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« 5 principes essentiels : la doctrine, le temps, l’espace, le commandement, la discipline »
« La doctrine fait naître l’unité de penser ; elle nous inspire une même manière de vivre et de mourir, et nous rend intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort. »
Le fonds souverain chinois bouge comme un seul, et montre une unité, tout du moins vue de l’extérieur, inébranlable.
« Si nous connaissons bien le temps, nous n’ignorerons point ces deux grands principes Yin et Yang par lesquels toutes les choses naturelles sont formées et par lesquels les éléments reçoivent leurs différentes modifications. »
Le fonds souverain chinois est une réponse temporelle aux besoins actuels de la macro économie chinoise. Le yin : sa montée en puissance, le yang : l’investissement de ses richesses.
« Si vos ennemis sont plus puissants et plus forts que vous, vous ne les attaquerez point, vous éviterez avec un grand soin ce qui peut conduire à un engagement général ; vous cacherez toujours avec une extrême attention l’état ou vous vous trouverez. »
La Chine est passée, en moins de 8 ans, de « pays recevant l’aide aux pays les plus pauvres » à « pays émergent riche » versant des fonds pour cette aide.
« L’espace n’est pas moins digne de notre attention que le temps ; étudions-le bien, et nous aurons la connaissance du haut et du bas, du loin comme du près, du large et de l’étroit, de ce qui demeure et de ce qui ne fait que passer. »
Le fonds souverain chinois joue un rôle dans l’espace économique chinois mais surtout mondial, et semble devoir durer.
« J’entends par commandement, l’équité, l’amour pour ceux en particulier qui nous sont soumis et pour tous les hommes en général ; la science des ressources, le courage et la valeur, la rigueur, telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de général ; vertus nécessaires pour l’acquisition desquelles nous ne devons rien négliger : seules, elles peuvent nous mettre en état de marcher dignement à la tête des autres. »
Il est clair que la Chine et les Etats-Unis se sont engagés dans une guerre, qui, à défaut d’avoir démarré officiellement sur le terrain, se déroule pour l’instant dans la sphère économique. Sur ce plan, on peut considérer que les dirigeants du fonds souverain chinois CIC ont bien retenu les leçons de Sun Tzu : attendre le moment propice, quand la faiblesse de l’adversaire est telle, que toutes les barrières sont tombées d’elles-mêmes et que la ville est ouverte et la population en liesse. En sauvant Blackstone de la crise des sub-primes, le CIC a été accueilli tel un sauveur. On a même facilité cette opportunité, alors que, peu de temps auparavant, la même chose aurait provoqué une levée de boucliers. De plus, une telle victoire démontre aux autres pays du monde que le modèle américain n’est plus le seul modèle de réussite économique. Ainsi, les pays entourant la Chine pourraient être encore plus attirés par la protection qu’offre le fait de se ranger sous sa bannière.
« Plongez l’adversaire dans d’inextricables épreuves et prolongez son épuisement en vous tenant à distance ; veillez à fortifier vos alliances au-dehors, et à affermir vos positions au-dedans par une politique de soldats-paysans. Quel regret que de tout risquer en un seul combat, en négligeant la stratégie victorieuse, et de faire dépendre le sort de vos armes d’une unique bataille ! »
Le fonds souverain joue une stratégie de long terme, prenant pour l’instant des participations ne dépassant pas 10%, et refusant de siéger au Conseil d’administration.
« Considérez qu’avec de nombreux calculs on peut remporter la victoire, redoutez leur insuffisance. Combien celui qui n’en fait point a peu de chances de gagner ! C’est grâce à cette méthode que j’examine la situation, et l’issue apparaitra clairement. »
Pour cela, le fonds souverain chinois semble être passé expert, notamment en se dotant des ténors chinois de la finance et en recrutant des managers financiers de très haut niveau à l’international.
« Si l’armée ennemie a une mesure de grain dans son camp, ayez-en vingt dans le vôtre. »
Sur ce point, c’est particulièrement vrai, aucun pays aujourd’hui ne peut se prévaloir d’avoir autant de réserves de change que la Chine avec ses 1344 milliards de dollars.
« Si vous faites exactement ce que je viens de vous indiquer, les succès accompagneront tous vos pas, partout vous serez vainqueur, vous engagerez la vie de vos soldats, vous affermirez votre pays dans ses anciennes possessions, vous lui en procurerez de nouvelles, vous augmenterez la splendeur et la gloire de l´Etat, et le prince ainsi que les sujets vous seront redevables de la douce tranquillité dans laquelle ils couleront désormais leurs jours. »
Citations : Sun Tzu « L’Art de la Guerre »
Grégory Croué
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Les fonds d’investissements du Koweït, de Singapour, de la Russie et de la Chine ont peut être sauvé du krach notre système financier. Suite à la crise des « sub-primes » et des crédits immobiliers, les géants de Wall Street se sont vus obligés de faire appel aux nations riches en réserves de fonds issus de leurs excédents commerciaux.
Les actionnaires occidentaux sont inquiets du fait de leur méconnaissance sur les fonds souverains et des risques éventuels qu’impliquent leurs prises de participations pour la sécurité de leurs portefeuilles.
D’autres réévaluations à la baisse des profits des banques sont à prévoir. Certains institutionnels envisagent des mesures de subventions. Le ministre allemand des finances a annoncé son évaluation des pertes sur les titres liés aux emprunts immobiliers à hauteur de 400 milliards de dollars, bien au-delà des 100 à 150 milliards de dollars estimés l’année dernière par la Réserve Fédérale des Etats Unis.
Ce qui inquiète dans les différentes prises de participations faites par les fonds souverains étrangers c’est surtout le manque de transparence et les éventuelles ambitions politiques de ceux qui les contrôlent. Pourquoi, car dans le cadre d’une crise future, l’éventualité d’un passage d’une politique de retour sur investissement à une politique suivant les intérêts d’un gouvernement est à envisager.
Les fonds souverains sont des actionnaires de long terme qui ne cherchent pas aujourd’hui à diriger les entreprises mais à aider celles en difficultés. Donc les craintes précédemment évoquées, au vue de la nature de ces fonds sont des peurs légitimes mais peut être surfaites. En effet, c’est peut être la meilleure chose qui soit jamais arrivée, pour une raison simple : cela s’est déjà passé. Citigroup, par exemple, a déjà été sauvé par le Prince Saoudien Al Waleed dans les années 90. Celui ci il a injecté 600 millions de dollars à l’époque, qui sont évalués à 12 milliards de dollars aujourd’hui.
D’autre part, Morgan Stanley prévoit que la masse financière représentée par les fonds souverains atteindra 17 500 milliards de dollars d’ici 10 ans. Il est à noter que les fonds souverains sont, à ce jour, réellement des investisseurs de long terme, pour exemple le fonds koweitien pour Daimler Benz (depuis 1969) ou pour BP (depuis 1986). Ainsi il est plus important pour ce dernier de faire de bons investissements que de les utiliser à des fins de la politique.
Bien sûr, cela se passe parfois plus mal, comme avec le retrait en 2006 du fonds Norvégien de ses positions dans la banque Icelandic. Pour ce qui est des ambitions politiques éventuelles, les fonds souverains ont pris des positions minoritaires dans les banques américaines, sans possibilités aujourd’hui de contrôle, à l’image du fonds chinois CIC qui se refuse à siéger au conseil d’administration de Blackstone.
