Géopolitique de l’eau en Chine

par Franck Galland

Extrait de l’article de la revue Monde Chinois n° 15 – L’eau en Chine
 

  Fidèle à son profil économique et démographique d’exception, la Chine concentre tous les paramètres de la démesure en matière environnementale. Grand pays par le nombre (1,305 milliards d’habitants) et la taille (9 ,6 millions de km²), la Chine est relativement peu pourvue en eau douce. Si sa population représente 21% de la population mondiale, le pays ne dispose que de 7% des ressources en eau douce de la planète.  

 

D’une part, il existe en Chine une forte inégalité dans la répartition de l’eau par rapport à sa population (15% de l’eau au nord pour 45% de la population). C’est également en Chine que les ressources en eaux déclinent le plus rapidement avec 90% des cours d’eau asséchés une partie de l’année, provoquant ainsi une pénurie d’eau, voire un rationnement de cette denrée, pour certaines grandes villes comme Pékin. Enfin, la pollution et la qualité des eaux en Chine posent également problème, notamment à cause des accidents et pollutions industrielles dues à une faiblesse de maintenance. Tout ceci contribue à établir un constat alarmant pour l’environnement en Chine mais aussi et surtout pour la santé de sa population à long terme (300 millions de chinois n’ont pas accès à l’eau courante, ce qui provoque des vagues de migrations vers des zones urbaines bientôt surpeuplées et aux risques sanitaires importants).
C’est donc dans ce contexte que le gouvernement chinois s’est décidé à agir en développant les infrastructures nécessaires pour « apporter » l’eau aux régions qui n’en ont pas, voire même pour détourner le cours de certains fleuves pour en alimenter d’autres, développant ainsi de grands projets de constructions de barrages, de canaux et de systèmes d’assainissement.

D’autre part, cette question de l’eau  est également devenue un enjeu environnemental et stratégique régional.
En témoignent les tensions entre Russie et Chine autour du fleuve Amour et ses problèmes de pollution (au benzène notamment en 2005 par une usine chinoise) ; ou encore des tensions avec le Kazakhstan dont le cours de ses fleuves et le niveau de ses lacs (dont le lac Balkhach) ont diminué, que ce soit suite aux travaux d’aménagement de la région du Xinjiang par la Chine ou bien encore suite à l’augmentation des ponctions chinoises sur le cours des fleuves alimentant en eau le Kazakhstan. Ces tensions autour des ressources en eau se retrouvent également dans les relations avec le rival indien, autour du plateau tibétain. Principale source des grands fleuves asiatiques, et donc indiens, ce plateau est un espace stratégique pour la Chine et pour ses propres besoins en eau. De cette eau du Tibet pourrait donc apparaître des tensions qui pourraient devenir extrêmes entre ces deux grands d’Asie, que ce soit autour du fleuve Brahmapoutre, sacré et vital à l’Inde et dont le cours est menacé par les projets de développement régionaux chinois, ou encore autour du Tibet même dont le repeuplement par Pékin pour son intérêt stratégique risque d’augmenter les besoins en eaux de la région au détriment des fleuves indiens.

Face à ces conséquences potentiellement graves que peuvent avoir ces projets d’aménagement sur les relations avec ses voisins, la Chine a entrepris de développer de nouvelles technologies pour garantir un approvisionnement en eau de qualité à sa population. Pékin a pu ainsi rattraper son retard dans l’assainissement des grandes villes, et a même dépassé beaucoup d’autres pays dans le développement des technologies de dessalement de l’eau de mer, voire d’ensemencement de nuages qui permettrait de stimuler les processus de précipitation, de dissiper nuages et brouillards, ou encore de prévenir de la grêle.

C’est donc autour de ces enjeux vitaux et stratégiques que se structure la question de l’eau en Chine.
Comment garantir de l’eau à 1,3 milliard de chinois tout en sachant que cette ressource diminue dans toute la région, et tout en évitant le conflit avec ses voisins ? Doit-on s’attendre, surtout avec les nouvelles technologies d’approvisionnement et les projets d’aménagement développés par la Chine, à une « guerre environnementale » ?
Et surtout, quelles seront les conséquences humaine et géopolitique des réponses apportées par les différents acteurs ? L’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe les pays concernés par la question de l’eau en Chine, a certainement ici un rôle majeur à jouer dans les négociations et l’anticipation des problèmes à venir autour de cette ressource.

 

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Franck Galland est directeur de la sûreté de Suez Environnement, acteur mondial de la gestion de l’eau et des déchets. Président du Collège des opérateurs d’infrastructures vitales au sein du Haut Comité Français pour la Défense Civile. Auteur de nombreux articles sur la géopolitique de l’eau, il vient notamment de publier l’Eau: géopolitique, enjeux, stratégie aux Editions du CNRS (septembre 2008).

 

 

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