Wolf, la plus chinoise des lingeries françaises
January 17, 2008
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Avec son bureau de 30 actifs à Kowloon, Wolf-Lingerie prouve que Hong Kong conserve son rôle d’interface entre Chine et Occident : savoir-faire et invests peuvent atterrir en toute sécurité en Chine, avec le soutien des services et des lois du Rocher.
Fondé en 1947, le groupe strasbourgeois vient de fêter son 60ème anniversaire, en rachetant Innée, réseau de 15 boutiques de luxe entre Pékin, Shanghai et Canton, créé peu d’années plus tôt par Fargo, PME française de la RAS. Au début des années 2000, Wolf avait investi 5M€ dans une usine sur 20.000m² à Dongguan (Canton), employant 1000 cousettes. Ce centre peut produire 12M de culottes et soutien-gorge /an, de qualité moyenne à haute (jusqu’à 60€ au détail). En France-même, Wolf maintient 140 actifs en son centre de la Wantzenau. La moitié du design, et la distribution internationale se font depuis Hong Kong. La clientèle de Hong Kong, l’Australie, la Corée, l’Amérique latine et (dernièrement) les USA, monte doucement, assurant désormais 30% des commandes. Une autre usine existe en Indonésie, en joint-venture.
« Même pour notre marché français, explique Terry Rodderick, le manager australien, HK nous aide : nous avons en France 48 marques, le plus grand nombre au monde. Grâce aux foires de HK et Shanghai, nous avons l’accès le plus rapide aux nouvelles machines et aux textiles. Encore pour quelques années, la France reste leader sur le design. Mais pour la production, c’est ici que ça se passe ». Sur ce produit culturellement très connoté, l’origine française est un atout évident : « en Chine, ca commence juste, mais il y a un énorme marché à prendre ». Rémi Wolf, patron du groupe (fils du fondateur) en est si conscient qu’il prépare en Chine, sous 18 mois, une autre usine au même nombre d’employées.
Mais en ce pays champion du monde du piratage, et détenteur de milliers de PME ou groupes de lingerie, comment protéger ses modèles? Le choix d’une usine propriétaire plutôt que de commander à façon est une 1ère défense - car ainsi, Wolf contrôle toutes ses étapes de production. Une autre, est l’achat des accessoires et tissus auprès des meilleures maisons chinoises. Enfin, tout piratage identifié par la firme est suivi d’une plainte en justice, puis de saisies, dans les cas les plus flagrants.
L’écart entre les effectifs sino-hongkongais et en France en dit long sur la stratégie de la firme alsacienne. « Nous étudions en permanence les opportunités de développement en France, dit Wolf, mais aucune d’entre elles ne nous offrent de perspective de retour sur investissement avant trois ans »… Autrement dit, pour assurer l’avenir, cette ex-PME doit désormais viser une présence mondiale—via-Hong Kong !
Lettre d’affaires n°1, Le Vent de la Chine, 2008 (XIII)
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Airbus en approche finale de Tianjin
January 16, 2008
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Blessé chez elle en Europe, au cœur d’une douloureuse restructuration, Airbus tente d’aller de l’avant en Chine, terre d’avenir !
Dai Xianglong, maire de Tianjin, rapporte à l’ANP les progrès de la 1ère chaîne d’assemblage hors Europe de monocouloirs A320, le best-seller du groupe. Pour cette JV à 51% européenne, avec une alliance de la zone de Binhai, AVIC I et AVIC II (principaux constructeurs aéronautiques du pays), 2,4km² ont été alloués à Binhai (les habitants, relogés), et la construction va bon train, moyennant 200M€ d’investissement. Dès l’an prochain, 500 employés dont 150 ingénieurs seront à l’ouvrage pour arriver au rythme de croisière de 4 avions par mois en 2011. Négociée depuis des années, la JV avait été signée en octobre 2006, lors de la visite de Jacques Chirac à Pékin. A cette occasion, Louis Gallois, nouveau n°1 d’Airbus, confiait à la Chine 5% du développement du futur modèle A350.
