françaises notamment- sur un marché de la coopération décentralisée de plus en plus compétitif.

Il suffit de relire les conclusions du rapport du Sénat sur les premières rencontres de la coopération décentralisée franco-chinoise qui avaient eu lieu à Wuhan en 2005 (Voir ICI) pour avoir tous les éléments en main pour cerner les enjeux principaux de celle-ci. Citons-en quelques extraits :

(a) Débuter un partenariat, « recenser les initiatives existantes sur le territoire en matière de coopération franco-chinoise » : "la connaissance du terrain des différents réseaux est primordiale". (…)

"Vibilité : l’appui de la collectivité, outre les ressources financières qu’elle apporte, induit un « effet de labellisation » qui donne un réel crédit aux yeux du partenaire chinois."

(b) Bien choisir sa collectivité : "Des villes, comme Shanghai ou Pékin, constituent d’excellentes vitrines pour nos savoir-faire". Cependant, "les régions du centre et de l’ouest ont un potentiel de développement élevé. Le partenaire idéal peut être identifié en tenant compte des problématiques communes et donc du potentiel de coopération."

(c) Dissiper quelques malentendus culturels - « Les différentes interventions ont pu permettre aux sénateurs présents d’identifier quelques caractéristiques culturelles chinoises qui jouent un rôle important en matière de coopération décentralisée, à savoir l’importance du relationnel et du lien de confiance entre les partenaires, et un certain attentisme chinois dans le début de la relation, qui doit conduire les collectivités françaises à être à la fois patientes et réactives. Selon l’ensemble des témoignages, une première phase de la coopération doit être consacrée à la connaissance de l’autre. En Chine, l’engagement découle du lien de solidarité tissé entre deux personnes (…) l’engagement personnel reste plus important que le contrat pour les Chinois (…) L’approche chinoise eu égard aux méthodes utilisées est en effet expérimentale, privilégiant les petits pas : le résultat de chaque action doit être validé, avant de passer à l’étape suivante. (…) lorsque la confiance est établie et une convention signée, les Chinois peuvent faire preuve d’un certain attentisme. La résolution du partenaire à mener à bien les premières initiatives est alors un gage d’efficacité pour la coopération. En effet, les Chinois préfèrent réagir aux propositions plutôt que les formuler. La concrétisation des actions doit être rapide pour que la partie chinoise se manifeste, mais celle-ci respecte alors scrupuleusement la parole donnée. »

(d) Les axes de la coopération : coopération économique et commerciale, coopération scientifique, promotion générale de la collectivité.
L’accompagnement des initiatives commerciales par les collectivités territoriales peut prendre des formes diverses :

"Un travail de lobbying en amont, par exemple dans le secteur des hautes technologies, où la France n’apparaît pas spontanément comme la mieux placée en Europe"

L’efficacité du "financement de stands dans les foires internationales chinoises" ou la réciproque est parfois contesté : « La mise en relation d’entreprises françaises et chinoises serait donc plus efficace si elle s’appuyait sur un réseau de relations (notamment via les chambres de commerce et les agences de développement) plutôt que sur des rencontres spontanées. »

"Les collectivités s’appuient aussi sur les agences de développement, pour leurs compétences et leurs connaissances de l’environnement économique local. (…) Une part importante de leur travail est de préparer les entrepreneurs aux risques et opportunités du marché chinois. "

« Les liens tissés entre les étudiants chinois et leur région d’accueil créent un vivier de compétences, pour le secteur privé comme pour le secteur public. En outre, même si les étudiants n’ont pas réellement de réseaux de relations en Chine, ils peuvent être des relais précieux. »

« La connaissance mutuelle est un élément important de la coopération, mais n’est pas une fin en soi pour les Chinois. Derrière la recherche d’une meilleure connaissance mutuelle, on trouve en fait souvent la notion de prestige. Et en Chine, l’excellence doit surtout se manifester dans la performance technologique, ce qui plaide encore une fois plutôt pour donner une priorité aux coopérations dans les domaines scientifique et économique. »

Ainsi donc, peuvent être mis en exergue « cinq grands principes nécessaires à la pérennisation d’une coopération décentralisée :
- établir des liens fréquents,
- maintenir une liaison étroite et permanente,
- instaurer des échanges d’information,
- partager les ressources,
- promouvoir l’interactivité entre les entreprises françaises et chinoises. Cela passe par la capacité à mobiliser les acteurs de son territoire, notamment par l’utilisation des relais institutionnels. »

Au final, « le rôle de la collectivité peut être vu comme celui de facilitateur, de médiateur. Elle fixe les lignes directrices du partenariat, en s’appuyant sur sa connaissance du terrain, ce que traduit la convention de coopération. Elle constitue aussi un cadre d’impulsion et de concertation, face à un partenaire chinois doté de fortes capacités, bien que généralement plus passif. »

Quelques termes à retenir : influence, réseaux, confiance…

Ainsi comme à chaque fois qu’est abordée la Chine, quelques points essentiels ressortent : influence, guanxi ou réseaux, relation de confiance, connaissance du territoire… Et peut-être plus encore lorsqu’il s’agit de coopération décentralisée…

Notre dossier mettra en valeur quelques exemples de coopération "qui marchent". Il ne pouvait être exhaustif. Les collectivités territoriales que nous avons omises sont d’ailleurs les bienvenues si elles désirent faire part de leur activités et réussites ou échecs avec la Chine. Celles que nous avons choisies, par visibilité et notoriété notamment, ont en commun ce que nous avons mis en valeur précédemment. Un homme influent : le Sénateur Valade à Bordeaux, Georges Frêches à Montpellier… voire une entreprise au rayonnement international - EDF, Suez… Un jumelage actif de longue date ayant permis d’établir des relations personnelles durables… Une communauté chinoise importante et bien implantée…

Il serait naïf d’appliquer à la Chine les moyens de la coopération décentralisée utilisée pour les autres pays. Faire la promotion d’une région en allant vendre une délégation "marketing" en Chine - ou pire encore, en "envoyant des mails" ! - paraît totalement illusoire. Il suffit d’aborder à peine la Chine pour parler d’interculturalité".

Comment faire dès lors ? Cela paraitra peu innovant mais évident : utiliser les réseaux et faire du "sur mesure". Esquissons une approche… Une entreprise française qui a mis en valeur un potentiel de coopération ou d’affaires en Chine pourrait avant tout se rapprocher des entreprises et acteurs chinois de son propre territoire. Ce sont ces acteurs chinois qui pourront faire le relais et utiliser leur dynamique de réseau en Chine pour vanter les mérites du bassin économique français et attirer en son sein les entreprises chinoises, partenaires commerciaux ou économiques potentiels.

Quel est le rôle de la collectivité alors ? Connaître son territoire et ses acteurs, stimuler les synergies, établir une relation de confiance sur le long-terme… Etre influente et apporter les moyens et l’information utiles que peut détenir un acteur public, aux acteurs économiques de son territoire, sur son territoire. En bref, mettre en oeuvre cette expression à la mode qu’est "l’intelligence territoriale"… de manière intelligente !

Julie Fouquart
Les opinions exprimées ci-dessus n’engagent que leur auteur.

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