Dans le cadre de règles mondiales de gouvernance applicables aux fonds souverains, le FMI travaille à l’établissement de codes de conduite pour les régir. A terme, les entreprises américaines ont intérêt à accepter ces investissements. D’abord cela aidera les marchés émergents à se diriger vers de bonnes pratiques et des normes légales globales. Cela peut aussi aider les entreprises à pénétrer les marchés émergents comme pour Blackstone en 2007 qui a réussit à prendre 20% d’une compagnie de chimie chinoise nationalisée, après la prise de participation de 10% du CIC dans Blackstone. Les fonds souverains auraient donc un effet de stabilisation sur les marchés financiers et de modernisation dans les méthodes d’investissements.
WALL STREET SOLDES :
On ne peut certainement pas dire que les fonds souverains ont fait de mauvaises affaires en achetant les actions des plus grosses banques de Wall Street, car ils veulent faire de l’argent. La crise des crédits immobiliers a fait chuter le cours des actions en les rendant sensiblement bon marché.

SOUTIEN FINANCIER DES SUB-PRIMES
L’année dernière les fonds souverains ont investit 59,4 milliards de dollars dans les banques ayant d’importantes activités aux Etats-Unis et qui ont été reliées au scandale des sub-primes. Singapour, Koweït, les Emirats Arabes Unis et la Chine ont fait les plus gros investissements.


COMMENT PROFITER DES FONDS SOUVERAINS
Les fonds souverains ont eu l’habitude d’investir presque exclusivement dans les obligations. Cependant, maintenant, ils se diversifient vers d’autres marchés de capitaux comme celui des actions. Et cela pourrait assainir les risques du marché. Nos pays occidentaux sont gourmands en consommation de matières premières et ainsi en les achetant, alimentent les réserves de changes de ce pays transférées ensuite dans les différents fonds souverains des pays producteurs de ces ressources. La diversification des investissements de ses réserves financière est la clé : c’est surtout vrai pour les pays émergents excédentaires en capacité industrielle ou pour les pays exportateurs de matières premières.
Les fonds souverains diversifient leurs capitaux en prenant plus de risques qu’auparavant, sont en multipliant les supports d’investissements et sont à la recherche effective de profits. Vu la masse des capitaux circulant et disponible, on ne peut exclure des manipulations volontaire ou involontaire du marché. D’autre part, ils déplacent collectivement des milliers de milliards et se débrouillent pour obtenir un rendement important sur les titres de placements et les dettes, afin d’augmenter la demande pour ces capitaux et donc le prix.
La majorité des capitaux investis aux Etats et Unis et Europe se trouve actuellement être en obligations du Trésor. Si demain un transfert de ces mêmes capitaux des ces investissements à risques (immobiliers, marché des titres…) ce ne sera pas sans impact sur le refinancement des états emprunteurs. Il est quasi certain que les fonds souverains sont et seront les plus importants investisseurs des cinq prochaines années.
Article traduit de l’anglais et réécrit par Grégory Croué
Source: Registered Rep 1er Mars 2008
Titre: SOVEREIGN WEALTH: IT COULD BE GOOD FOR YOU
Auteur: Christopher C. L. Anderson
http://registeredrep.com
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L’Ecole de Guerre Économique titre sont analyse des Fonds souverains : "Les fonds souverains : La conquête de la politique par la finance."
Or un des premiers principes de l’art de la guerre chez Sun Zi n’est-t-il pas de pouvoir gagner sans combat?
L’Art de la guerre de Sun Zi est à l’origine un ouvrage militaire, mais dont les principes sont aujourd’hui couramment utilisés dans le monde de l’entreprise et dans la construction de stratégies de développement économique par les entreprises chinoises, en particulier à l’international. La question de savoir si la stratégie chinoise dans son recours aux fonds souverains est une approche de l’art de la guerre paraît relativement pertinente si l’on en croit les médias occidentaux.
En effet, cette question rejoint une polémique fondamentale qui secoue les médias sur la question des Fonds souverains : Leurs objectifs sont-ils politiques ou purement commercial? En d’autres termes si ces fonds sont un moyen déguisé de prendre le contrôle de secteurs stratégiques, n’est ce pas une manoeuvre mûrement réfléchie, dans le plus pur goût des maximes de Sun Zi?
Car pour Sun Zi, le stratège idéal gagne sans combattre. La guerre c’est donc surtout un art de l’affrontement indirect, basé sur la tactique et l’intelligence plus que sur les forces en présence. C’est la recherche de la meilleure adaptation, par l’étude approfondie du terrain, la ruse mais aussi grâce à une utilisation optimale de l’information.
Les concepts de base de l’analyse stratégique de Sun Zi sont très adaptés à la vie économique actuelle et à la compétition qui règne pour la maîtrise des secteurs économiques dominants. Le but est de devenir un acteur qui compte à l’international : Un véritable challenge pour les prochaines années.
Voici un exemple qui illustre à merveille la stratégie chinoise face à l’étranger, en particulier pour les fonds souverains…
孙子曰:兵之情主速,乘人之不及,由不虞之道,攻其所不戒也。
"La rapidité est l’essence même de la guerre. Profitez du manque de préparation de l’ennemi. Empruntez des itinéraires imprévus et frappez les places sans défense."1
1) Wang Ziyi. "L’art de la guerre de Sunzi" et la stratégie de management de l’entreprise. Audiancia Nantes. SinoFrance. 2004.
Agnès Berton
berton.agnes@objectif-chine.com
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Les Fonds souverains : « Sovereign wealth funds » en anglais, sont des Fonds d’investissement constitués par certains États pour faire fructifier les réserves de changes de leurs banques centrales et qui ont, pour certains, des montants réellement démesurés.
Préoccupant actuellement le monde de la finance, ils continueront probablement de le faire dans l’avenir. Car si pour certaines sociétés occidentales en mal de capitaux les fonds souverains provenant de pays émergents, comme la Chine, sont considérés comme une chance, la crainte d’une véritable prise de contrôle des capacités industrielles et technologiques Européennes - et Françaises – par ces nouveaux types d’investisseurs, s’installe rapidement dans le monde économique ; comme dans les médias.
Ce problème commençait même à préoccuper sérieusement les spécialistes avant que n’éclate la crise américaine des subpimes qui a, elle-même, absorbé toute l’attention médiatique.
D’ordinaire plutôt adeptes d’une gestion discrète des affaires, ils prennent de plus en plus de risques et sortent à la lumière en choisissant leurs cibles parmi les sociétés les plus en vue, en les utilisant comme des armes politiques orientant leurs placements en fonction de leurs intérêts stratégiques.
Face à cette controverse, les institutions européennes et internationales ont été appelées à trancher, et Bruxelles comme l’OCDE restent mesurés. Le FMI doit aussi mettre en place, très bientôt un guide des bonnes pratiques en la matière afin d’améliorer la sécurité et la transparence.
Car du fonds norvégien, cité en exemple pour ses bonnes pratiques, aux nouveaux fonds russes et chinois pour lesquels l’incertitude et les craintes concernant leurs comportements futurs restent entier, de nombreuses questions restent en suspens.
L’inquiétude est due en grande partie à l’incertitude concernant la stratégie que les dirigeants vont mettre en place, et cela est vrai en particulier pour le fonds chinois, le CIC (China Investment Corp) mis en place à l’automne 2007. Ce que craignent le plus les spécialistes c’est effectivement que le CIC se tourne, non pas vers une simple logique d’investissement financier, comme c’était la norme auparavant, mais qu’il suive cette nouvelle tendance et s’en serve à des fins politiques.
Preuve que cette question est prise très au sérieux par les deux partis, Lou Jiawei, président du fonds souverains chinois a promis davantage de transparence -dans la limite des intérêts chinois- Il a aussi mis en garde les États occidentaux qui sont de plus en plus tentés de mettre en place des barrières protectionnistes pour préserver leurs intérêts.
Aussi, aujourd’hui, les craintes concernant une prise de contrôle massive de nos intérêts stratégiques par des capitaux étrangers sont-elles fondées ?