Le même jour, Minsheng, banque privée, préfigure un accord avec Airbus, via la JV de Tianjin, portant création d’une compagnie de location d’avions : une technique encore peu usitée en Chine (en décembre, pour 965M$, la Banque de Chine rachetait Singapore Aircraft Leasing). Elle contribuera à placer les 2600 nouveaux appareils prédits par Boeing sous 20 ans en Chine, à moindre investissement et risque pour les transporteurs. Minsheng possédera 51% du capital, Airbus 15%.
Puis le 7/03, Airbus encore, par l’entreprise d’EADS, sa maison-mère, annonce l’ouverture prochaine à Pékin du 1er bureau de sourcing, pour son compte et celui d’Eurocopter, l’autre filiale. Cette activité valait 60M$ l’an passé, chiffre qui doublera d’ici 2010.
Izvestia (Russie) dévoile une info « chaude » : courtisée par des firmes chinoises et russes, Airbus pourrait octroyer 5% des parts à Pékin et 3% à Moscou, en plus des 5% déjà acquises (voire 6 à 7%, selon rumeur) par la banque russe VTB dans EADS. Symptomatiquement, alors, la Chine sort du chapeau son projet rival de l’A320, qu’elle prétend sortir « d’ici 5 ans ». Comme pour réduire facticement son intérêt pour la transaction avec Airbus : bluff ?
Lettre d’affaires n°2, Le Vent de la Chine, 12 au 18 mars 2007.
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Démographie - la victoire en secret !
November 15, 2007
"Depuis Deng Xiaoping, la Chine dit qu’elle ne rattrapera le monde riche, en matière de droits de l’homme, éducation ou défense, qu’en 2050, un rendez-vous unique. De même, en démographie, en dépit du planning familial, elle n’espère voir sa population commencer à décroître qu’après cette échéance, une fois passé le baby-boom des 200M d’enfants de Mao.
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Or, cette foi vient d’être dynamitée par Dr Clint Laurent, démographe néo-zélandais. Ce directeur de Global Demographics (HK) conteste cette idée reçue, avec des arguments neufs. Selon lui, la pente serait déjà engagée depuis longtemps. Les 17M/an d’enfants des années ‘90, voire 25M (en estimant les naissances « au noir ») ne seraient plus que 12,8M. Sa « preuve » : l’enrôlement scolaire, très précis en Chine. En attribuant à la Chine un taux de scolarisation de 92%, Laurent constate que les 95M de poupons de moins de cinq ans de l’an 2000, sont aujourd’hui 64M. La tendance se maintiendra : l’Etat veut garder au moins jusqu’en 2010 la règle d’un enfant par foyer. Sous un tel cahier de charges, les naissances seront 10M en 2017, 6M en 2026. Dès 2017, pour 100 nouveaux nés sur terre, 33 seront indiens, 6 seront américains, et 5 seulement chinois !
Pour les villes, les conséquences prévisibles sont bouleversantes. D’ici 2026, les jeunes de moins de 24 ans auront baissé de moitié (à 120M). Les villes qui croissent encore, sous l’influx de l’exode rural, seront alors suréquipées : d’où la pertinence de l’approche chinoise, incompréhensible à l’esprit occidental, qui préfère réaliser aujourd’hui ses équipements vite, et dans le non-durable. Les campagnes, elles, seront minoritaires dès 2009. Déjà urbanisée à 61% dès 2005, Canton aura atteint 75% d’ici 2020.
Dès 2010, disent d’autres experts, la Chine aura épuisé sa réserve de main d’œuvre à bas prix. Selon un rapport de la CASS (Académie chinoise des Sciences Sociales) rédigé par Cai Fang, probable futur ministre du travail, il n’y a plus que 52M de chômeurs ruraux, contre les 100-150M estimés hier. Ceci, pour l’avenir, réserve une mutation dans la pratique de la consommation, qui baissera en volume, mais augmentera en valeur et qualité. Dès maintenant, Coca Cola prépare la coupe de ses volumes d’embouteillage. La société vieillit aussi, et s’enrichit, se rapprochant du modèle occidental, bien plus vite que prévu.
