La Jeune Chambre Économique des Français de Pékin

13 May, 2008

 

Julien Chol est President de la Jeune Chambre Économique des Français de Pékin. Auteur du blog www.pollution-china.com , il est en Chine depuis 3 ans maintenant et directeur de “L’air à la source”, une société qui propose sur le marché chinois des solutions individuelles contre la pollution et notamment des masques anti-pollution.

 Julien, parlons tout d’abord d’un sujet qui te tient a cœur, la pollution - de l’air plus précisément. Tu vis à Beijing depuis 3 ans maintenant; finalement, est ce si terrible?
 Bonjour!

Alors pour commencer et pour vous donner un ordre de comparaison, l’indice de qualité de l’air considéré comme "Bien" en Chine correspond a 150µg/m3 de particules; l’indice maximum en France correspond a 125µg/m3! Quand le gouvernement chinois vante la qualité de l’air, le gouvernement français lancerait l’alerte. Les chinois n’ont pas exactement la même définition du ciel bleu et de la qualité de l’air que nous!

 D’où vient la pollution?
A Pékin, il y a trois origines principales.

- Les voitures bien sûr. Le nombre de voitures sur Pékin a été multiplié par trois ou quatre en 5 ans.

- Les travaux ensuite. Avec les JO, la ville se construit et reconstruit à grande vitesse. Des surfaces importantes de terre sont exposées; l’air est sec; le vent brasse le sable; les camions, qui font des allers-retours incessants pendant la nuit, soulèvent la poussière et n’arrangent rien, d’autant que cela s’ajoute à leur propre pollution.

- Le charbon enfin. Le charbon est la principale source énergétique de la Chine, aux alentours de 70%! Dans le Shanxi, l’hiver, les gens, se chauffent individuellement au charbon, un charbon d’une relativement mauvaise qualité; vous le voyez dans l’air; vous le sentez. Il flotte un nuage noir de particules, ça vous prend à la gorge… A Pékin, le gouvernement a repoussé les usines polluantes et les centrales électriques à charbon au delà du troisième périphérique, notamment pour remplir ces objectifs de qualité de l’air pour les JO. Mais la pollution est là.

Et Pékin réunit en outre des conditions météorologiques défavorables: avec des montagnes à l’ouest et au nord, la pollution générée par les industries au sud et à l’ouest de Pékin s’accumule quand les vents sont défavorables.

 Mais justement, si on en croit les discours du gouvernement, il y aurait néanmoins une véritable prise de conscience que ça ne peut plus continuer ainsi….
Bien sur, oui, ils ont conscience que la dégradation de l’environnement est un vrai problème et qu’il faut faire quelque chose… Reste que les mesures pour limiter l’impact sur l’environnement sont appliquées tant que cela ne nuit pas trop au développement économique du pays. Donc oui, il y a des choses qui sont faites, des normes qui se durcissent, des régulations qui apparaissent. Mais….

Une directive est entrée en vigueur en 2008 imposant à la plupart des centrales a charbon au niveau national d’installer un système de récupération du dioxyde de souffre. Mais il faudra voir si elle sera véritablement appliquée et si ces systèmes seront effectivement utilisés.

Les voitures sont désormais produites aux normes d’émission Euro III, avec une incitation pour Euro IV. Mais en même temps, le gouvernement encourage la production et l’achat d’automobiles, qui contribuent au développement de l’industrie automobile chinoise! A Pékin, il serait acheté plus de 1000 voitures par jour…

 Il y a quand même une évolution, non? Qu’en pense la population? Avec une nouvelle classe moyenne qui émerge, il y a t il une certaine sensibilisation?
 Les chiffres officiels, bien sur, sont meilleurs. La situation irait mieux, mais cela reste des statistiques. Certes, des efforts sont faits, mais ils ne sont peut être pas à la hauteur du développement économique du pays. Qu’en sera-t-il à Pékin après les JO par exemple?

La population? Bien sûr qu’elle est consciente de la pollution. Surtout dans les campagnes, quand des installations industrielles touchent directement leur propre environnement, avec des conséquences graves pour les familles… Mais que peut-elle faire? Il y a quelques manifestations, mais elles sont souvent rapidement dispersées. En ville, il y a quelques initiatives mais très limitées en termes d’impact et d’échelle. Radio Pékin, par exemple, qui encourage les auditeurs à utiliser le vélo…

 Tu sembles plutôt pessimiste…
 Mais réfléchissons, en même temps, qui est responsable? Qui a exporté sa pollution, qui achète des produits fabriqués en Chine avec des normes environnementales beaucoup moins restrictives que celles auxquelles ils seraient produits en Europe ou ailleurs? Les entreprises étrangères ont en quelque sorte délocalisé leur pollution, et les mécanismes du protocole de Kyoto ne font que l’inciter d’une certaine manière.