Pour l’OCDE, l’intérêt économique est réel pour les deux partis même s’il est nécessaire de réguler la situation. Ainsi, ces investissements ne peuvent, en aucun cas, avoir des fins politiques et les pays d’accueil sont autorisés à prendre des mesures de sécurité si celles-ci ne servent pas de rempart pour éviter toute pénétration sur le territoire national.
Si les fonds souverains investissent massivement dans le système bancaire et financier international, venant même, au secours de certaines banques occidentales, ils prennent aussi des participations dans de nombreuses entreprises occidentales d’envergure internationale. Une des dernières en date n’est autre que Total, dont un fonds chinois qui ne serait pas le CIC possède aujourd’hui une part du capital. Il semble que Total préfère éviter de faire des commentaires.
Cependant, étant donné les besoins énergétiques chinois, il n’est pas difficile de deviner la raison de ce choix. Alors… choix politique ou commercial ?
S’il est évident qu’il n’est pas nécessaire de diaboliser ces fonds d’investissement, il sera intéressant de suivre leur évolution pour savoir si le système de régulation mis en place par les institutions internationales sera suffisant pour apaiser les tensions… et aussi de déterminer la limite entre intérêts commerciaux et politiques…
Agnès Berton
berton.agnes@objectif-chine.com
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Les préoccupations de l’OCDE pour les investissements étrangers, et en particulier pour les Fonds souverains sont de deux ordres :
-L’OCDE travaille sur le long terme à la libéralisation des investissements. La régulation internationale des politiques d’investissement et la "liberté d’investissement" sont pour elle un souci constant.
-Son rôle consiste aussi à encourager la mise en place de règles claires pour une plus grande transparence.
Les experts doivent à la fois être capables de prendre des mesures en matière de libéralisation des investissements puisque c’est un axe fondamental de la politique de l’OCDE. Ils doivent aussi répondre aux préoccupations des États, qui craignent que cela n’ait des conséquences négatives sur la sécurité nationale dans le futur, et qui ont alors tendance à vouloir favoriser une plus large protection de leurs secteurs stratégiques.
Les principales règles en matière de bonnes pratiques sont simples :
?Pour les pays cibles, lorsqu’il est décidé de restreindre l’accès de certains secteurs aux investisseurs étrangers, le principe de transparence doit être respecté et les décisions prises doivent être justifiables.
?Pour les investisseurs, la nécessité du respect du principe de transparence est le même. L’OCDE a réaffirmé à de nombreuses reprises qu’il est fondamental que ces fonds se conforment à des normes strictes. C’est d’ailleurs dans ce but que les institutions internationales : Banque Mondiale, FMI ainsi que l’OCDE travaillent à l’élaboration de codes de conduite.
L’OCDE travaille depuis de nombreuses années sur la question de la libéralisation des investissements et sur les problèmes de régulation qui y sont liés. À travers cette problématique elle porte, depuis le début, un intérêt visible aux Fonds souverains et son attention s’est accrue récemment, puisqu’en 2007 paraît le premier document d’une longue série axée spécifiquement sur les Fonds souverains : "International investment of sovereign wealth funds".
Depuis, les experts de l’OCDE continuent de travailler sur ce sujet, avec en avril dernier la publication d’un rapport sur les Fonds souverains et les politiques des pays d’accueil, toujours dans la lignée de leur double préoccupation : libéralisation et transparence.
Cependant, la mobilisation sur les Fonds Souverains n’est que la partie émergée de leurs travaux sur les questions d’investissements et il est d’ailleurs prévu pour 2008-2009 la rédaction d’un rapport sur la liberté d’investissement, qui synthétisera tout le travail déjà réalisé sur cette question.
Sources :
Travaux de l’OCDE sur la prévention du protectionnisme en matière d’investissements. http://www.oecd.org/daf/investissement/foi
Fonds souverains et politique des pays d’accueil. http://www.oecd.org/dataoecd/34/31/40408832.pdf
Agnès Berton
agnes.berton@objectif-chine.com
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François Lafargue est Docteur en Géopolitique et Docteur en Sciences Politiques. Il est Professeur à l’École supérieure de Gestion de Paris et anime le séminaire Géopolitique à l’École centrale de Paris. Il est un spécialiste reconnu des enjeux énergétiques en Asie. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages notamment Demain, la Guerre du Feu. États-Unis & Chine à la Conquête de l’énergie, Ellipses, 2006.
1. Depuis quand la Chine s’intéresse-t-elle réellement à l’Amérique Latine et quelles en sont les causes?
Les relations entre la RPC et les États d’Amérique latine sont assez récentes par rapport aux relations établies avec les pays d’Afrique. Il faut attendre la visite de Richard Nixon à Pékin pour que les gouvernements d’Amérique latine se décident à franchir le pas et établissent des relations diplomatiques avec la Chine populaire : Le Mexique en 1972 puis le Brésil en 1974 ou encore la Bolivie en 1985. Les pays d’Amérique centrale et de la Caraïbe restent plus partagés, sept reconnaissent encore Taiwan comme Panama ou le Honduras. Mais l’influence de Taiwan s’amenuise, puisque plusieurs pays d’Amérique latine ont préféré se tourner vers la RPC qui offre des perspectives commerciales plus prometteuses. En juin 2007, le Costa Rica a établi des relations diplomatiques avec la RPC en échange de la promesse de la construction d’une raffinerie dans le pays. La présence de la Chine populaire ne cesse de se renforcer comme le traduisent les flux d’investissement directs étrangers et le volume des échanges commerciaux. La Chine voit dans l’Amérique latine un véritable réservoir de matières premières minières comme le cuivre (le Chili détient 36 % des réserves mondiales) et agricoles. L’Argentine comme le Brésil sont désormais les principaux fournisseurs en soja de Pékin. Naturellement la Chine s’intéresse également aux gisements d’hydrocarbures de la région, le Venezuela assure aujourd’hui de l’ordre de 5 % des importations pétrolières de la Chine.
2. Quels sont les secteurs dans lesquels la Chine investi : Est-elle dans une stratégie de recherche de marchés ou d’exploitation de matières premières. Quels sont les pays cible de la Chine et dans quelle recherche de stratégie ?
A vrai dire, les investissements chinois ne privilégient aucun pays en particulier. Le Brésil, premier marché du continent attire une grande partie des capitaux chinois investis dans la région, mais également le Pérou (pour les mines de fer, de cuivre et de zinc et qui en plus a un accès sur le Pacifique) et naturellement le Venezuela (pour les hydrocarbures et les gisements aurifères). La situation la plus particulière est le Mexique. Dans ce pays qui est pourtant la deuxième économie d’Amérique latine, les investissements chinois sont encore faibles. Un paradoxe qui s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’interdiction faite aux étrangers d’investir dans le secteur pétrolier et la forte présence des États-Unis. Dans le secteur industriel comme la sidérurgie, les possibilités d’investissements sont plus limitées par des ressources naturelles plus faibles qu’au Brésil. L’industrie du Mexique est surtout une industrie de transformation (comme dans l’automobile) où le savoir-faire des Chinois est encore rudimentaire. Cela explique le très fort déficit commercial de Mexico avec la Chine. Dans le secteur agricole, les deux pays ne sont nullement complémentaires puisque le Mexique est également importateur de céréales comme le maïs. La Chine investit dans la région sous forme de joint-venture mais également sous forme de concessions accordées pour une durée précise.