Pour des dossiers tels le gaspillage d’énergie et la pollution, les implications de ce renversement ouvrent de nouvelles perspectives. Produisant moins et mieux, la Chine pourra choisir, imposer ses outils -c’est le cas, le 18/05, avec l’annonce de pénalité (taxes, crédits, droit foncier) aux mauvaises centrales électriques.
Seul souci grave, dit Laurent : la Chine devra gérer en 2026 une cohorte de 40M de gars sans filles, dû à l’avortement sélectif, mais aussi à l’hépatite endémique, qui disparaîtra avec la vaccination systématique.
Reste enfin le mystère : si Pékin est en train de gagner cette guerre, pourquoi le cache-t-elle ? Ignorance ? Tradition millénaire de secret ? Pour commencer à communiquer, peut être cette culture devra-t-elle enfin « renverser Lin Piao et Confucius » - réviser son idéologie, et 2500 ans de pensée féodale !"
Le Vent De La Chine N°19, 21-27 mai 2007
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Les faces cachées de l’emploi chinois
November 15, 2007
Les faces cachées de l’emploi chinois
" En 2000, le sous effectif industriel ne touchait que Canton. Aujourd’hui, il est partout, à Dongguan, (40% de postes vacants), au Jiangxi, Fujian, Zhejiang (100.000 jobs en trop à Shaoxing), à Chongqing où le textile, malgré des salaires à 1000¥, ne fait pas le plein.
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Mais en même temps, cette tendance n’empêche pas son contraire : la NDRC (National Development and Reform Commission) annonce un déficit net d’emplois (11M pour 25M de demandes cette année), et à Pékin (2/3), la foire de Beida attira 8000 jeunes, pour n’en recruter que le 10ème - étrange gâchis !
50 ans après, la Chine paie l’erreur nataliste et ses 200M d’enfants de Mao conçus dans un fier refus de tout planning. Il s’en est suivi un torrent des berceaux, une Chine trop jeune –pour encore un tout petit peu de temps avec 143M de sexagénaires en’06, 1/5 du monde, moins que la moyenne (elle qui fait 23% de la pop. globale). Elle génère 2M/an de pensionnables. Mais en 2010, la pompe s’inversera : les retraités quadrupleront à 8M/an. Et en 2040, ils seront 400M, avec bien peu d’actifs pour les nourrir : c’est cette raréfaction du travailleur qui se dessine à présent.
Le retour du balancier intervint après 1978.Conçus comme enfants uniques, mieux éduqués, plus ambitieux, les nouveaux travailleurs ont moins de pression pour accepter n’importe quoi, plus de qualifications. Ils veulent travailler dans les services, moins éprouvants et moins dangereux. Or, par rapport au reste du monde, de type d’activité est à la traîne en Chine, faute de liberté d’association et d’information. Donc, chômage, et érosion, pour les diplômés, du « 1er salaire », tronqué des 2/3 en 10 ans, de 293€ à 102€.
S’ajoute à ce schéma générique, le choix massif des couples pour des garçons plutôt que des filles, main d’œuvre primordiale des usines textiles. Et la fermeture de 10aines de M de jobs publics non rentables, dans le Dongbei, dont les titulaires trop vieux et non flexibles, sont les laissés pour compte de la nouvelle industrie privée…Tous ces phénomènes qui viennent de loin, mettront longtemps à se résorber : avec la fin de l’exode rural, le passage des industries vers les services, et la robotisation des industries… En attendant, la Chine montre clairement les limites de ses ambitions à jouer « l’usine du monde » ! "
Le Vent De La Chine N°08 (6-12 mars 2006)
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Aider la Chine à stopper la locomotive folle
November 5, 2007
Lettre d’affaires n° 35 du Vent de la Chine, 5-11 novembre 2007. http://www.leventdelachine.com/
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"Quelque chose de stupéfiant se passe en Chine, vrombissement issu des entrailles de la planète, qui attire les énergies, crédits et technologies des cinq continents. C’est de la surchauffe dont nous parlons, que Pékin combat depuis cinq ans, avec des résultats toujours moins plausibles. Les dernières statistiques laissent pantois !