C’est aussi à nous de trouver des solutions. Ne serait-ce que pour améliorer la vie des gens au quotidien. L’air a la source est parti de là. L’idée est de trouver des solutions innovantes qui peuvent répondre aux besoins - de personnes relativement aisées, il est vrai, pour le moment- de se protéger contre la pollution. Un des produits que nous avons trouve est un masque, plutôt sophistiqué, destiné avant tout aux cyclistes, nombreux a Pékin mais qui doivent respirer quotidiennement les gaz qui s’échappent des voitures ou des bus. Nous essayons en outre de mettre sur le marché des purificateurs d’air intérieur. Cependant, il est assez difficile d’identifier ces solutions innovantes qui viennent souvent de secteurs totalement différents - vélo, spa, ….

 Parlons de tout autre chose maintenant: tu es également Président de la Jeune Chambre Economique de Pékin (ci dessous JCE). Objectif Chine avait fait récemment une interview du Président de la Jeune Chambre Économique de Shanghai que tu connais également, pour présenter le concept et leurs activités (ICI) .Pourrais-tu nous présenter, à ton tour, la JCE de Pékin?
 Bien sur! La Jeune Chambre Économique, au statut d’association, est, vous le savez désormais, avant tout, un groupement d’individus qui choisissent de s’impliquer bénévolement sur des sujets qui leur tiennent à cœur.

La JCE de Pékin est relativement récente finalement. Elle a été créée en Octobre 2006, suite a une initiative de Fabrice Splinder, en Chine depuis une dizaine d’années maintenant et alors au sein de la CCIFC, qui voulait initier un réseau informel de rencontres pour les entrepreneurs et les jeunes actifs français ne privilégiant pas du statut privilégié d’expatriés.

Nous sommes aujourd’hui une quinzaine (a Pékin) et notre but est de mettre en œuvre des actions concrètes. Un peu différemment de Shanghai, nous sommes beaucoup plus orientés sur l’activité économique. La JCE est un engagement pour la "communauté business", intègré à nos activités professionnelles quotidiennes.

 Peux-tu nous parler plus en détails de vos différentes activités?
 Nous en avons trois principales.

Biznet. L’idée est donc d’aider les entrepreneurs qui veulent s’implanter à Pékin. C’est à dire les aider à comprendre leur environnement, leur faire bénéficier de nos réseaux, leur fournir des premiers bureaux temporaires le temps de l’installation, les coacher - revues de business plans, orientations, etc.

 

Le bureau Vert. Le concept est d’aider à trouver des solutions pour être plus écologiques dans la façon de travailler dans un bureau. Nous réalisons donc des audits dans les locaux, évaluons les "bonnes pratiques", faisons des recommandations qui se révèlent souvent être des conseils simples, mais qui ont souvent plus d’impact car venant d’un regard extérieur et neutre. Nous proposons également une "boite à outils". Nous avons commencé par auditer les organismes français, qui sont déjà de grosses structures: Mission Économique, CCIFC, mais également la Hutong School ainsi que nos propres bureaux. L’objectif est bien sûr, d’auditer des entreprises, de toutes tailles. Les volontaires sont bienvenus! 

Enfin, notre troisième activité se concentre sur les relations PME-Grands groupes. Les premiers clients naturels des sociétés étrangères en Chine sont les sociétés étrangères déjà implantées. Il y a énormément de missions de prospection commerciale pour mettre en relation les entreprises françaises avec des partenaires chinois potentiels, mais le plus difficile reste souvent à faire : obtenir des contrats!

L’idée est donc de mettre en relation ces PMEs, avec de grands groupes présents ici - Total, EDF, Veolia, Alstom, PSA, etc.- pour les aider à obtenir leurs premiers contrats. Cela doit permettre de leur laisser le temps d’appréhender et de se lancer sur le marché chinois, et de bénéficier en outre, de l’image et de la crédibilité d’un grand groupe français présent en Chine de longue date. Les allemands font très bien cela: les allemands travaillent très bien entre eux! A Pékin, une partie significative des PME allemandes sont concentrées dans le German Centre (NE du troisième périphérique), une pépinière de 13 étages autofinancée!

Le Forum PME-Grands Groupes devrait être organisé par la JC en Octobre ou Novembre, en partenariat avec la mission économique, la CCIFC, le Conseil du commerce extérieur… Il devrait réunir une vingtaine de groupes, une centaine de PMEs - déjà installées en Chine… Mais je vous en dirai plus prochainement!

 

Merci beaucoup Julien et bonne continuation à toi et à la JCE!

 

Interview réalisée par Julie Fouquart

 
 
 

 

 
 
 
Imprimer cette page Imprimer cette page

Comments

Got something to say?





Close
E-mail It