3. Comment sont perçus les Chinois dans ces pays ?
La plupart des pays d’Amérique du Sud comme le Brésil et l’Argentine sont des pays d’immigration, qui comptent sur leur sol de fortes communautés asiatiques comme les Japonais au Pérou (de l’ordre de 100 000) ou les Chinois au Brésil. Aujourd’hui, comme d’ailleurs en Afrique, une certaine sinophobie se développe. La Chine est accusée de tous les maux notamment de la crise qui frappe le secteur textile au Mexique, à cause de la concurrence des produits made in China sur le marché nord-américain, la destination de 96 % des exportations du Mexique. La concurrence parfois déloyale des produits chinois est également dénoncée. Plusieurs gouvernements comme au Brésil et en Argentine n’ont pas hésité l’an passé à recourir à des mesures anti-dumping concernant le textile et le jouet. Le Mexique a subi aussi de nombreuses fermetures d’usines comme celles de Nec ou de Kodak, qui préfèrent s’installer en Chine. Le salaire quotidien d’un ouvrier mexicain s’établit en 2007 à 6,4 $, soit en moyenne deux fois et demi à trois fois plus qu’en Chine selon les régions. Mais les gouvernements se montrent moins critiques. La bonne santé des économies d’Amérique latine (8,5 % de taux de croissance en 2006 en Argentine, 8 % au Pérou) est principalement due au « boom » des exportations de matières premières vers la Chine
4. L’Amérique Latine était ou est historiquement la « chasse gardée des Etats-Unis ». Avec l’arrivée de la Chine peut-on envisager un bouleversement dans cet équilibre géostratégique ?
La présence de la Chine en Amérique latine doit être appréciée à sa juste valeur. En termes de stock d’IDE, la Chine reste bien loin derrière les États-Unis et l’Union européenne. Et si les flux commerciaux s’intensifient, là encore, les États-Unis et l’Union européenne restent des partenaires incontournables. Le commerce entre le Brésil et les États-Unis (49 milliards en 2007), reste deux fois plus important que le commerce sino-brésilien. Il serait plus juste de parler de rééquilibrage en faveur de l’Asie, du commerce latino-américain.
Pour les États-Unis, je pense que la menace est de deux ordres. D’une part, les exportations massives de la Chine fragilisent les économies régionales (à cause de la concurrence des produits chinois sur les marchés locaux mais également aux États-Unis). Le secteur textile au Mexique comme au Guatemala souffre terriblement de cette concurrence. Or les crises sociales amènent à une recrudescence du trafic de drogue et à une amplification de l’immigration vers l’Amérique du Nord. Dès le début des années 1990, le gouvernement américain avait conclu des accords afin d’encourager les pays d’Amérique andine à lutter contre le trafic de drogue, en échange de facilités commerciales (Loi pour la promotion du commerce andin et l’éradication de la drogue). Mais la concurrence chinoise sur le marché nord-américain risque de compromettre l’application de ces accords commerciaux et partant leur détermination à lutter contre le narcotrafic.
Maintenant également, les investissements chinois consolident à des degrés divers des régimes hostiles à Washington comme en Bolivie et naturellement au Venezuela. Ces pays voient dans Pékin un investisseur se substituant à l’hégémonie américaine. Les liens entretenus entre le Venezuela et la Chine obligent Washington à diversifier davantage ses importations en hydrocarbures.
5. La présence chinoise étant de plus en plus marquée, quelles sont les réactions à attendre de l’Europe, des Etats-Unis, éventuellement des autres pays émergents (Inde et Russie) et surtout du Brésil ?
Pour les Européens comme pour les Américains, la présence de la RPC a un avantage. Elle oblige les investisseurs européens à abandonner leur métier traditionnel comme l’extraction minière pour être plus présent dans les secteurs de services, plus rentables comme la Banque ou la téléphonie mobile où la Chine n’a guère de compétence reconnue. Par exemple, Alstom est en négociation pour construire une ligne de TGV entre Buenos Aires et Cordoba.
6. Peut-on imaginer des risques de conflits concernant le canal de Panama entre la Chine et les États-Unis ?
Pour la Chine, le canal de Panama apparait comme un point de passage vital puisque une part importante de ses importations en provenance d’Amérique latine y transite. Cet intérêt doit être relativisé. Même si la distance est plus longue, de nombreux navires notamment des tankers pétroliers partant du Venezuela empruntent la route du Cap, puis l’océan Indien pour atteindre les côtes chinoises. Un paradoxe qui s’explique par la saturation du canal de Panama et par la disponibilité des navires. Parfois les armateurs ne trouvent à leur disposition que des navires dépassant la norme Panamax donc, ne pouvant traverser le canal. L’intérêt de Panama pour la RPC est bien plus faible que le détroit de Malacca, par lequel transite les ¾ des achats en pétrole de Pékin.
Donc il parait peu probable que le canal devienne un enjeu dans les relations sino-américaine. De même si le canal de Panama a été rétrocédé au Panama, les États-Unis qui considèrent le canal comme une quasi voie d’eau intérieure, se sont vus reconnaître un droit d’intervention militaire en cas de menace sur les installations. Washington d’ailleurs ne s’est pas offusqué quand la société chinoise de Hong Kong (Hutchison) a été retenue pour devenir l’opérateur principal. De toutes les manières la marine chinoise à ce jour n’a guère de capacités opérationnelles en dehors de la mer de Chine. La question ne se pose donc pas au moins pas pour le moment.
7. Et Cuba peut-il être un enjeu stratégique pour la Chine ?
Avec Cuba dont la Chine est maintenant après l’Espagne et le Venezuela, le troisième partenaire commercial, les relations s’amplifient. L’île est l’un des principaux producteurs mondiaux de nickel et détient d’importantes réserves de cuivre et de cobalt. Plusieurs entreprises minières chinoises sont présentes dans l’île. Cuba a surtout été un allié de l’Union soviétique n’entretenant guère de relations avec la Chine populaire. Aujourd’hui l’île n’est pas un enjeu pour Pékin comme elle pouvait l’être pour Moscou. La Chine n’a ni besoin d’une base militaire pour frapper le territoire américain ni de relais pour porter la révolution dans l’Amérique latine ! A cause de l’incertitude institutionnelle, il semble que la Chine soit très prudente, soucieuse de ne pas provoquer une crise diplomatique avec Washington.
8. Quel serait le nouveau profil de l’Amérique-Latine ?
Après la période sombre des dictatures militaires, l’Amérique latine a connu un processus de démocratisation, mais souvent sous contrôle étroit de l’armée. La victoire des mouvements de gauche depuis une dizaine d’années parachève ce processus de démocratisation. Je pense que le commerce avec la Chine est à première vue très positif dans la mesure, où les rentrées en devises permettent d’apurer la dette extérieure comme au Brésil, et assure une forte croissance dans la région. Il ne faut pas oublier que la plupart des pays d’Amérique latine dégagent un excédent commercial avec la Chine, même si les montants s’amenuisent chaque mois. Mais la détérioration des balances commerciales comme au Brésil (désormais déficitaire dans son commerce avec la Chine depuis 2007) est aussi le signe encourageant de la forte consommation des ménages en bien de consommations courants.
De même le dynamisme du commerce avec l’Asie permet d’envisager la construction de nouvelles infrastructures comme l’élargissement du Canal de Panama. A moyen terme, le bilan sera plus contrasté. Les pays d’Amérique latine restent cantonnés à un rôle de fournisseur de matières premières et vivent au rythme de la croissance économique de la Chine. Une situation bien dangereuse. On peut espérer que, après la Chine, l’Inde qui est en train de construire une puissante industrie prendra le relais comme acheteur de matières premières. Il faudrait que les gouvernements investissent davantage dans les industries de transformation, pour ne pas être uniquement des pays rentiers. De surcroît, les populations vont également constater que le développement de l’Asie a un impact négatif, avec la hausse du prix des carburants et de certaines matières premières comme le maïs. Les émeutes au Mexique au début de l’année 2007 l’ont tristement rappelé.