De janvier à septembre 2007, la croissance a atteint 11,5% (+0,4%). A +25,7%, l’investissement fixe n’a pas varié depuis janvier, insensible à l’appel du 1er ministre Wen Jiabao de lâcher le pied. La production industrielle qui n’avait augmenté que de 12,5% en 2006, fuse à 18,5%. A +15,9%, les ventes au détail alimentent une inflation de 6,2%. Bien sûr, c’est pour l’export que tournent ces usines, qui connaît en 7 mois une hausse de 27,1%, un excédent commercial de 186MM$, contre 177MM$ pour tout l’an dernier. A 7,45¥ pour 1$, le yuan passe (2/11) un nouveau pic.
Tout se joue à la bourse, à l’appétit insatiable.
Petrochina vient de vendre pour 8,9MM$ d’actions. Morgan Stanley croit que le groupe serait n°2 mondial en capitalisation (437MM$) derrière Exxon. Alibaba, la galerie virtuelle, vient d’y écouler pour 1,5MM$. Les chemins de fer préparent leurs ventes pour 3,8MM$, entre les places de Hong Kong et de Shanghai… La bourse chinoise vaut 3700MM$, 20% de la reine mondiale américaine…
Face cette chevauchée fantastique, l’Etat, impuissant, veut « incessamment » procéder au 6ème resserrement du crédit de l’année.
La SEPA, l’agence nationale d’environnement, prétend bientôt priver d’export toute firme pollueuse. Zeng Peiyan, le vice 1er, exprime (30/10) le désir du Conseil d’Etat de faire payer à leur juste prix l’eau, les énergies, le sol : moins pour se prémunir de la tempête de plaintes internationales à l’horizon (comme celle qu’Eurofer vient de déposer à Bruxelles contre l’acier chinois), que pour calmer la furie exportatrice et produire enfin pour l’intérieur –de manière plus durable, moins gaspilleuse et sale.
En outre, croulant sous le cash des gens sortant leur épargne pour la jouer en bourse et se faire une retraite, les financiers font leur shopping hors Chine : l’ICBC, la Banque de l’Industrie et du commerce, s’adjuge 20% de la Standard Bank, d’Afrique du Sud (5,56MM$). Le Fonds national de sécurité sociale (FNSS) négocie 10% de fonds américains tels Carlyle ou TPG. Pour la 1ère fois, de tels placements ne sont pas lus, à l’étranger, comme des « coups stratégiques » de Pékin (même si ce dernier les encourage, pour alléger la pression à la réévaluation), mais comme des investissements commerciaux classiques.
La surchauffe a bien des sources :
? la hausse de productivité en Chine (oblitérant celle des salaires et matières 1ères),
? les impôts légers ou l’énergie à prix cassés,
? la pompe à bras pas chers de l’exode rural.
Mais le ressort ultime de la spirale infernale est ailleurs. Il se trouve dans les 160 grandes entreprises d’Etat (GEE) qui produisent en 2006 pour 1600MM$, (60% du PIB), tout en épongeant le meilleur du crédit et des marchés, étouffant toute concurrence sous elles : même intérieurement, les cartes sont pipées ! A la tête de ces GEE siègent de hauts cadres du Parti, dont 20 viennent de monter au Comité Central du PCC : leur demander de mettre à la diète leur propre « vache à lait », serait naïf !
Mais comment stopper cette locomotive lancée sans freins ni mécano sur une pente abrupte, tirant derrière elle le pays entier ? On commence à deviner que le salut ne pourra plus venir que de l’étranger, Europe et USA ! "
Dans ce numéro
Editorial : Aider la Chine à stopper la locomotive folle
Evénement : Une nouvelle mémoire pour Pékin : le musée UCCA
Articles de fond
Le Congrès, et après…
Deux réformes aux sorts divers : alimentaire et santé
Brèves
JO Beijing 2008 :La tension monte
Argent : Banque de Pékin : je fais ta fortune, tu fais la mienne
Joint Venture : Le TGV monte en vitesse
Politique : Chang’E, le satellite lunaire sur son orbite
Rendez-vous : A Shanghai et Canton : Salon de la Franchise
Petit Peuple : A Canton—être Bill Gates ou rien !
