
Née en Chine, Catherine AYMARD-YU est diplômée MBA de Rawls College of Business de Texas Tech University aux Etats-Unis et Maîtrise d’Economie Internationale d’une des meilleures universités de Chine.
Ctaherine a travaillé à la Banque Centrale de Chine à Shenzhen avant de partir étudier aux Etats-Unis. Elle a travaillé pour Shiseido aux Etats-Unis. En France, Catherine a été Responsable Marché Chinois à la Promotion Internationale des Galeries Lafayette pendant 6 ans. Elle a contribué à développer la notoriété des Galeries Lafayette en Chine et le chiffre d’affaires du marché chinois. Catherine a une très bonne connaissance de la clientèle chinoise : ses motivations et son comportement d’achat, ses marques, produits et services préférés. Depuis avril 2007, Catherine travaille à la Direction du Développement en tant que Chef de Projet Chine pour les Galeries Lafayette. Elle possède une bonne connaissance de la distribution des marques occidentales en Chine, ainsi que les méthodes de travail et les techniques de négociation à adopter sur ce marché.
Du point de vue chinois quelle est la définition du luxe ?
Tout d’abord, il n’y a pas un mot en chinois qui corresponde exactement au mot « luxe ». Trois termes peuvent être utilisés pour traduire le concept du luxe :
奢侈品 She Chi Pin: dépensier, prodigue, luxueux, fastueux, somptueux
精品 Jing Pin: raffiné, parfait, excellent, supérieur, exquis, fin, subtil, de la meilleure qualité, soigneux, expert
顶级名牌 Ding Ji Ming Pai: marques connues et du plus haut niveau
La première traduction est la plus employée pour son sens : extravagance et affichage. C’est ce que la plupart des chinois recherchent dans les marques de luxe.
Pour les chinois, le luxe est composé de plusieurs éléments :
1) Prix élevé
2) Symbole évident et fort (par exemple le monogramme du sac LV)
3) Longue histoire de la marque, exigence sur la sélection des matériaux et savoir faire unique
Aujourd’hui, pour l’individu qui s’approprie un service ou un objet dit « de luxe » quels sont les critères dominants : Recherche de distinction ? De possession ? D’intérêt pour la marque, son image ; son savoir faire ? le Prix ?
Un individu avec un niveau d’éducation élevé et qui possède une bonne connaissance des marques de luxe est exigeant sur la notoriété et l’image de la maque.
Un individu « riche » mais avec une culture du luxe moindre est fier de pouvoir acheter un produit ayant un prix très élevé.
Et à quel genre de luxe : le luxe par les services, le luxe de bouche, le luxe manufacturé ?
Aujourd’hui le marché du luxe en Chine est encore dans la phase initiale. C’est le luxe manufacturé concernant plutôt les produits individuels qui est présent.
Les consommateurs chinois les moins fortunés s’approchent de l’univers du luxe pour s’acheter des produits de beauté, cravates, chaussures, ou sacs.
Ceux ayant un pouvoir d’achat plus élevé recherchent les montres, la joaillerie et la confection.
Enfin, les plus fortunés s’offrent une voiture de luxe, une villa ou une grande maison, ou un bateau de croisière.
Culturellement parlant le chinois est il plus « luxe exposé » ou « luxe discret » ?
Très luxe exposé ! La plus grande motivation de la possession de produits de luxe est de montrer sa réussite et son statut social.
Dans la culture chinoise, nous sommes éduqués pour devenir les meilleurs, pour apporter gloire à ses parents et à sa famille. La réussite est mesurée par la richesse et la richesse s’exprime par les produits de luxe. Logique et simple, n’est ce pas ?
C’est pourquoi on fait la queue devant les boutiques Vuitton et que le marché de la lingerie de haut de gamme n’est pas encore développé en Chine.
Votre profession vous permet d’observer certaines tendances dans les modes de consommation, quelles sont-elles ?
Pour des raisons historiques et culturelles et la distance géographique, il y a de grandes différences dans les modes de consommation du luxe entre la Chine et les pays occidentaux, cependant les consommateurs chinois apprennent très vite.
Pour les chinois, le luxe est d’abord lié à l’affichage de sa réussite, mais la nouvelle tendance est le service de luxe et les produits de bouche de luxe. Ils commencent à être compris par certains consommateurs. Par exemple, des voyages de luxe où l’on s’approche de la nature sont proposés. Avec l’ouverture de Fauchon à Pékin, le concept de produit de bouche de luxe sera développé.
La deuxième tendance est l’age moyen des consommateurs chinois qui est de cinq années plus jeune que celui dans les pays occidentaux. Ils ont souvent moins de 40 ans. Les jeunes nés dans à la fin des années 70s et début 80s ont grandi avec le développement de la consommation en Chine. Ils sont souvent des enfants uniques et profitent des soutiens financiers de leurs parents. Ils sont très confiants dans le futur et n’ont pas peur s’endetter afin de consommer « l’argent de demain ».
Troisième tendance : les entreprises dépensent d’avantage dans l’achat de produits de luxe afin de faire des cadeaux à leurs clients importants, leurs fournisseurs et les fonctionnaires importants.
Quatrième tendance : les chinois dépensent deux fois plus durant leurs voyages à l’étranger. La notion de cadeaux est très marquée dans la culture chinoise. On se fait plaisir en offrant des cadeaux en revenant de l’étranger.
Une production « luxe chinois » est elle naissante et si oui avez-vous quelques exemples ?
« Shanghai Tang » est la seule marque que je puisse citer aujourd’hui. Cette marque créée en 1994 par un Hongkongais a embauché 12 anciens couturiers renommés de Shanghai pour la fabrication des robes chinoises à la main. Elle a été achetée par le groupe Richemont en 2000 et possède aujourd’hui environ une vingtaine de boutiques dans les grandes capitales du monde. Mais elle n’est plus une marque chinoise.
Les créateurs chinois sont très conscients de la création de produits « luxe chinois ». Nos chances sont dans les produits typiquement chinois : meubles en bois rouge, confections en soie, du thé de haute qualité, etc.
Le rachat de marques occidentales pourrait aussi être une manière de développer la production de « luxe chinois ».
Quel est aujourd’hui le niveau de revenue médian pour pouvoir accéder à « l’univers du luxe » ?
En 2006, 13% de la population, soit 170 millions de consommateurs, ont acheté au moins un produit de luxe. Leur revenu moyen annuel est de 7 500 €.
Dans cette catégorie, 13 millions ont un revenu annuel de 24,000 € et sont des consommateurs actifs.
Merci