4ème de couverture de l’ouvrage : Demain, la Guerre du Feu. États-Unis & Chine à la Conquête de l’énergie, Ellipses, 2006.
De la Cordillère des Andes au Golfe de Guinée, de la mer d’Andaman aux rives de la Caspienne, les Etats-Unis et la Chine se livrent à une véritable guerre énergétique. Première puissance économique mondiale dans moins de deux décennies, la Chine désormais deuxième consommateur mondial de pétrole après les Etats-Unis, a un besoin insatiable d’hydrocarbures. Pékin et Washington partagent une même obsession, la diversification de leur approvisionnement énergétique, pour réduire leur dépendance à l’égard du moyen orient désormais trop chaotique. Les deux puissances s’affrontent en Amérique latine, en Afrique comme en Asie centrale promettant à leurs fournisseurs, soutien diplomatique, aide militaire et coopération économique. Mais cette rivalité sino-américaine doit désormais tenir compte d’un troisième acteur, l’Inde, plus discret mais non moins déterminé. La Guerre de l’Energie que fait que commencer.
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Avec une croissance à deux chiffres depuis près de 20 ans, basée sur l’exportation de produits à bas prix, la Chine s’intéresse à tous les débouchés susceptibles d’absorber sa marchandise. Si l’Afrique ne représente pas un enjeu commercial essentiel, c’est tout de même pour elle un marché intéressant. Parti de rien il y a 25 ans, la Chine est aujourd’hui le 3ème partenaire de l’Afrique. Les échanges entre l’Afrique et la Chine ne font que croître ses dernières années, pourtant le jeu est loin d’être aussi égal qu’il le semble, puisqu’en retour la part de l’Afrique dans la totalité des échanges à l’international de la Chine est inférieure à 5%.
Les relations sino-africaines sont relativement anciennes puisque la présence chinoise date du XV siècle, à l’époque ou l’amiral Zheng He, grand navigateur chinois a atteint les côtes d’Afrique de l’est. Après une longue interruption, leurs relations reprennent au XIX siècle, à l’époque ou les coolies chinois viennent travailler en Afrique. Mais les racines du récent rapprochement sino-africain sont à chercher au début des années 60. La Chine, devenue communiste, n’était pas reconnue sur la scène internationale et c’est Taïwan qui siégeait au Conseil de Sécurité. Elle cherchait, alors, sa place sur la scène internationale en développant ses relations avec les pays du sud, nouvellement indépendants. C’est ainsi qu’elle participera à la conférence de Bandoeng des pays non-alignés. Elle cherche à tisser des liens pour obtenir la reconnaissance de son statut sur la scène politique internationale. Durant cette période, partenaire de l’URSS, elle veut favoriser le développement du communisme et offre à ces pays son assistance dans de nombreux domaines. Bien que l’aide qu’elle apporte aux pays africains depuis les années 60 ne soit pas quantitativement comparable à celle des États-Unis ou de l’Union Européenne, la Chine a su exploiter de manière remarquable les avantages ainsi obtenus pour servir au mieux ses objectifs.
Il faut dire que cette stratégie sera payante puisqu’en 1971 la Chine est officiellement reconnue par l’ONU et prend ainsi la place de Taiwan au Conseil de Sécurité. Cela n’aurait pas été possible sans le vote de 26 états africains.
L’intérêt de la Chine se porte majoritairement sur les matières premières : (minerais, hydrocarbures, coton et bois). Les multinationales chinoises investissent également dans la construction d’infrastructures, tandis qu’elles y exportent toutes sortes de produits à bas coût : (textiles mais aussi des matériels de télécommunication, des produits d’équipements industriels et ménagers, des véhicules de transport). Ces produits qui prennent une place de plus en plus importante sur le marché africain ont, certes, l’avantage d’améliorer le pouvoir d’achat des populations, mais c’est souvent au détriment des industries locales. Les entrepreneurs chinois importent, en effet, les structures de production mais aussi la main d’oeuvre, ils créent donc peu d’emploi.
L’industrie cotonnière Africaine a une importance primordiale pour le secteur du textile chinois. En effet, auparavant fortement dépendante des Etats-Unis, puisque au début des années 80 elle en importait 50% de ses besoins, elle est parvenue à diversifier ses sources notamment grâce aux productions d’Afrique de l’Ouest. Elles représentaient 2% des importations chinoises de coton en 1994, et plus de 15% aujourd’hui.
L’Afrique suscite l’espoir de nombreux pays en matière d’exploitation de pétrole. La Chine y multiplie les contrats, travaillant aussi bien dans la prospection que dans l’offshore ou dans l’exploitation de champs pétroliers qui jusque-là n’étaient pas assez rentables. Cette offensive chinoise qui se traduit sur le terrain en termes diplomatique et économique, ne peut que s’accroître avec ses besoins et change profondément la donne au niveau international. Le pétrole africain représentait 30% des importations chinoises en 2006. Ce chiffre a été multiplié par 5 en moins de 10 ans. Pour la Chine autrefois autosuffisante en énergie, c’est une question cruciale pour son développement. Aujourd’hui deuxième consommateur de pétrole au monde, elle importe de plus en plus massivement son énergie, notamment d’Angola, son principal fournisseur en Afrique.
Pourtant, les raisons qui poussent Pékin a investir de plus en plus en Afrique, sont à chercher au delà des simples intérêt commerciaux. En effet, la part de l’Afrique dans le total des échanges internationaux de la Chine reste marginale en comparaison de celle de l’Europe. L’Afrique fait partie d’une stratégie de politique extérieure chinoise au niveau global. Il s’agit d’y limiter l’influence des États-Unis qui sont considérés comme des rivaux dans la course aux hydrocarbures africains, mais aussi de neutraliser le Japon, qui cherche à étendre son influence en Afrique afin d’obtenir des alliés pour s’assurer un siège permanent à l’ONU. D’autre part, augmenter son influence sur la scène internationale lui permet aussi d’isoler Taiwan.
L’attitude de la Chine pose problème aux pays occidentaux, et cela bien au-delà des questions de parts de marché. C’est son comportement peu compatible avec les règles de bonne gouvernance établies par les pays occidentaux qui gène : elle soutient souvent les « États-voyous » , comme le Zimbabwe ou encore le Soudan. Ainsi elle a soutenu le régime soudanais face aux populations du Darfour pour préserver ses intérêts pétroliers, et s’est abstenue au Conseil de Sécurité lors du vote de la résolution 1591 visant à renforcer les sanctions vis à vis du Soudan. Si ses prises de position exaspèrent parfois les états européens ainsi que les Etats-Unis, elle s’avèrent payantes et les États Africains sont, en général, favorables à la présence chinoise qui sert ainsi à la fois de contrepoids et de moyens de pressions sur l’occident et le système multilatéral.
Références :
- François Lafargue, « La Chine, une puissance africaine », Perspectives chinoises, n°90, 2005, [En ligne], mis en ligne le 27 avril 2007. URL : http://perspectiveschinoises.revues.org/document900.html. Consulté le 23 mars 2008.- Chung-lian Jiang, «La Chine, le pétrole et l’Afrique». Geopolitis, 2004. [En ligne], mis en ligne le 28 novembre 2004. URL : http://www.geopolitis.net/GEO%20ENERGIE/CHINE%20PETROLE%20AFRIQUE.pdf. Consulté le 22 mars 2008.- Christophe Perret: l’Afrique et la Chine, in Diplomatie N°24, janvier février 2007.- Valérie Niquet, « la stratégie africaine de la Chine », Politique Etrangère, N°2/2006. p.363-364.
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Interview de son excellence Jean-Pierre RAZAFY-ANDRIAMIHAINGO, ancien ambassadeur de Madagascar en France.