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Retour sur le XVIIème Congrès - Le nouveau pouvoir
October 25, 2007
Editorial de la lettre d’affaires "Spécial XVIIème Congrès" du VENT DE LA CHINE N°34 (Année XII), 25 Oct 2007 http://www.leventdelachine.com/
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"Suite au vote « primaire » des 2217 délégués, la direction duParti communiste chinois (PCC) a fait élire (les 21 et 22/10) la prochaine équipe de leaders, pour un quinquennat jusqu’en 2012.
Vote sans surprise aucune, d’un Comité Central (CC) de 300 membres, lui-même nommant un Bureau politique (25 membres), lui-même créant le Comité Permanent (CP, 9 membres). Emerge ainsi une liste de 9 hommes, avec à leur tête Hu Jintao (1er Secrétaire, Président de la République, patron de l’armée -APL), Wen Jiabao (Président du Conseil d’Etat, 1er ministre), Wu Bangguo, Jia Qinglin, Li Changchun. Ainsi que Xi Jinping, Li Keqiang, He Guoqiang et Zhou Yongkang.
Les cinq 1ers sont les anciens, qui se sont auto prorogés. Wu, Li et Jia avaient été imposés en 2002 par Jiang Zemin, contre Hu Jintao, à qui il léguait ce terrain miné. Et trois des quatre néophytes sont poussés par Zeng Qinghong vice-Président sortant, ex-bras droit de Jiang. Ayant ainsi placé son écurie, Zeng part de son plein gré : pour mieux jouer depuis les coulisses, dans le rôle où il excelle : celui d’éminence grise.
Mais ce tableau montre aussi chez Hu Jintao, le chemin parcouru depuis 2003, et les difficultés immenses qu’il a dû affronter. A son entrée aux affaires, il sortait de 10 ans d’inaction forcée par Jiang Zemin, et n’avait pu imposer qu’un compagnon : Wen Jiabao. A présent, ayant su enrayer avec brio la crise du SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) et l’endettement en MM$ des entreprises d’Etat (cf p.3), Hu Jintao parvient à se reconduire dans ses fonctions, et dispose désormais de sa faction au sein du Comité Permanent, l’organe suprême. Il a aussi su imposer ses mots d’ordre, qui sont en Chine la moitié du pouvoir : société harmonieuse (le terme revient 33 fois en son rapport d’exercice), développement scientifique (38 fois), réforme et ouverture (x21) et société de moyenne aisance (x14). Les slogans les plus forts restent ceux « oecuméniques », du nationalisme (socialisme aux couleurs de la Chine, ou sa variante, sinisation du marxisme) x52, et bien sûr de la démocratie (x60).
Par contre, Hu ne gagne pas tout, voyant son propre dauphin Li Keqiang, repoussé au profit de Xi Jinping, l’habile Secrétaire du parti de Shanghai, poussé par Zeng Qinghong, qu’il va remplacer comme Vice Président. Li n’obtient que le prix de consolation : vice 1er, puis1er ministre dans 5 ans.
On l’a deviné : ce nouveau pouvoir comporte non deux, mais trois groupes. Celui de Hu Jintao, le « gang de Shanghai », mouvance qui partage ses fidélités entre Jiang et Zeng (He Guoqiang, Zhou Yongkang). Les hommes restants pencheront tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre : Wu Bangguo, Li Changchun, Jia Qinglin et Xi Jinping. A voilure variable, ce groupe-là tient la majorité, et joue l’arbitre : il exprime la majorité silencieuse au Comité Central, genre de directoire qui se méfie des hommes providentiels et ne veut plus d’autre Mao !
NB : sur le plan de la lutte de pouvoir, ce XVII. Congrès reste classique, avec son lot d’intrigues, de camarilla et de retournements opportunistes. La rupture de ce congrès, se trouve au niveau des influences et des politiques, avec l’apparition d’une influence imprévue : la globalisation (cf article colonne de droite) ! "
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XVIIème Congrès - le grand rendez-vous
October 18, 2007
Editorial de la Lettre d’affaires du VENT DE LA CHINE N°33 (Année XII) http://www.leventdelachine.com/
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"Dans un Pékin sous contrôle d’acier s’ouvre le 15/10, le XVIIème Congrès du Parti communiste chinois : 2147 notables du Parti se rassemblent pour avaliser les mots d’ordre et l’équipe dirigeante du prochain quinquennat, et esquisser celui d’après (2012-2017).
