Shanghaï, une ville en construction permanente

par Hugues Martin *

Hong-Kong New World tower

Complexe hôtel-bureau-centre commercialCe qui frappe le nouvel arrivant à Shanghaï, c’est la poussière des chantiers incessants. A une année de l’exposition universelle Shanghaï 2010, la ville fait peau neuve à vitesse renforcée. Tout le monde s’active pour créer cette cité carte postale qui brillera bientôt sur les écrans du monde entier.

Comme Pékin préparant les jeux olympiques, Shanghaï est un chantier permanent. En construction ou déjà terminés, on compte pèle-mêle 10 lignes de métro, un aéroport, 3 ponts, 2 tunnels, des kilomètres de voies rapides montées sur pilotis, des centaines de complexes d’appartements.
Le clou du spectacle étant l’innombrable série de complexes abritant un hôtel, une tour de bureaux et un énorme centre commercial. Ce modèle tout-en-un, adopté dans toute l’Asie se répète à l’infini sur les artères de la ville. Celle-ci se transforme à une telle vitesse que des quartiers entiers disparaissent quelques mois et sont reconstruits tout aussi rapidement. La main d’œuvre abondante et peu chère des travailleurs migrants est une mine d’or pour les magnas de l’immobilier très présents parmi les Chinois richissimes. Encore en travaux, Shanghaï est déjà une ville moderne et agréable à vivre qui fait l’admiration des touristes et des nouveaux arrivants. Shanghaï renaît en tâchant de préserver un peu de son passé de Perle de l’Orient.

villa coloniale dans l’ancienne concession françaiseContrairement à ses modèles comme Hong-Kong ou Singapour, Shanghaï a une vraie histoire qu’on distingue encore dans les musées et au détour d’une ruelle. Fille d’une colonisation forcée au XIXe siècle, elle s’épanouit entre deux guerres pour devenir une sorte de New-York asiatique, ville riche au développement rapide où s’imbriquent trois parties séparées mais en symbiose, la Concession Internationale, la Concession Française et la Ville chinoise. La compétition entre ces trois entités force chacun à construire plus beau, plus grand, plus riche que le voisin couvrant le centre-ville de merveilles architecturales épargnées par la seconde guerre mondiale.
Comme en Europe de l’Est, la « libération » communiste et surtout la révolution culturelle forcera des millions de paysans à s’y entasser les uns sur les autres. Une maison ou un appartement conçu pour une famille se voit transformée en dortoir accueillant une dizaine de personnes, chacune ayant à peine l’espace pour survivre. La population augmente rapidement sans les investissements nécessaires, pesant lourdement sur ce patrimoine architectural.

Si l’extérieur des édifices reste inchangé, l’intérieur est souvent très abîmé. Le réveil de la belle endormie dans les années 90 est plutôt brutal. L’heure est au progrès forcené et les avenues bordées de platanes et d’immeubles art déco sont rasées pour faire place à des autoroutes surélevées qui transpercent la métropole. Elles ouvrent la porte aux années 2000, où des quartiers entiers sont rasés pour créer des complexes modernes qui feront la couverture des magasines du monde entier.

Quartier piéton de Tai Kang LuAu-delà de la modernisation à grande vitesse, les dernières années ont vu une redécouverte de l’histoire de la ville par les étrangers et les Chinois.
Les bâtiments anciens sont rénovés, transformé plus ou moins adroitement en fonction de besoins nouveaux. La ville s’embourgeoise à nouveau et la nouvelle richesse de ses habitants crée de nouvelles demandes. Les quartier piéton de Xin Tian Di et de Tai Kang Lu, novateurs il y a quelques années sont aujourd’hui des références.
La société des loisirs pousse à l’émergence de lieux de loisirs. Alors qu’il était difficile, il y a seulement cinq ans, de trouver une terrasse où profiter du soleil, c’est aujourd’hui monnaie courante. La ville s’humanise et devient de plus en plus agréable. Au milieu de l’agitation permanente se créent des aires plus reposantes, des oasis au milieu de la tourmente.
Les parties anciennes sont protégées et rénovées, et le prix des habitations coloniales s’envole montrant l’intérêt renouvelé que les habitants leurs portent. Alors qu’il était inconcevable pour un Chinois d’habiter volontairement dans un monument historique, les villas coloniales deviennent aujourd’hui des propriétés extrêmement recherchées.

Shanghaï devient un mélange de dynamisme asiatique et d’art de vivre à l’européenne.
L’exposition universelle de 2010 hâte encore le changement, forçant parfois à des choix trop rapides ou des constructions de piètre qualité. L’inflexion est cependant évidente en seulement quelques années. Shanghaï ne sera pas seulement une métropole moderne, elle gardera une part de son passé. C’est ce qui la rendra unique et encore plus agréable à vivre… quand le chantier permanent sera terminé.

 

Hugues Martin est un expatrié francais à Shanghaï travaillant dans la finance. Passionné de la ville où il réside depuis 5 ans, il est aussi l’auteur du blog Shanghailander.net. Il a auparavant résidé au Vietnam et dans plusieurs pays européens, dont la Hongrie, pendant 5 ans.
• Blog sur le vieux Shanghaï :   www.shanghailander.net
• Visite de Shanghaï en side-car :   www.shanghaisideways.com

 

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