Retrouvez un décryptage en version "texte" sous la 4ème vidéo.
Interview menée par Madame Valérie Fert dans le cadre du Point de Veille N°6, qui a eu lieu le 28 février à l’Ecole Militaire et qui a eu pour thème : « Intelligence économique et Affaires… Etrangères - Comparaison et mise en perspective des pratiques d’intelligence économique américaines, chinoises, européennes : exemples de leurs impacts en Afrique."
Thème abordé par vidéo
Première partie : La rencontre en l’Afrique et la Chine
Seconde partie : Ce qui se passe n’est pas un hasard mais une stratégie
Troisième partie : Décryptage de ces rencontres sino-africaines
Quatrième partie : La Chine et l’aide au financement de l’Afrique
La rencontre entre l’Afrique et la Chine
Ce qui se passe n’est pas un hasard mais une stratégie
Décryptage de ces rencontres sino-africaines
La Chine et l’aide au financement de l’Afrique
COMPARAISON ET MISE EN PERSPECTIVE DES PRATIQUES D’INTELLIGENCE ECONOMIQUE AMERICAINES, CHINOISES, EUROPEENNES : EXEMPLES DE LEURS IMPACTS EN AFRIQUE
POINT DE VEILLE N° 6
TEMOIGNAGE DE :
Jean-Pierre RAZAFY-ANDRIAMIHAINGO *
Monsieur l’Ambassadeur, votre témoignage nous intéresse, non pas en votre qualité officielle, mais compte tenu de votre expérience chinoise en tant qu’Expert et Africain, natif d’un pays, Madagascar, qui a toujours entretenu avec le monde chinois des rapports étroits. Vous vous exprimez donc à titre tout à fait personnel pour un point de vue destiné à nourrir notre débat. La présence chinoise en Afrique est-elle une nouveauté ?
Certains pourraient considérer que ce n’est que maintenant que les Chinois font « irruption » en Afrique. Ils se trompent. Il faut d’abord bien se convaincre que, contrairement à une image trop répandue, le Chinois n’est pas « que » agriculteur. Il est aussi marin. Ainsi, dès le début du 15ème siècle à l’époque faste de la dynastie des Ming et bien avant les découvreurs portugais, le pavillon chinois s’imposait déjà, notamment avec le grand navigateur Zhen He, dans les mers de la Sonde, de l’océan indien et, à l’ouest jusqu’aux côtes de l’Afrique orientale et australe. Pour le commerce, bien sûr. Mais aussi, et surtout, dans une démarche de découvreur et de messager de la civilisation chinoise que les échanges avec le monde persique et l’Islam vont par la suite accentuer. Ainsi, très tôt la Chine a-t-elle acquis de l’Afrique une connaissance certaine qu’ensuite les vicissitudes de sa propre évolution historique ont quelque peu effacé jusqu’à notre époque contemporaine.
Aujourd’hui, la Chine qui peut se prévaloir d’une « mémoire africaine » redécouvre donc l’Afrique, bien sûr sous un jour nouveau mais pas nécessairement sous le seul prisme des intérêts économiques comme on a trop tendance à le croire ou à le faire croire. Il y a une véritable approche africaine de la Chine, qui prend différentes formes. Au départ, certes pour renforcer sa posture stratégique face à l’Occident et à l’ancienne URSS, mais aussi pour se racheter de l’image désastreuse que risquait de provoquer en Afrique les manifestations hostiles des étudiants chinois de Tian’Anmen contre les boursiers africains, dès le début des années 1990 les plus hauts dirigeants chinois firent des tournées dans différents pays d’Afrique, à commencer par le Maghreb, ce continent africain étant désormais promu au rang de partenaire d’une Chine en train d’élaborer une nouvelle vision globale des affaires internationales. C’est donc d’abord par le biais diplomatique pur, et en sa fondant sur des relations amicales avec les dirigeants africains, que durant pas moins de dix ans, de 1990 à 2000, la Chine a tissé patiemment sa toile relationnelle en Afrique pour y marquer durablement sa présence. Les relations proprement économiques, se caractérisant par des échanges commerciaux encadrés et des investissements directs chinois sur le continent africain, ne viendront qu’après comme étant une « suite naturelle ».
Pensez-vous qu’il y ait des points de rencontre culturels entre l’esprit chinois et l’esprit africain ?
Question difficile, car je n’ai aucune qualité pour y répondre. Mais, d’instinct j’observe que la Chine comme l’Afrique se caractérisent par la diversité de leurs cultures. Par contre, il y a certainement des références spirituelles, philosophiques et culturelles africaines et chinoises qui peuvent se mettre en parallèle. Elles se situent essentiellement dans le rapport à la société et à l’Humain. A titre d’exemple, il m’apparaît qu’en Chine comme en Afrique la notion d’ « individu » ne se conçoit que par rapport à sa place, à son rôle, dans la collectivité, soit familiale, soit sociale. C’est ainsi que traditionnellement il n’est pas de mise que l’ « individu » ait une posture le distinguant de trop de son groupe « naturel ». Cette sorte de conformisme moral et social est nécessaire à la cohésion sociale et à un code comportemental utile à une forme d’harmonie recherchée. Quant au genre humain, notion moderne s’il en est puisqu’il constitue désormais la référence universelle, tant le Chinois que l’Africain s’y trouvent à leur aise. L’interpénétration du genre masculin et féminin se conçoit parfaitement, l’un allant de pair avec l’autre, et l’un se construisant avec l’autre. Ici également, l’opposition et la contradiction ne sont pas de mise.
Ceci étant, loin de moi l’idée qu’à travers ces notions apparemment communes se dégagent des conceptions forcément communes. La Chine et l’Afrique ont développé des civilisations si différentes et de façon si séparée. Par contre, je souligne qu’à travers leur histoire respective, la Chine et l’Afrique ont assimilé différents apports allogènes à une source commune, en particulier par l’Islam, et ceci constitue certainement autant de facteurs de rapprochement culturel, voire spirituel et civilisationnel. A cet égard, je voudrais évoquer les liens existant entre le monde chinois - et, par extension asiatique, sachant que ce monde asiatique est fortement imprégné par la civilisation chinoise, y compris jusqu’en Asie du Sud-Est – et l’Afrique orientale. Je me réfère à nouveau aux incursions maritimes chinoises dans l’Océan indien occidental depuis le 15ème siècle pour souligner le fait qu’à travers le commerce avec certaines contrées africaines baignées par cet océan des transferts culturels chinois ont eu lieu. Le sens inverse est moins certain. Toujours est-il qu’à propos notamment de ces contrées, spécialement les îles de l’océan indien occidental, il n’est pas exagéré d’évoquer une forme de culture afro-asiatique bien vivante et dont certains se prévalent d’ailleurs au quotidien sur le plan culturel. Sur un autre plan, cet esprit afro-asiatique a trouvé une traduction éminemment politique puisque c’est sur cette base qu’à l’occasion de la conférence de Bandoeng en 1955 a pris racine le mouvement des non-alignés et de la lutte contre le sous-développement dans lequel pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, et africains se sont retrouvés unis dans une solidarité idéologique qui, de façon spectaculaire, se retrouve revitalisée à l’occasion du premier Forum sur la coopération sino-africaine qui s’est tenu à Pékin en octobre 2000.
C’est dire que, pour toutes ces raisons au niveau de la conscience vécue, j’incline à penser qu’en effet il y a des points de rencontres culturels – dans le sens le plus large du terme - entre l’esprit africain et l’esprit chinois.
Comment imaginez-vous l’avenir de la Chine en Afrique sous ses différents angles : économiques, politiques, culturels… ?