Ce qui frappe, même après 20 ans passés en ce pays, est l’ignorance absolue de tous, sur ce qui va suivre. Sauf sur une rumeur constante : le surprenant retour d’influence de Jiang Zemin, l’ex-homme fort, à grand peine écarté entre 2003 et 2004, après qu’il eût vissé cinq de ses hommes au sommet de l’appareil, autour d’un successeur Hu Jintao, qu’il n’avait pas désigné.
Ce Congrès risque donc d’être moins un forum d’idées qu’une guerre de succession, laquelle n’aura en fait pas cessé depuis 2002. Mais il faut comprendre :
1) il n’y a plus de lutte idéologique : la dernière (Deng Liqun + Li Xiannian contre Zhao Ziyang + Hu Yaobang) s’acheva en 1986.
2) D’autre part, la carrière socialiste se gagne par la discipline et fidélité inébranlable au Parti, et l’allégeance à un aîné (rapport clientéliste) - donc, pas par les initiatives ni la créativité.
Dans un tel système, on n’a qu’une chance. Lâcher le manche, est l’erreur fatale. La lutte des classes a laissé place à celle des factions, qui structurent ces 2147 édiles.
Basé sur l’intérêt privé, ce concept de faction est tout relatif : il permet alliances et retournements, en fonction du vent– des perspectives de pouvoir du protecteur. D’où l’aspect toujours mystérieux de ces leaders.
Tel Zeng Qinghong, le vice Président, hier poulain de Jiang, et que l’on dit à présent sur le départ de son propre gré, tandis que Hu Jintao tente de le retenir, sans lui tenir rigueur du fait qu’il ait barré son protégé Li Keqiang à sa succession en 2012, et lui ait substitué Xi Jinping, un autre personnage mal connu. Malgré ces conflits d’intérêt, Hu Jintao a toujours besoin de Zeng Qinghong, pour sa maîtrise des arcanes de l’appareil, l’irremplaçable « gardien du palais », le faiseur d’alliances.
Le Congrès s’apprête à brasser des thèmes reflétant toutes les angoisses actuelles du régime : 1. La qualité des vivres et leur volume, suite à la pénurie mondiale, imposant une inflation hors contrôle.
2. La pauvreté rurale qui recule dans l’absolu, mais croît face aux villes.
3. La pollution, où peu a été fait en raison de la collusion des industriels (bourgeoisie native) et des cadre -l’incapacité de Pékin à se faire obéir.
4. La reconstruction d’un système de santé ruiné et d’une sécurité sociale très lacunaire.
5. Et la corruption qui fait rage, fruit de l’absence d’une presse et d’une justice libres…
Vu ces poisons sans antidote, peu d’espoir de réforme politique. Hu Jintao n’est pas un joueur : le risque est lourd, et la culture politique du moment ne va pas en ce sens. Au lieu de cette audace manquante, il faut s’attendre à son ersatz : une campagne contre Taiwan, dont le Président Chen Shui-bian agite le chiffon rouge de la séparation : exutoire commode, mais à court terme, pour une société bloquée dans sa course folle à la croissance non-durable ! "
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Bourse de Shanghai - un yo-yo d’or
October 15, 2007
Depuis 2006, la bourse de Shanghai grimpe sa montagne, infatiguable. La Chine entière y joue, s’y met. Depuis janvier 2007, l’indice composite a gagné 51%. Le 9 mai, la corbeille franchissait la barre des 4000 points. Il était bien oublié, le minikrach qui lui avait fait perdre 9% le 27 février (à 2772 points) !
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Face au risque de rechute, les autorités jettent de l’eau sur la machine chauffée à blanc. Le 11 mai, la CSRC (China Securities Regulatory Commission) annonçait de nouvelles enquêtes contre la fraude. Elle épinglait Hangxiao, groupe qui venait de faire gonfler son titre de 400% en agitant un très suspect contrat de fournitures pour 4,5MM$ en Angola -18 fois les revenus de Hangxiao en 2006, et cinq fois l’export de Chine en Angola. Hélas pour la crédibilité de la CSRC, l’amende à la firme se montait à 52.000$, et 15 à 30.000$ aux cinq principaux cadres indélicats : tapette sur les doigts !
