En quelques mots : Le dessous des relations Chine-Afrique

3 avril, 2008

Avec une croissance à deux chiffres depuis près de 20 ans, basée sur l’exportation de produits à bas prix, la Chine s’intéresse à tous les débouchés susceptibles d’absorber sa marchandise. Si l’Afrique ne représente pas un enjeu commercial essentiel, c’est tout de même pour elle un marché intéressant. Parti de rien il y a 25 ans, la Chine est aujourd’hui le 3ème partenaire de l’Afrique. Les échanges entre l’Afrique et la Chine ne font que croître ses dernières années, pourtant le jeu est loin d’être aussi égal qu’il le semble, puisqu’en retour la part de l’Afrique dans la totalité des échanges à l’international de la Chine est inférieure à 5%.

Les relations sino-africaines sont relativement anciennes puisque la présence chinoise date du XV siècle, à l’époque ou l’amiral Zheng He, grand navigateur chinois a atteint les côtes d’Afrique de l’est. Après une longue interruption, leurs relations reprennent au XIX siècle, à l’époque ou les coolies chinois viennent travailler en Afrique. Mais les racines du récent rapprochement sino-africain sont à chercher au début des années 60. La Chine, devenue communiste, n’était pas reconnue sur la scène internationale et c’est Taïwan qui siégeait au Conseil de Sécurité. Elle cherchait, alors, sa place sur la scène internationale en développant ses relations avec les pays du sud, nouvellement indépendants. C’est ainsi qu’elle participera à la conférence de Bandoeng des pays non-alignés. Elle cherche à tisser des liens pour obtenir la reconnaissance de son statut sur la scène politique internationale. Durant cette période, partenaire de l’URSS, elle veut favoriser le développement du communisme et offre à ces pays son assistance dans de nombreux domaines. Bien que l’aide qu’elle apporte aux pays africains depuis les années 60 ne soit pas quantitativement comparable à celle des États-Unis ou de l’Union Européenne, la Chine a su exploiter de manière remarquable les avantages ainsi obtenus pour servir au mieux ses objectifs. 

Il faut dire que cette stratégie sera payante puisqu’en 1971 la Chine est officiellement reconnue par l’ONU et prend ainsi la place de Taiwan au Conseil de Sécurité. Cela n’aurait pas été possible sans le vote de 26 états africains.

L’intérêt de la Chine se porte majoritairement sur les matières premières : (minerais, hydrocarbures, coton et bois). Les multinationales chinoises investissent également dans la construction d’infrastructures, tandis qu’elles y exportent toutes sortes de produits à bas coût : (textiles mais aussi des matériels de télécommunication, des produits d’équipements industriels et ménagers, des véhicules de transport). Ces produits qui prennent une place de plus en plus importante sur le marché africain ont, certes, l’avantage d’améliorer le pouvoir d’achat des populations, mais c’est souvent au détriment des industries locales. Les entrepreneurs chinois importent, en effet, les structures de production mais aussi la main d’oeuvre, ils créent donc peu d’emploi.

L’industrie cotonnière Africaine a une importance primordiale pour le secteur du textile chinois. En effet, auparavant fortement dépendante des Etats-Unis, puisque au début des années 80 elle en importait 50% de ses besoins, elle est parvenue à diversifier ses sources notamment grâce aux productions d’Afrique de l’Ouest. Elles représentaient 2% des importations chinoises de coton en 1994, et plus de 15% aujourd’hui.

L’Afrique suscite l’espoir de nombreux pays en matière d’exploitation de pétrole. La Chine y multiplie les contrats, travaillant aussi bien dans la prospection que dans l’offshore ou dans l’exploitation de champs pétroliers qui jusque-là n’étaient pas assez rentables. Cette offensive chinoise qui se traduit sur le terrain en termes diplomatique et économique, ne peut que s’accroître avec ses besoins et change profondément la donne au niveau international. Le pétrole africain représentait 30% des importations chinoises en 2006. Ce chiffre a été multiplié par 5 en moins de 10 ans. Pour la Chine autrefois autosuffisante en énergie, c’est une question cruciale pour son développement. Aujourd’hui deuxième consommateur de pétrole au monde, elle importe de plus en plus massivement son énergie, notamment d’Angola, son principal fournisseur en Afrique.

Pourtant, les raisons qui poussent Pékin a investir de plus en plus en Afrique, sont à chercher au delà des simples intérêt commerciaux. En effet, la part de l’Afrique dans le total des échanges internationaux de la Chine reste marginale en comparaison de celle de l’Europe. L’Afrique fait partie d’une stratégie de politique extérieure chinoise au niveau global. Il s’agit d’y limiter l’influence des États-Unis qui sont considérés comme des rivaux dans la course aux hydrocarbures africains, mais aussi de neutraliser le Japon, qui cherche à étendre son influence en Afrique afin d’obtenir des alliés pour s’assurer un siège permanent à l’ONU. D’autre part, augmenter son influence sur la scène internationale lui permet aussi d’isoler Taiwan.

L’attitude de la Chine pose problème aux pays occidentaux, et cela bien au-delà des questions de parts de marché. C’est son comportement peu compatible avec les règles de bonne gouvernance établies par les pays occidentaux qui gène : elle soutient souvent les « États-voyous » , comme le Zimbabwe ou encore le Soudan. Ainsi elle a soutenu le régime soudanais face aux populations du Darfour pour préserver ses intérêts pétroliers, et s’est abstenue au Conseil de Sécurité lors du vote de la résolution 1591 visant à renforcer les sanctions vis à vis du Soudan.  Si ses prises de position exaspèrent parfois les états européens ainsi que les Etats-Unis, elle s’avèrent payantes et les États Africains sont, en général, favorables à la présence chinoise qui sert ainsi à la fois de contrepoids et de moyens de pressions sur l’occident et le système multilatéral.

Références :

- François Lafargue, « La Chine, une puissance africaine », Perspectives chinoises, n°90, 2005, [En ligne], mis en ligne le 27 avril 2007. URL : http://perspectiveschinoises.revues.org/document900.html. Consulté le 23 mars 2008.- Chung-lian Jiang, «La Chine, le pétrole et l’Afrique». Geopolitis, 2004. [En ligne], mis en ligne le 28 novembre 2004. URL : http://www.geopolitis.net/GEO%20ENERGIE/CHINE%20PETROLE%20AFRIQUE.pdf. Consulté le 22 mars 2008.- Christophe Perret: l’Afrique et la Chine, in Diplomatie N°24, janvier février 2007.- Valérie Niquet, « la stratégie africaine de la Chine », Politique Etrangère, N°2/2006. p.363-364.

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