La réponse à votre question se déduit naturellement des faits que j’ai rappelé. Il est indéniable que les relations de la Chine avec l’Afrique sont appelées à se renforcer rapidement. C’est avec patience, méthode et intelligence que la Chine a su gagner la confiance des Africains, en ayant par ailleurs posé tous les jalons d’une relation durable. A l’issue du premier Forum sur la coopération sino-africaine une Déclaration de Pékin a été adoptée à l’unanimité aux termes de laquelle les parties s’engagent à promouvoir des programmes de coopération dans des domaines-clés : économie, commerce, finance, technologie, transport, environnement et tourisme. Un processus de suivi des décisions prises a été mis en place au moyen de comités d’action, de conférences ministérielles ou de réunions d’ambassadeurs et d’experts. A cet égard, en Novembre 2002 s’est tenu à Addis-Abeba une rencontre très importante avec des résultats tangibles : institutionnalisation des Forums sino-africains ; accentuation et extension, notamment en lien avec le NEPAD, des programmes de coopération sur le plan économique et social. Parallèlement, la Chine annule unilatéralement les dettes des pays africains les plus pauvres et réduit certaines autres.
L’intensification de la coopération sino-africaine se poursuit avec une autre étape d’importance : le récent Sommet Chine-Afrique de Novembre 2006 au cours duquel le Président HU JINTAO a pu annoncer l’offre par la Chine d’un véritable partenariat stratégique à l’Afrique, manière également de conjurer les reproches sur un supposé néocolonialisme chinois. Cette offre a immédiatement trouvé sa traduction par la mise en place d’un Fonds de Développement Chine-Afrique doté d’un milliard de dollars destiné à financer le commerce et l’investissement des entreprises chinoises en Afrique. Récemment en Mai 2007, la Chine a nommé un « Monsieur Afrique » en la personne de LIU GUIJIN, visant spécialement à concurrencer en Afrique la coopération européenne. Celui-ci a, de façon significative, affirmé que la Chine, pays en développement et du sud, « comprend mieux les besoins » des Africains et y répond de façon plus adéquate par une forme de coopération sud-sud. Ajoutez à cela que l’aide chinoise ne s’embarrasse pas de conditionnalités politiques ou par référence aux droits de l’Homme et que sa pratique des taux d’intérêts bancaires défie toute concurrence. Je signale au passage, pour avoir longuement étudié la question, que la conception chinoise de la démocratie et des droits de l’Homme, qui récuse toute forme d’universalisme, obéit à d’autres critères inspirés par ses propres standards philosophiques.
La Chine s’est ainsi forgée en Afrique un avenir certain en y mettant le paquet, si j’ose dire. La réalité force à considérer que la présence chinoise en Afrique est bien perçue par les Africains tant que les Chinois maintiennent leur effort, comme ils s’y attèlent, d’une compréhension bienveillante. Y a-t-il un prix à payer, quand et sous quelle(s) formes ? Rien de précis ne peut se formuler à cet égard pour l’instant. Il est cependant certain que sur le plan diplomatique, tant par rapport au cas de Taïwan que dans le long processus d’affirmation de l’influence chinoise sur les grandes questions internationales sur lesquelles la Chine se trouve confrontée aux plus grandes puissances, pour l’appui également à ses initiatives au sein des Nations Unies comme des institutions onusiennes, la Chine a besoin des voix africaines. Bien entendu, reste que la Chine est fortement intéressée par les énormes ressources énergétiques de l’Afrique, mais quelle autre grande puissance, mise à part singulièrement la Russie – pour l’instant -, ne s’y intéresse pas ?
Aux Africains donc de ne point se laisser abuser et de trouver un équilibre entre leurs différents partenaires…Les Africains ne gagneraient rien, en effet, à vouloir jouer la Chine contre leurs partenaires « traditionnels », si tant est qu’une telle tentation germe dans certains esprits. Ensuite, il convient de considérer la Chine comme un nouveau partenaire du développement de l’Afrique, ce qui constituerait pour ce continent une réelle chance, à condition toutefois:
- D’éviter que les investissements chinois créent des situations de confrontation, des positions monopolistiques et aboutissent à imposer des conditions contraires à l’intérêt national ;
- D’encourager la création de joint-ventures impliquant différents investisseurs, ce dans un souci d’équilibre et de dividendes économiques et sociales au profit des nationaux;
- D’intéresser différents bailleurs de fonds d’autres pays partenaires dans les projets à dimension stratégique.
Il est impératif qu’aux yeux des Chinois l’Afrique ne soit pas perçue comme un nouvel Eldorado des temps modernes où tout et n’importe quoi est permis. Cela suppose, en somme, que chacun des pays africains développe une politique économique et sociale forte, claire, précise, efficace, déterminée où l’Etat joue son rôle régulateur et d’orientation en laissant cependant jouer le principe d’une libre et saine concurrence dans les différents secteurs économiques, et qui se traduise par une articulation et une programmation sur le moyen et le long termes avec des choix prioritaires ainsi que la mise en place des institutions propres à mettre en œuvre une vision nécessairement stratégique.
Propos recueillis à Paris, le 28 février 2008
* Jean-Pierre RAZAFY-ANDRIAMIHAINGO, Ambassadeur de Madagascar, est Sinisant diplômé supérieur de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris, Avocat et Enseignant universitaire spécialiste de la Chine en matière institutionnelle et juridique.
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"Plusieurs grandes tendances doivent pousser les cabinets, et notamment les cabinets de niche à regarder du côté de la Chine et à ne pas limiter leurs ambitions au suivi de leurs clients européens ou américains au pays de Mao. Les ambitions chinoises sont illimitées. Les entreprises sont de plus en plus agressives sur le plan international avec un positionnement qui veut se sortir du segment du good-enough et attaquer les marchés occidentaux en suivant les exemples de Lenovo, Galanz, Huawei, Haier ou Sun Tech Solar. Or pour satisfaire ces ambitions dévorantes, les patrons chinois ont grandement besoin de conseil en terme de management de l’innovation, de bonnes pratiques supply-chain et surtout dans la connaissance du consommateur européen qui reste un mystère pour les entreprises chinoises manquant cruellement de compétences internationales.
De plus, le conseil à l’européenne bénéficiera d’une image de marque reconnue et porteuse de valeurs. Comme dans les industries clientes, les écueils se situeront dans les errements classiques du business en Chine : tomber dans la facilité de l’image de l’européen donneur de leçons ou inversement verser dans le tout culturel, spécialité française d’accorder trop d’importance à cet aspect relationnel. Il faut savoir culture garder.
Le challenge est grand et la Chine un révélateur, un catalyseur de performances ou au contraire un révélateur de faiblesses pour les entreprises du marché du conseil. Le défi n’est pas moins périlleux pour les entreprises chinoises qui doivent faire face à une réputation qui les poursuit après les affaires Mattel au niveau de la qualité ou dans l’incompréhension de l’environnement business international mise sous le feu des médias avec les affaires Schneider ou Danone. Mais aujourd’hui, les chinois mainland veulent suivre l’exemple de leurs cousins singapouriens ou taiwanais, et n’ont pas peur de parler de business plan à l’international. Encore faut-il qu’ils aient les moyens de leurs ambitions et qu’ils maîtrisent jusqu’au concept basique d’économie d’échelle. Pas évident quand c’est votre collègue qui est en compétition avec vous à 10km et que vous avez le même donneur d’ordre que lui.
Une autre considération en prendre en compte et le caractère modulaire du tissu économique chinois. La plupart des marchés sont extrêmement fragmentés et donc la tendance aux intégrations verticales ou horizontales n’en est qu’à ses balbutiements pour l’instant. Un travail sur les courbes d’apprentissage, sur les stratégies d’acquisition, la reconnaissance des attentes des clients voire même l’éducation du consommateur pour coalescer les demandes reste à faire. "
Enfin, des données macroéconomiques sont indiscutables : il y a 30 fois plus de consultants au prorata de la taille de la population en France qu’en Chine.