Le 11/05 encore, la CBRC (China Banking Regulatory Commission) autorise les banques à investir dans des titres de l’étranger, en fonds d’invests. Quoique bridé de plusieurs manières (pas plus de 50% du fonds en telles valeurs, pas plus de 5% par position), ce système, dit QDII (Qualified Foreign Institutional Investors), ouvre un produit boursier concurrent à la bourse locale, tout en permettant à une fraction des 1200MM$ de réserves en devises de ressortir.
Mais effet « inattendu » : l’annonce dopa le stock exchange de Hong Kong (+2,5%) et la place de Shanghai (+0,61%), boostées par les valeurs mobilières et bancaires… Puis le 15/05, Shanghai erratique se replia de -3.64% (3ème plus grande baisse depuis janvier), entraînant Shenzhen (-2,64%) et HK (-0,53%). Sauf la banque BoComm (Bank of Communications), qui prenait 71% pour son 1er jour de cotation… Puis encore, comme pour donner la « preuve par neuf » de sa faim incoercible, dès le 16/05, Shanghai se ressaisissait (+2,23%) porté des groupes alimentaires et de construction mécanique. Désormais « maté », Hong Kong suivait (+0,33%).
Enfin, le 18/5 après fermeture des guichets, la Chine élargit à 0,5%/jour la bande de flottement du yuan, porte à 11,5% le taux des réserves bancaires, et à 6,57% le taux de dépôt à un an : quelques gouttes d’eau supplémentaires !
Jusqu’où va-t-on ainsi ? Malgré Li Ka-shing qui crie au loup, parlant de valorisation insoutenable et de casse pour Hong Kong, la corrida boursière peut durer, vu la masse d’épargne attendant son tour. Le seul vrai outil de l’Etat pour enrayer la cavalcade fantastique, est d’emprunter en ¥ pour acheter lui-même massivement—ce dont pour l’instant, il se garde : cette ruée financière, à condition de tenir, accélère l’épongeage des mauvaises dettes des banques, tout en finançant l’expansion planétaire de ses groupes industriels. Il aurait tort de s’en priver !
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Agriculture : Regarnir la tirelire du paysan
October 15, 2007
Le 6 février 2007, Tang Shuangning, vice-Président de la tutelle bancaire CBRC (China Banking Regulatory Commission), a dressé le bilan des prêts aux paysans par les banques et coopératives de crédit en 2006 : 260MM€, 20% de plus qu’en 2005, incluant 120MM€ aux industries rurales (+15%) et 92MM€ (+23%) aux fermiers.
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C’est un rythme de croissance plus rapide que celui des autres types de prêts (20%), qui traduit l’effort du pouvoir central pour encourager la redynamisation du monde vert chinois. Cet univers reste pourtant l’oublié du crédit chinois, avec trop peu d’acteurs et de produits financiers pour paysans.
Pour combler la soif des campagnes en argent, la CBRC garde sa priorité à cette réforme de la finance rurale.
Elle se donne « 5 à 10 ans » pour assainir les coopératives, source n°1 d’argent aux paysans, et les refondre en groupes à capitaux mixtes. Neuf autres canaux de crédits devraient naître ou réémerger.
Parmi eux, l’ABC, la Banque de l’Agriculture, désendettée, (4ème banque du pays) qui créera un réseau d’agences cantonales, trait d’union bancaire entre ville et village.
Telle aussi la Banque de développement de l’agriculture, organe « politique », dont le mandat sera le financement d’infrastructures à fonds pedus pour zones déshéritées.
Les banques « de la ville » arrivent après l’assouplissement, fin 2006, des conditions d’établissement à la campagne. Sept locales ont déposé leur demande, dont Minsheng, Beijing Rural Commercial et Tianjin Rural Cooperation Bank. Deux étrangères—les Hongkongaises HSBC et Standard Chartered ainsi que le Grameen Trust (groupe de micro-crédit du prix Nobel bengali Muhammad Yunus) expriment aussi leur « intérêt » - avec la bénédiction de la China Banking Regulatory Commission.
Mais le fer de lance de cette démocratisation » reste le système postal, tire-lire du monde rural : Postal Savings Bank (PSP) est née le 1er Janvier, de la scission d’avec la poste, 5ème banque du pays.
D’énormes défis l’attendent :
? apprendre ce métier (le prêt) qui lui fut interdit depuis toujours ;
? créer une chaîne de décision fiable entre maison mère et 37.000 agences dont 60% en zone rurale, malgré deux niveaux intermédiaires ;
? gérer 86,6MM€ d’actifs mais seulement 1,9MM€ de capital enregistré, ce qui peut gêner les investissements futurs, et
? prêter aux paysans, affaire à risque, que la Banque de l’Agriculture limite à 20% de ses prêts totaux… Pour cette première année, la banque PSB limite ses ambitions à un chiffre d’affaires de 6,6MM€ soit +5,5% - simple mise en jambe !
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Investissements chinois hors Chine—ça passe ou ça casse !
October 15, 2007
Quand les Chinois investissent hors de leur terrain, c’est parfois en desperados, pour échapper à un marché intérieur où production de masse se conjugue avec guerre des prix, supprimant tous moyens de recherche pour « rester dans le vent ».
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C’est ce qu’a tenté en 2003 TCL, le géant de l’électronique, en dévoilant une ambitieuse synergie avec Thomson, n°1 européen du téléviseur, dont il re-prenait la branche cathodique et la marque pour 20 ans. La mariée semblait belle, associant bas coûts chinois aux grands marchés d’Europe et d’Amérique - et à celui d’Asie bien sûr. Dans TTE-Europe, leur JV, TCL-Multimedia empochait 67% et le Français 33%. Dès l’été 2005, Thomson selon le contrat, allait échanger ces parts contre 29,3% du capital de TCL-Corp, la maison mère.
Ce que TCL avait négligé, était la raison pour vendre, de Thomson : ses 93M$ de pertes au 1er semestre précédent. Le téléviseur extraplat, LCD, frappait à la porte. Rien ne pouvait freiner la disparition de la génération obsolète. Aussi bientôt, TCL serait bon pour fermer l’usine européenne, payer les lois sociales, restructurer le réseau TTE qui accumulait 203M€ de pertes depuis 2004, et par effet boule de neige, 181M€ en 2006 chez TCL Corp.
Un fléau ne vient jamais seul : sur la sellette depuis 2 ans, le régulateur menaçait TCL Corp de la radier de la bourse si elle ne renouait pas avec les bénéfices cette année. Ce qui explique, au 1er semestre, un profit de 1,3M€, lié à la perte de TTE déclarée (25/05) en faillite. Tandis que Thomson revendait en douceur ses parts dans TCL, de 29 à 20% en novembre, puis 11% le 17/05, de quoi financer sa part des fermetures de TTE, tout en laissant le dinosaure chinois de retour au bercail, lécher ses blessures !
En un autre coup commercial stratégique digne d’un Napoléon, Pang Yuliang, fondateur propriétaire de LinkGlobal Logistics, groupe de messagerie du Henan, présent dans 200 villes de Chine et 90 pays, reprend pour 100M€ (26/05) l’aéroport de Parchim (Allemagne, ex RDA). Il souffle l’affaire à des rivaux prestigieux, tels FedEx, Hambourg Airport et Emirates qui à ce prix-là, préfèrent jeter l’éponge. Vieillot, déficitaire, l’aéroport ne comporte pas moins une piste de 3000 mètres pouvant recevoir les A380, et le droit d’opérer de nuit. Sa région de Mecklembourg-Poméranie est très centrale (entre Berlin et Hambourg), et la plus pauvre d’Allemagne.
Le marché est tout tracé : fret chinois (à partir de compagnies à attirer, voire à créer !) et tourisme low cost-charter dans les deux sens. Pang promet d’investir 20M€ d’ici fin 2008. Une banque du Nigéria devrait lui avancer les fonds. Souhaitons lui du courage. A tout le moins, ce deal apparaît taillé dans le bois dont sont faites les faillites fracassantes—ou les coups de génie !
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