Il existe donc un autre marché que celui des joint ventures et des companies globales en Chine, encore faut-il que les chinois puissent comprendre l’intérêt de bénéficier d’une prestation de conseil de qualité, notamment au vu des honoraires pratiqués par les cabinets. "
le 21 Novembre 2007
Lust In translation, - economy, culture, enterprise, marketing -, le blog de Benoît Boisseuil.
Article repris avec l’aimable autorisation de l’auteur.
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"A l’heure où la France possède un ministère de « l’écologie, du développement et de l’aménagement durables » (MEDAD), met les Grenelles de l’Environnement en vitrine et prône les transports en Velib’, les rencontres franco-chinoises de la coopération décentralisée, qui se sont tenues à Bordeaux les 22 et 23 novembre, ne pouvaient trouver meilleur thème que « Vers une société harmonieuse, par le développement durable ». La Chine attire les industriels, fascine les politiques, mais aussi inquiète les défenseurs de l’environnement qui, face à cette croissance qui focalise l’attention, tente de faire passer un message environnemental qui semble raisonner vraiment bien moins fortement que les dollars.
La question était alors posée : la coopération franco-chinoise peut elle être autre qu’économique ? Nos collectivités locales ont-elles la possibilité et la capacité de coopérer en matière d’environnement avec le géant chinois ?
Premier constat à l’issue de la succession des représentants de la délégation chinoise à la tribune : il y a une véritable prise de conscience de la part des autorités chinoises quant aux conséquences de leur mode de production sur l’environnement.
Deuxième conclusion : la France, et en particulier les collectivités locales, a développé un véritable savoir faire en matière d’environnement. De l’éco-quartier de la ville du Havre à la mise en place de « l’Agence de la biodiversité » par la région Ile de France, nos collectivités sont actives et compétentes.
Troisième point sans lequel rien ne peut être possible : les provinces chinoises ont des demandes en matière de coopération environnementale - chaque intervention chinoise s’est conclue par une liste des domaines spécifiques dans lesquels ils désiraient mettre en place des projets de coopération.
En dépit des bonnes intentions formulées de chaque côté de la tribune, se pose la question de l’application pratique de ses déclarations d’intention. La Chine, que l’on veut souvent réduire à un tout géant et conquérant, est en réalité multiple et l’écart des niveaux de développement des provinces nécessite une réponse adaptée aux différents besoins. L’intérêt de ces rencontres s’est certainement trouvé là, au cœur des discours des représentants chinois, qui ont su montrer la complexité de leur pays, de leur croissance et de leurs territoires.
Si l’on observe la question de l’environnement d’un point de vue global, il ressort des différentes interventions des priorités communes, à savoir : la gestion de l’eau potable, première victime des industries vétustes et polluantes, la qualité de l’air et en particulier la pollution résultante de l’utilisation du charbon comme énergie première, la problématique des déchets et la question de la gestion des forêts. Néanmoins, des efforts ont été faits dans de nombreuses provinces avec des motivations et une efficacité à long terme qui attirent ou laissent perplexes.
(a) Les cas de Beijing et de Shanghai font partie des initiatives qui manquent à convaincre sur le long terme. Beijing accueillera les Jeux Olympiques cet été, et Shanghai l’exposition universelle en 2010. En conséquence, face aux critiques internationales en matière d’environnement auxquelles la Chine doit faire face, la prise en compte de la question écologique est un enjeu aussi bien au niveau du territoire local que du pays dans son ensemble. Dans cet objectif, les collectivités tentent de monter des projets visibles. Le projet de l’île de Chong Ming à Shanghai s’inscrit dans cette optique. Au-delà de l’intérêt réel de la coopération scientifique franco-chinoise ce projet est censé devenir pour l’exposition universelle de 2010 une vitrine du savoir faire chinois en matière de protection de l’environnement.
(b) Au-delà de ces villes « vitrines », certaines provinces, comme celle du Heilongjiang, ou villes, à l’image de Yichun, ont tenté de mettre en place des politiques de protection de l’environnement, politiques néanmoins a posteriori, une fois les effets de la pollution constatés. Le Heilongjiang, malgré une amélioration des bassins fluviaux, a en 2007 constaté de nouveau la mauvaise qualité de l’eau, ce, en raison de la pollution des entreprises désuètes de la région. L’approche de la ville de Yichun (située au Nord Est du pays), dans le discours, est très attrayante puisqu’elle propose de placer l’homme au cœur de la stratégie du développement durable en menant une politique de reboisement créatrice d’emplois et ce, suivant une directive nationale souhaitant faire des « montagnards les maîtres de leur montagne ». La plaquette est très attirante ; reste à savoir si sur le terrain, elle saura réparer les conséquences d’un déboisement de plus 50% de la surface forestière initiale.
(c) Enfin, reste les territoires dont les problèmes paraissent si importants qu’on voit difficilement ce que pourrait faire un projet de coopération décentralisée. L’ampleur de la tâche semble nécessiter des moyens et une volonté politique à l’échelle nationale, c’est le cas par exemple de la gestion des affluents et du réservoir du barrage des Trois Gorges.
Face à l’ensemble de ses défis une question demeure : à quoi peut servir la coopération entre les collectivités françaises et chinoises ? Sur quel modèle la mettre en place ?
Les demandes chinoises se tournent avant tout sur une aide technique et scientifique. La collaboration entre l’île de France et Beijing et entre la région Languedoc Roussillon et Shanghai sont ainsi concentrées sur ces thèmes.
Le projet de la région Languedoc Roussillon a été présenté comme un modèle à suivre, et il faut avouer, qu’au niveau de la méthode, il présente de nombreux intérêts. Tout d’abord, c’est projet sur 3 ans, durée permettant aux collectivités engagées d’avoir une certaine visibilité de leur projet tout en pouvant mener un travail de fond. Autre intérêt, il fait partie du programme ARCUS (Action en Région de Coopération Universitaire et Scientifique). Il bénéficie également du soutien du Ministère des affaires étrangères et est coordonné par Agropolis International : le projet bénéficie donc d’un appui institutionnel important et ne se présente pas comme une entreprise approximative difficilement tenable à l’échelle chinoise. D’autre part, le financement du programme est réparti en deux parts égales pour chacun des deux pays. Enfin, il se regroupe sur trois axes thématiques fondamentaux pour l’avenir environnemental de la Chine : la gestion de l’eau, énergie et déchets et écologie et éco-agriculture.
Faut-il alors croire en cette coopération environnementale ?
Il existe certes des perspectives intéressantes même si au final, nul ne pourrait connaître les concrétisations des déclarations d’intention qu’à moyen terme. Il existe certes une prise de conscience de la problématique environnementale mais on doute qu’elle puisse transcender la question du développement économique qui reste la priorité. La Chine demeure un pays en développement, avec une croissance très inégale à l’échelle du territoire, dont la principale préoccupation est logiquement d’accroître le niveau de vie de ses habitants. Entre enjeux environnementaux et croissance économique la balance ne semble pas encore prête à s’équilibrer. La coopération par le transfert de savoir faire peut apporter beaucoup mais elle doit, au delà des aspects scientifiques, trouver des applications concrètes et à long terme.
Comme l’a rappelé un représentant de la délégation chinoise « nous vivons tous sur la même terre et sous le même ciel », c’est un fait, mais avons-nous tous les mêmes aspirations ? La preuve reste à apporter. La route est encore très longue pour faire de la question environnementale une véritable priorité chinoise mais cela ne doit pas suffire à condamner les efforts menés dans ce sens."
Auteur : Lydie Reynaud
Etudiante en Master 2 à